Affichage des articles dont le libellé est Monsieur Hermès et moi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Monsieur Hermès et moi. Afficher tous les articles

16 décembre 2016

Arachnéen

La température extérieure étant ce qu'elle est une famille d’araignées a trouvé refuge dans la tiédeur douillette de mon petit intérieur. La plus grosse de ces bestioles, certainement la mère de famille, ayant la taille d'une mygale frileuse je ne sais pas s'il faut que je m’inquiète. En attendant, elle est rigolote et me tient bien compagnie.

25 avril 2013

Bricoleur

Le soleil enfin là je me réjouissais déjà devant la perspective de pouvoir lire en position semi-alanguie dans mon semi-jardin au presque grand air. Mal m’en pris puisqu’au bout de trois pages surhumaines du père Nietzsche j’ai dû constater bien malgré moi que mon voisin de gauche, profitant du « beau temps » avait décidé de réparer son toit. Quant à mon voisin de droite (un bourgeois bohème roulant en véhicule 4x4), il avait, lui, décidé de reprendre la construction de sa piscine idéale entreprise il y a pas moins de trois ans. À ma gauche (le toit), j’ai donc dû subir les assauts sonores et répétés d’une scieuse, d’un pistolet à clou et d’autres instruments indéfinissables tandis qu’à ma droite (la future piscine idéale) s’élevaient les vrombissements d’une pelleteuse tout autant dinosauresque qu’enrobée de vapeurs nauséabondes. Vous conviendrez qu’avec tous ces désagréments entremêlés il m’était quasiment impossible de me concentrer sur une lecture qui requiert un minimum de concentration (la lecture de ce bon vieux Nietzsche demande un minimum de concentration). Si l’on ajoute qu’outre le bruit et l’odeur, mon voisin de gauche (le toit) a laissé choir sans vergogne divers objets, copeaux, clous et tuiles, à même mon semi-jardin sans même vérifier s’il était occupé par le moindre quidam (je dois être transparent) il y a de quoi rester dubitatif devant la relative neutralité frontalière de nos voisins « bricoleurs ». Un peu las, un peu triste, resigné, je suis rentré dans mes intérieurs pour poursuivre, à l’abris, une lecture qui méritait d’être poursuivie, mais l’envie n’était plus là et j’ai assez vite oublié mon livre pour me complaire dans une sourde neurasthénie. Il faisait si beau dehors.

10 février 2013

Orchestral

J’ai la très désagréable impression que l’un de mes indéfinis voisins vient de monter un orchestre. En effet depuis bientôt une semaine mes murs laissent assez fréquemment passer les roulements d’une batterie hasardeuse et les vrombissements d’une guitare basse tâtonnante. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si les aubades produites par ledit orchestre ne taquinaient pas une bien incertaine contrée musicale située entre la sororité discordante des sœurs Shaggs et une sorte de Krautrock hagard et lancinant. Imaginez l’inconfort de ma situation, imaginez ma grande peine ! En représailles, je pense que je vais « écouter » Metal Music Machine très fort tout en ouvrant mes fenêtres.

26 mai 2011

Chinois

Cher M Hermès,

Tenez aujourd'hui J’ai eu la malencontreuse idée de porter ces chaussettes chinoises que j’avais achetées pas plus tard qu’il y peu chez un grossiste en textile à bas coût. Je dois dire que quant aux chaussettes j’aurais dû rester si ce n’est national tout du moins non exotique, car me voilà avec deux belles plaques d’urticaire sur chaque mollet. Ces deux plaques on beau être amusantes un moment (tiens des plaques!) et d’une symétrie à peu près parfaite elles forment tout de même une sorte de problème puisque j’ai passé ma journée à me frotter les mollets. Sinon j’ai failli rouvrir le Journal de Stendhal, mais je l’ai laissé choir au bout de trois pages, la motivation n’était pas vraiment là et toutes les façons il fallait que je me gratte les mollets, c’était une nécessité et chacun sait que nécessité fait loi.

Bien à vous.

30 novembre 2009

Autoérotique

Une nuit un sein lui a poussé. Comme ça au réveil il avait sur le torse un petit sein en poire très très aguichant, magnifique pour tout dire, avec un téton dardant ; une chose imprévue et fragile, un don inespéré... Ce don inespéré il le caressa timidement mais avec une application toute méthodique. Rougissant devant son audace, le plaisir montant, il décida alors bien vite de conserver ce cadeau du ciel, mais de le conserver uniquement pour son usage personnel, un présent qu’il partagerait uniquement avec ses sens en éveille ; une sorte de secret, inscrit dans son corps en permanence.

Alors, bon que faire pour préserver ce secret ? Trouver un magasin de lingerie fine et se mettre à la recherche d’un mono soutien-gorge, éviter le regard suspicieux d’une vendeuse commissionnée et retorse, inventer un stratagème, tout un art de l’esquive et de la dissimulation ; une vraie raison de vivre.

17 juillet 2009

Moyen-oriental

M. Hermès est passé me voir, il m’ignorait depuis bientôt six mois. Vous comprendrez aisément mon mutisme et le silence qui doit inévitablement entourer cette rencontre et la discussion désintéressée que nous avons eue : les vagues de l’intime ne s’échoueront jamais sur les rives de ce bleugh. Ah, si une chose quand même ! M.Hermès qui est un lecteur raisonnable, mais d’un goût certain, lit en ce moment Les sept piliers de la sagesse du trépidant T. E. Lawrence. Figurez-vous que M.Hermès n’aime pas trop ce livre car il trouve que l’on s’y ennuie un peu et que, surtout, l’ensemble manque cruellement de femmes. Je suis prêt à suivre M.Hermès dans cet avis définitif tant l’Egypte de Lawrence Durrell sied davantage à mon teint hâlé tant toutes ces histoires de rebelles arabes en Arabie on la fâcheuse tendance à me faire sombrer dans un quasi-coma lectoral. Je m’empresse d’ajouter que j’aime beaucoup les chameaux (animal méconnu et de prime abord peu sympathique) et que je trouve Peter O’Toole admirable lorsqu’il porte keffieh et burnous (c’est ce qu’il fait de mieux).

8 décembre 2008

L'autre

C’est l’hiver et le soleil à cet éclat ramolli d’or clair qu’il a à midi. Je suis dans une chambre, une chambre très étroite, petite, étrange. Je suis étendu sur un lit, un lit très haut, un lit trop haut. J’ai la sensation que quelqu’un me surveille. Je lève les yeux, il y a un homme planté debout devant moi, il me demande mon nom. Je sais que lui se nomme Monsieur Hermès, pourquoi me demande t-il mon nom ?

25 novembre 2008

Primesautier

Un drôle de type vient me voir, il vient me voir tous les dimanches, les autres jours il n’est pas là, il travaille. Comme il ne vient pas souvent ma barbe pousse. Elle ne pousse que sous mon menton. Le type qui vient me voir le dimanche a les yeux cernés, il est bizarre. Il travaille dans un hôtel la nuit. La nuit il entend les gens faire des choses avec leurs corps, et il a des bonheurs coupables Il est tenaillé et glauque on l appelle Monsieur Hermès. Le jour il écrit des choses, mais très peu c’est une parure.. Un clandestin dans l’endroit où il écrit tous ces signes que les gens décodent et que moi je ne comprends pas. Ma barbe me gratte et j’ai perdu ma bicyclette, heureusement il n’est pas minuit et il ne pleut pas

Monsieur Hermes n'aime ni la pluie ni le verglas, par contre, il voit sans déplaisir les feuilles tomber, il aime patauger dans la boue liquide une fois l'averse passée, il aime respirer l'odeur de chien mouillé des passants, l'odeur acre, presque une odeur d'urine,des feuilles amassées en tas sur le bord des trottoirs. Le dimanche quand il vient me voir Monsieur Hermes sent tout ça, le chien mouillé une vague et tenace odeur d'urée …C'est pourquoi parfois je le reçois avec mon manteau enroulé autour de ma tête. Je l'écoute et des fenêtres s'ouvrent dans ma tête.

Il y a des jours où je tourne franchement en rond ou je me donne l'impression de vivre autant de choses qu'un poisson rouge.

Dimanche dernier Monsieur Hermès n'est pas passé, quand il ne passe pas je m'imagine que je suis lui, toutes ces voix, toutes ces pensées ne sont pas les miennes, je suis monsieur Hermès, je ne suis plus rien, je ne sais rien, cette voix n'est pas la mienne, je ne le dirai pas, car je ne le saurai pas, peut-être que finalement, je suis Monsieur Hermès ?

J'ai écouté, j'ai tendu l'oreille, la vie continue, chaque jour la désagrégation des fibres émet un clapotis en moi, clapotis que j'ai de plus en plus de mal à percevoir. Je reste dans mes gonds, je n'en sortirai plus

Monsieur Hermès est venu. Ça allait, je m'étais oublié. Ce n'est pas vrai, ça allait, j'étais ailleurs dans une immobilité de pierre. Alors il est venu, … Il m'a montré son tibia couvert d'écorchures … la vieille voisine écoutait derrière la porte, j'ai ouvert la porte. Je l'ai assommée avec un pot de fleurs. Monsieur Hermès ennuyé est parti en clopinant de son tibia couvert de bleus et de cicatrices, la petite vieille au sol ressemblait à un lardon. Au commissariat je me suis endormi sur la chaise, la chaise aux pieds métallique vert comme avant, à l'école. Homicide volontaire, le policier portait des chaussures jaunes. Je me suis gratté le nombril, de la poussière dedans...

Je suis en éveil et j’ai peur de Monsieur Hermès. Le type du commissariat avec les grosses chaussures jaunes m’a posé des questions sur Monsieur Hermès, sur l’hôtel où il travaille, je ne sais rien, je n’ai pas de comptes à rendre …

Je suis libre à présent, relâché, le pot de fleurs est oublié. Je me suis jeté sur mon lit. J’entends le bruit de mon cœur sous mes os, le battement des veines sur mes tempes. J’ai soif, il fait chaud, je sens la sueur couler sur ma joue. J’ai peur et je suis calme. Monsieur hermès rode en moi. Je veux me souvenir du visage de Monsieur Hermès de l’expression trouble de son visage, mais je n’ai plus de souvenir, je n’ai qu’un souvenir erroné du visage de Monsieur Hermès, ce souvenir vague m’accable.

Alors finalement je ne suis plus rien, l’autre renonce à être moi, et cette musique tahitienne qui s’élève. Au-dessus de mon lit sur l’un des quatre murs de ma chambre jaune, il y a accroché ce tableau de Van Gogh , et la lumière dans la fenêtre là dans le tableau n’est plus celle d’Arles, mais celle de Tahiti . Gauguin est un autre Monsieur Hermès, et moi, car finalement je suis moi, je passe par la fenêtre…

16 juillet 2008

Puzzle

Cher toi,

Je m’empresse de te signaler les « Fragments de Lichtenberg » de Pierre Senges qui me semble un ouvrage pour toi, et pour moi. Te sachant lichtenbergien plus qu’à ton tour, tu y trouveras de la matière à ton goût. Des aphorismes en confettis rassemblés dans un casse-tête mousseux. Le puzzle résolu et vu de loin formera devant tes yeux incrédules, un roman global à saveur encyclopédique ; dans le pas d’autres croquignolets et mirliflores scribouilleurs affiliés à la fédération internationale de puzzle : Robert Burton, Laurence Sterne, Jonathan Swift …

Bien à toi.

19 février 2008

L’autre renonce à être moi

Mon cœur se contracte, mes nerfs frissonnent. J’ai de la foudre dans la gorge. Je marche vers la porte, les coudes écartés. Il est là. Il n’est pas là. Je suis là. Monsieur Hermès n’est plus là. Il ne vient plus. Il me guette dans l’ombre. Il faut que je me démêle. Pas de nostalgie. Le soleil en faisceaux, de l’or sur les dalles, du plâtre. Je me dissimule. La tête, le buste. Je monte dans les étages. Je souffle à chaque palier. Cinq étages. La main sur la rampe. La désolation, en bas, la cour, vitres cassées, une ombre qui tapisse les murs. Monsieur Hermès, une trace dans la poussière de plâtre. Monsieur hermès, un petit carnet dans son veston, sa poche, le carnet. Le carnet tombe dans le stuc dégradé. Le soleil, Monsieur Hermès n’est plus là. En haut je suis là, moi. Le sang me traverse. Le sang me pénètre. Je gonfle comme une bosse chaude. Mon œil disparaît dans l’ombre des tuiles. Voilà je suis en bas. Dans le stuc, le carnet, un crachat en pleine face, le carnet de Monsieur Hermès, la dernière page :

...

Je n’irai plus voir l’autre puisqu’il faut que l’autre renonce à être moi. Je ne veux, et ne peux plus, en aucun cas, être son reflet dans un miroir fortuit. L’autre a beau inventer des mots, son esprit n’est plus que cendres retombées en corolles insalubres. Tout cela pourrait être un drame, un malheur pour le commun des mortels, jamais pour moi et encore moins pour lui, mon triste ami. D’ailleurs cet ami-là, si sombre soit-il, n’éprouve rien, il ne fait que subir le passage du temps et il n’a pas plus d’existence tangible que l’agrégat de poussière amassé sous le canapé topaze posé au centre de sa tanière claquemurée.
L’autre affirmait il y a peu et dans un éclair de fausse lucidité, je cite de mémoire : « ressentir plus que subir les choses. » La poussière ressent-elle les choses ? N’est-elle pas plutôt faite de l’imperceptible et continuelle désagrégation de ces fameuses choses, ne ressent-elle pas le souvenir, l’absence des choses ? Je pense que l’autre se trompe, je pense qu’il est obscurci par un esprit dévié et malade, Lui imperturbable, pense l’inverse. Un chargement bizarre, il me croit lui, il se croit moi et il me croit souffrant ; alors que je ne suis incontestablement, non souffrant, et formellement encore moins lui.
Je n’ai rien de la poussière et tout du concret aggloméré, je serai poussière plus tard… le plus tard possible. Tout cela tangue, inlassablement, vers le compliqué, le fatiguant… De toutes les façons, l’autre n’existe que pour lui-même, il m’oubliera vite tout comme je l’oublierai bientôt. L’autre restera pour moi un résidu, de la pluie noire dans la tête, et je ne serai plus rien pour lui, qu’un vague souvenir alanguit.

Sombre constat, je suis en l’occurrence, assez peu compassionnel avec un être qui ne réclame aucune compassion, mais c’est ainsi.


Un crachat en pleine face. Je déchire la page. La dernière page. Voilà la première :
...

1 février 2008

Monsieur Hermès et moi

Monsieur Hermès préfère vivre, moi je reste avec et dans les livres. Vivre par procuration c'est vivre aussi. Monsieur Hermès n'est jamais avec et dans les livres. Je pense qu'il voudrait être moi parfois Monsieur Hermès, moi et tous ces types dans les livres. Moi je ne voudrais jamais être lui avec tous ces gens là, réels probables et palpables, tout est compliqué..

Je voudrais me secouer de ce grand sommeil que ne connaît pas Monsieur Hermès, oh ! non pas pour atteindre une existence heureuse et lucide, non, mais plutôt pour faire un effort croissant et jamais confirmé par aucun résultat évident. Ce sera mon but, ce manque de résultat évident...

Monsieur Hermès n'est pas un homme d'intérieur, d'une certaine façon moi non plus. Je tends toujours à sortir de moi-même. J'aime me souvenir et la mémoire me conduit vers la réalité. Je me penche sur moi-même et je tire l'eau d'un puits vide qui se remplit si je me détourne de lui.

Je perçois ce bruit qui ne s'arrêtera plus, tout en accusant une curieuse variété, au profond d'une monotonie sans nom. Ce bruit d'une éternité, un trépignement confus, le bruit du monde, il y a des bruits autrement plus agréables.