Que deviennent les larmes que l’on ne verse pas ? Jules Renard disait que la plus sotte exagération était celle des larmes. Elles l’agaçaient comme un robinet qui ne ferme plus. Pour lui chaque pensée absorbant une larme, il n’était pas question de penser et pleurer en même temps. Cela ne l’empêchait pas d’avoir le cœur rempli de feuilles mortes. Il y a un beau poème de Léon-Paul Fargue qui tourne autour des larmes taries, les larmes non versées d’un type qui vacille au sommet du désespoir. Il monte, monte… il monte au-dessus des hommes, il a du chagrin, il souffre, il n’y a plus de coton dans son cœur. Chez Mallarmé on ne se contient pas, les larmes ont un pouvoir lustral. C’est l’eau limpide de sa douleur et il suffit de lire les notes écrites sur la mort de son fils Anatole pour avoir les yeux humides et le cœur pincé.
19 mars 2022
11 mars 2022
Ironique
L’ironie et le ricanement sont deux choses bien différentes. Il est important de ne pas ricaner. Quant à l’ironie, et notamment l’ironie en littérature, vaste programme ! Il y a des ironistes évidents et des ironistes moins évidents. Tenez par exemple l’ironie de Jules Renard est bien connue, celle de Mallarmé ou de Cioran, moins. L’ironie de Jules Renard ne dessèche pas, elle ne brûle que les mauvaises herbes, c’est aussi la pudeur de son humanité. L’ironie de Mallarmé, oui il y a donc de l’ironie chez Mallarmé, est « un vertige contrôlé de l’esprit, un suprême sourire de la volonté ». L’ironie de Cioran est le privilège de son âme blessée, le témoignage d’une brisure secrète, un aveu, ou le masque qu’emprunte la pitié qu'il peut éprouver pour lui-même.
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Libellés : Solitude du lecteur de fond
9 mars 2022
Thermonucléaire
Que faire en attendant la guerre thermonucléaire ? Vous pouvez vous gratter le nombril en regardant le plafond. Vous pouvez aussi courir nu autour de votre canapé tout en ponctuant votre course de quelques sautillements capricants. Voilà pour la partie la plus sportive, la partie gymnopédique. Pour ce qui est de la partie intellectuelle, vous pouvez vous coucher tranquillement sur votre canapé (toujours le même, j’imagine que vous n’en avez qu’un) et lire des choses inconnues de la morne piétaille. Vous pouvez par exemple lire « Le dilettantisme - Essai de psychologie, de morale et d'esthétique » par Claude Saulnier (Librairie philosophique J.Vrin, 1940). Cet assemblage de lexies, de syntagmes, de lignes et d’interlignes, de paragraphes et d’alinéas offre quelques satisfactions. Jugez par vous-même : « La pure contemplation serait vite fastidieuse pourtant, si elle n’était que passive et si elle s’opposait d’une façon absolue à l’action. Or, il est bien évident qu’une pure contemplation parfaitement inactive est inconcevable : elle est d’ordre esthético-mystique et, si elle se réalise, elle aboutit à une ataraxie, à un “bouddhisme”, qui se détruit elle-même. En réalité, le dilettantisme est essentiellement actif, mais d’un mode d’activité tout particulier et fort différent de l’action sociale. Il n’y a contemplation esthétique que par un rythme, une alternance, et ce rythme est porté au maximum d’intensité, chez le dilettante, dont toute l’attitude se réduit finalement à la pure virtuosité. »
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Libellés : Solitude du lecteur de fond, Sports et divertissements
6 mars 2022
Timide
Paul Valéry n’était pas qu’un esprit absent au monde, un génial et aigu ermite de l’intelligence, c’était aussi un type sympathique qui l’âge aidant se laissera même aller à quelques tendresses. Voilà une image tout autre que celle donnée par le « petit monsieur sec » se déclarant « ennemi du Tendre » et déléguant tous les pouvoirs à sa propre intelligence. On pourrait même tamponner et renforcer nos propres propos en constatant que la maîtrise parfaite des émotions, cette délégation de tout au cogito, montré par Valéry n’étaient que le paravent sévère, mais protecteur d’un homme travaillé par une grande timidité. On pourrait tamponner et renforcer nos propres propos, mais nous ne le ferons pas, car avouons-le, tout le monde se fiche éperdument de Paul Valéry.
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Libellés : Solitude du lecteur de fond
4 mars 2022
Idiot
Baudelaire cet homme d’esprit qui ne s’accordait avec personne, s’appliquait à aimer la conversation des imbéciles et la lecture de mauvais livres. Il en tirait de belles jouissances qui compensaient largement sa fatigue d’exister. Chez les frères Goncourt les gens spirituels dans leur vie, pas bêtes dans la conversation, laissent parfois affleurer dans leurs livres la bêtise dissimulée dans leur fin fond. La bêtise faisait suffoquer Flaubert, ce qui était imbécile, car autant vouloir s'indigner contre la pluie. Il pensait également que « la bêtise consiste à vouloir conclure ». Ce en quoi il n'avait pas vraiment tort.
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Libellés : Solitude du lecteur de fond, Sports et divertissements
28 février 2022
Shakespearien
Shakespeare pose parfois de drôles de questions. Par exemple, il cherche à savoir « où va la blancheur lorsque la neige fond ? » Ce n’est pas vraiment idiot, c’est même une belle interrogation poétique, et Shakespeare est aussi un grand poète. J’ai envie de lui répondre qu’il y a peut-être un peu de la blancheur de la neige fondue dans la Brise Marine de Mallarmé, dans cette jeune femme allaitant son enfant, dans ce papier vide défendu par du lactescent. J’ai envie de lui répondre cela, mais je me trompe peut-être : je n’ai pas lu tous les livres.
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Libellés : Solitude du lecteur de fond
6 février 2022
Rêveur
Platon répète à qui veut bien l’entendre que les hommes vivent dans un rêve. Pindare pense que l’homme est le rêve d’une ombre. Pour Shakespeare nous sommes faits de l’étoffe dont sont tissés les songes, et notre vie bien courte a pour frontière le sommeil. Pessoa enroule le monde autour de ses doigts comme on pourrait jouer avec un fil ou un ruban. Il rêve à sa fenêtre.
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Libellés : Solitude du lecteur de fond
5 février 2022
Heureux
Pour Michel Houellebecq il ne faut pas avoir peur du bonheur, car il n’existe pas. Franz Kafka pense lui qu’il existe une possibilité de bonheur, et même de bonheur « absolu ». Il suffit de croire à quelque chose d’indestructible en soi et de ne pas chercher à l’atteindre. Chez Lao Tseu le bonheur naît du malheur, chez Nietzsche c’est le son d’une cornemuse, chez Jules Renard « le bonheur c’est de le rechercher ». Tchekhov est triste d’être heureux. À son habitude, Mallarmé fait semblant de tout compliquer. Pour lui le bonheur est une léthargie céleste qui constitue tout à la fois un modèle et un obstacle : il voudrait pouvoir oublier son âme dans l’insensibilité de l’azur et des pierres. Quant à moi, ça va à peu près, je sifflote en repeignant le plafond.
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Libellés : Solitude du lecteur de fond
4 février 2022
Humoristique
Jules Renard est un humoriste diablement sautillant, mais c’est aussi un homme de bonne mauvaise humeur pour qui l’ironie est la pudeur de l’humanité. Chez Erik Satie on peut selon sa fantaisie ne choisir que ce qui est rigolo dans l’existence. On évite ainsi plus d’un embêtement, on coupe au Service Militaire, on s’excuse aux enterrements, on ne règle pas sa couturière. Pour Georges Perros on a de l’humour dans la mesure où « l’autre » ne s’en aperçoit pas. Schopenhauer (Arthur) pense que l’humour repose sur une disposition particulière de l’humeur, où sous toutes ses formes, il remarque une « forte prédominance du subjectif sur l’objectif, dans la manière de saisir les objets extérieurs ». Henri Roorda constate que quand on lit les théoriciens du rire, on ne rit plus trop. Quant à moi, j’essaye d’être à côté, sans exagération ni hyperbole, dans une ironie plaisante et sentimentale, une ironie inachevée tournicotant autour d’un compère complice. C’est ce que j’appelle humour.
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2 février 2022
Tempéré
Pour Hippocrate, un vieux médecin grec qui connaissait plein de choses, le froid est l' ennemi des os, des dents, des parties nerveuses, de l’encéphale et de la moelle épinière. Le chaud est par contre l'ami de tout ça. Permettez moi d'avoir quelques doutes. J'ai plutôt l'impression que le froid conserve tandis que le chaud conduit à une bien inévitable putréfaction. Bon je raisonne ainsi parce que mon encéphale est indéniablement congelé, ce qui nous avance bien. Finalement la solution dans toutes ces histoires de température c'est le tempéré. Sur l'île de Madère, les autochtones ont l'air intelligent et doux.
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1 février 2022
Philosophique
Le labeur derrière moi je fais un petit tour dans le Monde comme volonté et comme représentation de l’ami Schopenhauer. Voilà une somme replète où les idées fusent. Tenez par exemple parmi ces idées celle-ci : pour Schopenhauer « la musique pourrait (en quelque sorte) subsister sans que l’univers existât ». Drôle d’idée, qui semble de prime abord plus poétique que philosophique. Idée qui semble potentiellement absurde, mais qui bien évidemment ne l’est pas. Pour Schopenhauer l’univers non existant où la musique existe n’est pas une abstraction parnassienne c’est « simplement » un ailleurs indépendant du (monde) phénoménal, un ailleurs faisant fi de l’interaction du cogito, mais qui fait directement avec la volonté : « La musique, en effet, est une objectivé, une copie aussi immédiate de toute la volonté que l’est le monde, que le sont les Idées elles-mêmes dont le phénomène multiple constitue le monde des objets individuels. Elle n’est donc pas, comme les autres arts, une reproduction des Idées, mais une reproduction de la volonté au même titre que les Idées elles-mêmes. C’est pourquoi l’influence de la musique est plus puissante et plus pénétrante que celle des autres arts : ceux-ci n’expriment que l’ombre, tandis qu’elle parle de l’être ».
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Libellés : Solitude du lecteur de fond
6 mars 2020
Immobile
Publié par Philippe L à 6.3.20 0 commentaires
Libellés : Drôle d'écho, Solitude du lecteur de fond
5 mars 2020
Tchekhovien
Publié par Philippe L à 5.3.20 0 commentaires
Libellés : Bulletin météo, Solitude du lecteur de fond
9 janvier 2020
Béat
La peur la plus sérieuse d'Emil Cioran ? Devenir un saint !
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14 décembre 2019
Ionescien
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28 novembre 2019
Tarabiscoté
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18 octobre 2019
Colérique
Publié par Philippe L à 18.10.19 0 commentaires
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9 septembre 2019
Atrabeyliste
Publié par Philippe L à 9.9.19 0 commentaires
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8 juillet 2019
Saharien
Publié par Philippe L à 8.7.19 0 commentaires
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19 juin 2019
Sétois
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