29 septembre 2010

Abîmé

Il faut avoir des ailes, quand on aime l’abîme,
Il ne faut pas se cramponner,
Comme tu le fais, pendu.

28 septembre 2010

...

26 septembre 2010

Hypnagogique

Je ne sais pas si c’est un mauvais signe, mais je me suis endormi quatre fois sur les cinq premières pages du nouveau Houellebecq. Il y est question d’une sombre histoire de plomberie — assurément passionnante —, mais cela ne m’a pas empêché de me retrouver absorbé par mon canapé et dans un tel état hypnagogique que j’ai bien cru trépasser trois fois.

24 septembre 2010

Naturaliste

Le grand naturaliste Konrad Lorenz faisait coin-coin sans même voir les païens à flambeaux qui, eux, passaient dans le fond en faisant le pas de l’oie. C’était un problème.

21 septembre 2010

Primesautier

« Le lieu de mon repos est une chambre peinte
De mil os blanchissans et de têtes de morts
Où ma joie est plus tôt de son objet éteinte :
Un oubli gracieux ne la pousse dehors.
Dans le corps de la mort j’ai enfermé ma vie
Et ma beauté parait horrible entre les os.
Voilà comment ma joie est de regret suivie,
Voilà comment de mon travail ma mort seule a repos. »


Agrippa d’Aubigné

12 septembre 2010

Viennois

L’archiduc Otto aimait apparaître à l’Hôtel Sacher entièrement nu, ne portant qu’un ceinturon et un sabre. Moins charmant, il lui arrivait également de faire irruption à cheval dans les cortèges funèbres juifs. Là dès que le moindre courroux montait d’une foule justement offusquée il ordonnait la bastonnade aux gens de sa suite. Bref, l’archiduc Otto était un bon dépravé libéré. Tout cela ne l’empêchait pas de rentrer dans le rang une fois la cour réintégrée où mouton dans le troupeau on pouvait l’entendre bêler.

10 septembre 2010

Kafkaïen

C’est dans le petit village de Kierling (Autriche) dans l'une des chambres du 187 de la Hauptstrasse que Franz Kafka est mort le 3 juin 1924. La maison est petite, il n’y a que deux étages, dans le hall d’entrée divers avis sont placardés, ils font savoir que le ramoneur passe le premier lundi de chaque mois, qu’il est interdit de casser du bois dans les appartements et qu’il est également interdit de transporter de grosses malles dans les escaliers sans une autorisation écrite.


(Je tiens ces informations de Claudio Magris qui est passé par là)

8 septembre 2010

Acrophobe

Il faut savoir que je suis assez maniaque et plus ratiocineur qu’un parapentiste acrophobe*.

Rien d’autre.

*Phobie des hauteurs

4 septembre 2010

Publicitaire

Vous pouvez acheter mon livre en cliquant sur la chose inesthétique posée là juste en dessous de ce paragraphe. Ce livre est un spicilège de mes chroniques consacrées à la littérature. Je suis à peu près parvenu à le faire presque éditer chez un quasi spécialiste des diaristes cancéreux et des jardiniers habiles.

Acheter Psychogéographie Indoor

NB- Le prix est à demi modeste ; il faut dire que ma marge est conséquente.

31 août 2010

Cynophile

Les nazis aimaient beaucoup les animaux cela ne les empêchait pas d’exterminer tous les chiens de berger allemand blancs qui se présentaient devant leur pas botté. Le chien de berger allemand blanc était trop blanc pour être allemand ! Trop blanc pour le nazisme ! Trop blanc pour pouvoir espérer aboyer au pied des miradors !? Alors après le « tumulte », et par vengeance, le berger allemand blanc survivant s’est fait suisse ! Il est réapparu suisse ! Blanc, lactescent, magnifique... Et suisse ! Bien que rare on peut parfois le croiser, c’est un chien pondéré et circonspect, distingué même lorsqu’il fait son petit besoin sur les bégonias de la voisine. Bref un beau chien loin de son cousin allemand abâtardi par l'aryanisme.

29 août 2010

Envenimé

Pour ce qui est des piqûres de scorpions il suffit de s’asseoir sur un âne, le visage face à la queue, croyez-moi la douleur quitte l’homme et passe directement dans la bête. Il suffit d’avoir un âne coopératif à portée de main. Par les temps qui courent cela ne devrait pas être plus difficile à trouver qu’un scorpion.

27 août 2010

Nyctalope

Le collyre d’Albert le Grand vous transforme en nyctalope, vous voyez la nuit et la nuit vous voit la voir (il suffit de boire ce collyre, le brouet est immonde). On obtient les mêmes effets en faisant bouillir l’œil droit d’un hérisson dans un grand bain d’huile. Une fois la mixture refroidie on ingurgite courageusement le tout et soudain il fait jour la nuit !

22 août 2010

Misandre

J’ai commencé par ne plus du tout aimer le cinéma, puis je n’ai plus vraiment aimé l’ homme – ne me demandez pas d’aimer l’homme ! - Il y a longtemps que je ne m’aime plus et là je commence à ne plus trop aimer la musique. J’aime encore le soleil, mais pas trop, les embruns et quelques filles qui passent.

19 août 2010

Sponsorisé

Aujourd’hui :

Déballé deux réfrigérateurs, cinq machines à laver, deux sèche-linge et un lave-vaisselle. Remballé trois imprimantes. J’ai tour à tour travaillé pour les firmes Whirlpool, Bosch, Electrolux, Brandt, Siemens et Hewlett Packard. En rentrant chez moi j’ai bu un litre d’eau d’Evian. J’ai ensuite pris une douche « au naturel » puis je me suis rasé les aisselles avec mon rasoir jetable Wilkinson. Prudent je les avais au préalable préparés en les enduisant d’une généreuse couche de mousse à raser Williams (je ne me rase jamais le torse et encore moins le pubis, car dans pubis il y a pudeur…) Après toutes ces opérations de toilettage, je me suis assis sur ma chaise de jardin Grosfillex. Un bourdon (non sponsorisé) est passé par la fenêtre. D’une main j’ai mangé une crème glacée Magnun (des établissements Miko) et de l’autre j’ai saisi un livre édité par ce bon José Corti. J’ai éprouvé les pires difficultés à tourner les pages, mais le plaisir était tout de même là.

13 août 2010

Botanique

Figurez vous que le gland est un remède très efficace pour les diverses maladies du pénis. De plus mêlé aux autres mets, c’est un aliment des plus nourrissants, des plus roboratifs.

Saviez-vous qu’il y a une variété de satyrion qu’il suffit de tenir à la main en buvant du vin rouge pour ressentir de vifs appétits sexuels ?

En Thessalie d’il y a peu les femmes absorbaient des orchidées broyées dans du lait de chèvre, elles éprouvaient alors bien vite un début d’excitation.

Voilà.

9 août 2010

Propre

À Naples Valery Larbaud est ravi par les uniformes des jeunes fascistes. Il aime également beaucoup leurs chapeaux à pompon. S’il n’y avait la répression et les lois d’exception, il trouverait même le fascisme sympathique. Que voulez-vous la propreté, les sévères punitions pour les gens qui salissent les pissotières et les cabinets d’aisance tout cela est très bien. Il faudrait même appliquer une peine de six mois de prison pour les « salauds » qui crachent dans le tramway !

3 août 2010

Epistolier

« Mais neuf fois sur dix on remarque que là où "les timbres ne collent pas bien", immanquablement les routes sont mal entretenues, les trains en retard, les services publics mal faits, les enfants mal élevés - et le gouvernement débile ou corrompu. »

(Valery Larbaud, Journal)

2 août 2010

Sautillant

Je suis de retour ! oui la chose qui sautille dans le fond c'est MOI !

17 juillet 2010

Inspiré

Chacun cherche l’inspiration où il peut. Voltaire la cherchait dans l’excitation du café, Eschyle et Aristophane dans le vin… Buffon ne pouvait écrire qu’habillé élégamment. Villiers de L’Isle-Adam ne pouvait écrire qu’à plat ventre. Son confrère décadent, Hugues Rebell louait une chambre d’hôtel et n’en sortait qu’une fois son livre achevé. Corneille ressassait ses tragédies dans une quasi-obscurité tandis que Schiller cachait des pommes pourries dans le tiroir gauche de sa table de travail ; il les sortait, les sentait puis il se mettait au travail.

Chez les musiciens Gluck faisait transporter son clavecin au milieu d’un pré, il buvait deux, trois bouteilles de champagne, puis inspiré il composait. Haydn, comme Buffon, ne pouvait travailler qu’en tenue raffinée, il lui fallait également porter au doigt une bague ornée d’un volumineux diamant. Toutes conditions réunies il écrivait alors sans jamais s’arrêter, pendant cinq, six heures, des jours entiers…

Mozart était comme saisi par l’inspiration, elle lui arrivait à l’improviste. Il lui fallait alors s’épancher ; c’ était un problème en société.

Voilà.

16 juillet 2010

Caniculaire (ter)

La chaleur toujours là, je reste ouvert matinalement à tout vent.

Afin d'éviter le fracas d'un appel d'air tout autant violent qu'inattendu, j'ai bloqué l'une de mes fenêtres avec un épais volume de Stendhal (collection l'intégrale, au Seuil). Le résultat ne manque pas d'efficacité puisque l'air passe sans risque et à foison dans mon intérieur. Seul problème, ce mot du réputé grenoblois inscrit au dos de ma cale fenêtre improvisée : « Tout bon raisonnement offense ». Voilà que les passants qui passent ne manquent pas de regarder tout cela, ma fenêtre calée, mon intérieur livresque… Pour un peu je pourrais même les entendre marmonner : « Encore un intellectuel ! Qui ferait mieux de travailler ! » S'ils savaient !

P.-S. Mes autres fenêtres sont respectivement calées par le Petit Robert et par un vieux bottin ; elles ne donnent pas sur la rue.