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2 novembre 2025

Chatouilleux

 Le prurit est le vestige du lien social perdu, un rappel que se gratter à deux valait mieux que se gratter seul.

9 mars 2022

Thermonucléaire

 Que faire en attendant la guerre thermonucléaire ? Vous pouvez vous gratter le nombril en regardant le plafond. Vous pouvez aussi courir nu autour de votre canapé tout en ponctuant votre course  de quelques sautillements capricants.  Voilà pour la partie la plus sportive, la partie gymnopédique. Pour ce qui est de la partie intellectuelle, vous pouvez vous coucher tranquillement sur votre canapé (toujours le même, j’imagine que vous n’en avez qu’un) et lire des choses inconnues de la morne piétaille. Vous pouvez par exemple  lire « Le dilettantisme - Essai de psychologie, de morale et d'esthétique »  par Claude Saulnier (Librairie philosophique J.Vrin, 1940). Cet assemblage de lexies, de syntagmes, de lignes et d’interlignes, de paragraphes et d’alinéas offre quelques satisfactions. Jugez par vous-même : « La pure contemplation serait vite fastidieuse pourtant, si elle n’était que passive et si elle s’opposait d’une façon absolue à l’action. Or, il est bien évident qu’une pure contemplation parfaitement inactive est inconcevable : elle est d’ordre esthético-mystique et, si elle se réalise, elle aboutit à une ataraxie, à un “bouddhisme”, qui se détruit elle-même.  En réalité, le dilettantisme est essentiellement actif, mais d’un mode d’activité tout particulier et fort différent de l’action sociale. Il n’y a contemplation esthétique que par un rythme, une alternance, et ce rythme est porté au maximum d’intensité, chez le dilettante, dont toute l’attitude se réduit finalement à la pure virtuosité. »


8 mars 2022

Fitzgeraldien

 Le vendredi 13 décembre 1940 Scott Fitzgerald dîne chez Dorothy Parker avec Nathanael West. Huit jours plus tard le 21, il meurt d’un accident coronarien. Le lendemain Nathanael West se tue en auto avec sa compagne Eileen dans une collision près D’El Centro (Californie). On enterrera Fitzgerald dans le cimetière communal de Rockville (Maryland). Nathanael West et sa compagne seront enterrés au cimetière de Mount Zion dans le Queens à New-York. Devant le cadavre de Fitzgerald, son ami, la seule à veiller, Dorothy Parker répétera - The poor son-of-bitch, the poor son-of-bitch, the poor son-of-bitch (c’était l'oraison funèbre de Jay Gatsby). Elle est morte des suites d’une crise cardiaque le 7 juin 1967. Son corps sera incinéré, on perdra son urne funéraire. C’est une longue histoire.


4 mars 2022

Idiot

 Baudelaire cet homme d’esprit qui ne s’accordait avec personne, s’appliquait à aimer la conversation des imbéciles et la lecture de mauvais livres. Il en tirait de belles jouissances qui compensaient largement sa fatigue d’exister. Chez les frères Goncourt les gens spirituels dans leur vie, pas bêtes dans la conversation, laissent parfois affleurer dans leurs livres la bêtise dissimulée dans leur fin fond. La bêtise faisait suffoquer Flaubert, ce qui était imbécile, car autant vouloir s'indigner contre la pluie. Il pensait également que « la bêtise consiste à vouloir conclure ». Ce en quoi il n'avait pas vraiment tort.

3 février 2022

Malin

 Répétez cent fois ces mots après moi : « le choucas tchèque Kafka ». Rajoutez des congas, des maracas, un marimba. Mettez un chapeau de paille, vous allez prendre un coup de soleil. La Mitteleuropa s’éloigne voilà les Antilles.


31 mai 2021

Pélargoniumiste

 Figurez-vous que dans toute l’œuvre de Paul Valéry il n'est jamais question du géranium ! Il ne l’évoque même pas dans son fameux « Cimetière Marin » où il y a beaucoup de lumière, des vers de terre, des insectes et des racines, du bleu, des flèches ailées, des filles chatouillées qui poussent des cris aigus, mais jamais au grand jamais l'ombre portée d'un géranium ! Voilà pourtant une plante de cimetière idéale, elle demande certes un arrosage semi-soutenu — qui n'a pas vu une veuve tristounette porter deux arrosoirs à bout de bras ne connaît pas vraiment les cimetières —, mais guère plus que ça.

Comme tout fricote dans une coalescence soutenue, comme tout se confirme et s’accorde toujours, la tombe de Paul Valéry est à l’image de son œuvre : dépourvu du moindre géranium. On peut la voir froide et impassible, accrochée sur l’une des pentes du Cimetière Saint-Charles de Sète ( le vrai nom du fameux Cimetière Marin). Quelques arpents plus loin sur la tombe de Jean Vilar une petite armée de pots de fleurs bondés de joyeuseté colorée nous ferait presque oublier la rude phénoménalité du marmoréen. Parmi ces pots, deux pots de géraniums. Décidément, le « théâtre populaire » cède au pélargoniumisme.

13 octobre 2020

Inutile

Mai 68. Voyant quelques enragés manifester dans la rue Eugène Ionesco un peu ivre ouvre les fenêtres du Mercure de France et beugle un tonitruant: « Dans trois semaines, vous serez des notaires ! ». La rue lui répond avec un pavé qui brise l’une des vitres de l’auguste maison d’édition. Tout cela est raconté dans le Journal Inutile de Morand, qui est donc un peu drôle. Tenez par exemple on peut aussi y lire ceci le 29 juillet 1968 : « Slogan pour l’Odéon, en octobre : L’avenir de la jeunesse, c’est la vieillesse ».

7 mai 2020

Pendu

Le 25 septembre 1977, Philippe Jullian dandy notoire s'est pendu avec sa cravate au crochet d'une porte. À cinquante-sept ans, il se trouvait trop vieux.

22 décembre 2019

Velléitaire

Amis oblomoviens n’entamons pas une lutte fatigante contre la « start-up nation », laissons là simplement se déliter jusqu’à sa propre disparition, cela me semble une plus que parfaite non-initiative.

17 décembre 2019

Moyen-Oriental

Les comploteurs s’asticotent à l’ombre des tilleuls, 
le cheikh suçote un sérieux narguilé avec un drôle d’air cauteleux, 
au loin deux dromadaires blatèrent, 
le Colonel Lawrence a encore laissé traîner sa djellaba.

17 juillet 2019

Ragoutant

En Kirghizie pendant les festins on vous présente sur une assiette, la tête bouillie d'un mouton. Il faut manger la cervelle puis extraire l'un des deux yeux de la bestiole et l'avaler séance tenante. Le maître des lieux gobe l'autre œil. Avouons-le, tout cela n'est pas très végan.

24 mai 2019

Aligné

Dans Connaissance de l'Est Paul Claudel, oui Paul Claudel l’ambassadeur sybarite, constate que les rues des villes chinoises sont faites pour un peuple habitué à marcher en file indienne (ce qui ne manque pas de sel pour des Chinois). Ainsi, chaque quidam prend place dans un rang qui ne semble jamais vraiment commencer et ne jamais vraiment finir, mais qui forme un tout parfaitement aligné. Les maisons qui bordent les multitudes de rangs ressemblent à des caisses défoncées, mais bien rangées, dans lesquelles un esprit futé à aménagé des interstices où les habitants dorment orthogonalement au milieu de marchandises diverses et variées : « N'y aurait-il pas des points spéciaux à étudier ? la géométrie des rue ? la mesure des angles, le calcul des carrefours ? la disposition des axes ? tout ce qui est mouvement ne leur est-il pas parallèle ? Tout ce qui est repos ou plaisir, perpendiculaire ? »

5 janvier 2019

Footballistique

George Perros aimait beaucoup le football. Il se rendait régulièrement au stade et il lui arrivait même d'entrer sur le terrain, comme ça au débotté, lorsqu’un joueur de L'Union sportive laïque Douarneniste venait à manquer. Sur la feuille de match, il signait alors «Tchekhov », c'était assez drôle.

6 juillet 2018

Motocycliste

Jadis je me déplaçais juché sur une motocyclette noire. Je me lançais sur les chemins bitumés avec la célérité d'un pégase puissamment ailé et tout défilait autour de moi à des vitesses proprement vertigineuses. Tout cela est de l'histoire ancienne ma motocyclette noire s'en est allée dans un saumâtre carambolage et à présent je me déplace sur mes deux jambes, en boitant un pas après l'autre. J'ai perdu en ivresse ce que j'ai gagné en qualité d'observation.

19 mai 2018

Pendu

Gérard de Nerval est suspendu par le cou à sa petite grille, ses pieds à deux centimètres du sol, le voilà mort. On se bouscule pour voir le cadavre, son enterrement, l’enterrement de « ce pauvre Gérard », sera un petit événement. On oubliera bien vite sa tombe.

18 mai 2018

Vélocipédiste

« Si je vais aussi vite dans les cols, c'est parce que je veux abréger mon agonie ». (Marco Pantani)

6 mars 2018

Épatant

« Le temps est beau, la campagne est verte, le soleil est chaud. J'ai une chaise longue épatante » (Raoul Dufy, 1907)

25 novembre 2017

Sucré

J'ai mis trop de sucre dans mon Earl Grey, le monde tangue.

23 novembre 2017

Hippophile

Les yeux enlevés des orbites
et remplacés par des pierres précieuses
courent aveugles les chevaux du radjab.

(Jean Follain, L'usage du du temps )

22 novembre 2017

Beyliste

A Brunswick Stendhal est assez étanche aux « valeurs du travail ». Son barbier le réveille aux alentours de 8 heures. Ensuite, rasé de près, il lit tranquillement. Puis c’est sa leçon d’allemand, cette langue parlée par des ennuyeux mais qui a deux trois mots expressifs pour elle. La leçon d’anglais suit la leçon d’allemand… Rentré chez lui, lecture à nouveau, pendant trois heures. Puis diner, mouton grillé, pommes frites et salade. Drôle de digestion après diner, cheval pendant une heure. Stendhal passe devant la fille du cordonnier, elle lui sourit, c’est le meilleur moment de la journée. Le soir venu, rendez-vous avec Charlotte une beauté de 25 ans qui en parait 32. Voilà : les journées allemandes de Stendhal frôlent la barbarie, elles ne sont jamais civilisées par les « valeurs du travail », il faut bien avouer que tout cela est terrifiant.