Je suis décevant

17 février 2017

Deplumé

Constatons simplement que le chauve est le plus souvent circonspect lorsque devant un miroir, il se scrute glabre de la boite à encéphale.

14 février 2017

Entiché

Le flottement, la constante hésitation des intuitions, le coûteux et patient décalage où chacun est amoureux du reflet de son propre sentiment pour un ou une autre inaccessible, amour en miroir où Narcisse ne se reconnaît pas.

11 février 2017

Effarouché

La timidité est une maladie qui vous fait vivre un peu de côté, à l'ombre des risques. Que voulez-vous les timides sont plus conscients des dangers, ils ont la peau plus fine et des antennes plus sensibles, ils évitent la moindre lutte, le moindre frottement avec leurs congénères, ils vivent dans un hors là qui n'a que très peu de rapports avec le monde des dominants, des fanfarons, des sûrs d'eux-mêmes.

5 février 2017

Lourd

Vivre sans corps tel une abstraction flottante, c'est peut-être un but à atteindre. En attendant, je grossis, j'enfle, je pèse de tout mon poids.

31 janvier 2017

Camélidé

Le crachat du lama ravira les gastronomes. Que voulez-vous un mélange verdâtre de régurgitations gastriques et de « boules puantes » prédigérées, cela ne se refuse pas !

28 janvier 2017

Indifférent

Ce n'est pas tant que je sois misanthrope dans la plus entière acception du terme, je dirai que je suis indiffèrent, ce qui est presque pire en mieux. Si les « autres » savaient que je suis bien plus attentif au souffle du vent dans les branches qu'à leurs propos, ils seraient effrayés. Il n'y a pourtant rien d'effrayant là-dedans, c'est seulement un pas de plus vers la sagesse.

25 janvier 2017

Helvétique

La Suisse est une contrée confortable, tout y est parfaitement aligné et entre les doubles fenêtres, des fleurs paraissent avoir été mises là pour la joie du passant.

23 janvier 2017

Indécent

« Il est impossible d’ouvrir la bouche sans provoquer les plus incurables confusions… Tout ce que l’on exprime est indécent. Le simple fait d’exprimer quelque chose est indécent. » (Hugo von Hofmannsthal, L’Homme difficile).

18 janvier 2017

Continental

L'Europe – ce moignon asiatique noyé dans l’Atlantique - n'est pas une donnée géographique, mais un produit de l'Histoire (avec sa grande hache).

16 janvier 2017

Expectant

Je suis simplement terrorisé à l’idée de réussir quelque chose. C’est certainement pourquoi je préfère la passivité à toute initiative.

15 janvier 2017

Alourdi

Quant aux « sentiments », je ne ressens pour ainsi dire plus rien. Mon cœur n’est plus cet organe chaud et prêt à la palpitation qu’il fut pendant des lustres, non ce n’est plus qu’une pierre, une lourde pierre qu’il me faut sans cesse porter. Voilà peut-être pourquoi je ne parviens plus à m’élever : j’ai une ancre nichée à l’intérieur du thorax.

8 janvier 2017

Digressif

Je déplie des développements parasites, bref je radote.

2 janvier 2017

Dissymétrique

Je vis avec ma fatigue comme d’autres vivent avec leur femme (leur homme, leur bonsaï). Nous formons un couple assez dissymétrique. Je suis bancal, ma fatigue est bien rectiligne, c’est un problème.

30 décembre 2016

Inspiré

Le 9 mai 1898, Jules Renard dresse sa tête comme les oiseaux le font au bord de leurs nids puis il dit d'une voix douce et gaie : « L'inspiration, ce n'est peut-être que la joie d'écrire : elle ne la précède pas. »

20 décembre 2016

Linguale

J'ai « roulé » ma première pelle pas loin de La Baule, à Pornichet. C'était en 1977, j'avais onze ans. Elvis Presley est mort le lendemain.

19 décembre 2016

Érectile

Nous sommes à Milan le 10 septembre 1811, l'ami Beyle se rend jusque chez un « traiteur » qui lui fait part d'une méthode secrète lui permettant de « bander » plus que de raison. La méthode qui est aussi une recette est très simple, il suffit d'avoir une tarentule à portée de main, de l'occire puis de la réduire en charbon et de la mélanger avec de l'huile d'olive. Le « patient » frotte ensuite la pâte résultant du mélange au pouce de son pied droit et le tour est joué, voilà une belle érection qui commence à poindre.

18 décembre 2016

Naufragé

« Sur un vaisseau qui fait naufrage, la panique vient de ce que tous les gens, et surtout les marins, ne parlent obstinément que la langue des navigations ; et nul ne parle la langue des naufrages.» (Armel Guerne)

16 décembre 2016

Arachnéen

La température extérieure étant ce qu'elle est une famille d’araignées a trouvé refuge dans la tiédeur douillette de mon petit intérieur. La plus grosse de ces bestioles, certainement la mère de famille, ayant la taille d'une mygale frileuse je ne sais pas s'il faut que je m’inquiète. En attendant, elle est rigolote et me tient bien compagnie.

15 décembre 2016

Pathologique

Cioran n'aimait pas Victor Hugo, que voulez-vous cette œuvre replète, cette vie trop remplie, rien de vraiment intéressant. Quant aux écrivains en règle générale : « L'idée de rencontrer des écrivains me rend positivement malade. Retrouver ses propres défauts en pire est intolérable. Et puis on ne peut supporter de plus vaniteux que soi. »

14 décembre 2016

Bio

Je bois une infusion à base d'aloe vera dans l'un de mes mug Keith Haring, dehors il fait déjà nuit, les temps sont bien mornes.

6 décembre 2016

Zombiesque

Parler d'outre-tombe est toujours plus facile, on évite la susceptibilité des vivants.

3 décembre 2016

Maçonné

On regardant par ma fenêtre je vois un mur, rien d'Est-Allemand, rien d'hivernal, rien du petit pan de mur jaune de Bergotte non plus…

1 décembre 2016

Hivernal

Le 9 décembre 1963 Cioran relit quelques poèmes d'Emily Dickinson. Il est ému jusqu'aux larmes. Il faut dire que tout ce qui émane d'elle a la propriété de le bouleverser. Le 10 décembre, de son lit, il voit passer un grand oiseau noir. Le 11 décembre il fait un rêve étonnant : Jacqueline Kennedy lui donne un coup de fil puis il se promène avec elle dans le bois de Sénart. Le même 11 décembre on retrouve trois squelettes dans la région de Lascaux, l'un d'eux a le crâne fracassé…

30 novembre 2016

Douillet

Finalement, mon vrai problème, peut-être mon seul problème, restera ma fainéantise. Pas ma fainéantise face aux choses que l'on peut soulever, non ma fainéantise intellectuelle, ce cocon lymphatique que je crée autour de moi et qui m'enferme dans une fausse quiétude douillette.

28 novembre 2016

Architectural

« Les grandes architectures de la nuit tombante : arcs de triomphe que formaient les branches au bout des avenues, labyrinthes des sentiers rafraîchis, stades des champs aux gradins de haies jusqu’à l’horizon, portiques et dolmens de nuages encadraient notre être enfant allant vers son destin… » (Jean Follain, Canisy)

26 novembre 2016

Souffreteux

L'avantage de la maladie c'est qu'elle permet la lecture bien plus que la non-maladie (je parle évidemment de la maladie non immédiatement létale).

10 novembre 2016

Enfantin

« Notre enfance s’est écoulée parmi des hommes socialement dérangés de leur position originelle, dans une époque historiquement dérangée, et elle a été remplie de désordres de toutes sortes ; et le désordre conduit à la souffrance, et la souffrance à la plainte muette, là fleurit la poésie. » (Gregor von Rezzori, Neiges d’antan).

8 novembre 2016

Amusant

Certains Indonésiens enterrent leurs décédés quatre ans après le trépas. Les cadavres ne sont plus que des sacs d'os qui font des bruits rigolos. Tout cela est très amusant.

24 octobre 2016

Déplié

« Et depuis, chaque jour, ou presque, je me suis découvert de nouveaux sens. Ma vie m’intéresse prodigieusement. Je me relève, je me déplie, je m’étends dans beaucoup de directions. On a été si longtemps assis sur moi... » (Valery Larbaud, Journal intime de A.O. Barnabooth )

4 octobre 2016

Modeste

N'ayant pas les capacités pour, je renonce d'ores et déjà à la postérité.

3 octobre 2016

Banal

« L'artiste qui cherche l'extraordinaire à tout prix et d'une manière constante lasse vite, car rien n'est plus insupportable que la monotonie de l'insolite. Il n'y a pas d'art véritable sans un minimum, que dis-je ? Sans une bonne dose de banalité. » (Cioran, Cahiers)

1 octobre 2016

Linguistique (bis)

Le gréco-salentin ne se parle pas, il se chante.

30 septembre 2016

Linguistique

Le toscan ne se parle pas, il se pleure.

29 septembre 2016

Zibaldonesque

« En littérature, on passe du néant à la médiocrité, puis de la médiocrité au vrai, et de là au raffinement… » (Giacomo Leopardi, Zibaldone).

16 septembre 2016

Vieux

je suis tellement vieux ; tellement vieux que je suis jeune, très jeune.

13 septembre 2016

Helvétique

L'air suisse se boit.

6 septembre 2016

Affectueux

Tout ce qu'il y a de bon à gagner d'un sot, c'est son affection.

1 septembre 2016

Chapeauté

« Je traite mon chapeau avec grande douceur et il me semble toujours aussi longtemps que je peux toucher mon chapeau, d'un tendre geste qui m'est coutumier, que je peux encore m'estimer un homme heureux. » (Robert Walser).


31 août 2016

Aérien

Le bang des supersoniques ne gâche jamais vraiment le ciel.

17 août 2016

Tuberculeux

Les sofas des sanatoriums ont toujours de bien curieux dossiers. On se demande bien pourquoi ?

12 août 2016

Chatouillant

Les chatouillements ne sont jamais un manquement aux règles de la bienséance. Pour ce qui me concerne je dirai même qu'ils sont l'un des rares agréments de l'existence.

25 juillet 2016

Festif

Je suis content, je suis festif, je suis dans ma fan zone de confort.

23 juillet 2016

Patinant

L’âge aidant la patine est sur moi, en moi.

22 juillet 2016

Monténégrin

Cetinje est une capitale historique égarée dans une cuvette de moyenne montagne. Le palais de l'ex-roi ressemble à une replète maison bourgeoise et un peu plus loin la tour en pierre où les habitants avaient l’ habitude d'accrocher la tête de leurs ennemis turcs somnole dans la brume.

20 juillet 2016

Tuberculeux

Les sofas des sanatoriums ont toujours de bien curieux dossiers.

3 juillet 2016

Infanticide

« Le petit caïman que sa mère mange retourne au ventre qu'il connaît bien ». (Jean Paulhan - Les Hain-Teny Merinas)

26 juin 2016

Étonnant

Remy de Gourmont est mort le 27 septembre 1915 – le jour où Blaise Cendrars perdit son bras – ce n'est pas rien.

18 juin 2016

Basculatoire

Je tangue au son d'une barcarolle basculatoire, le soleil est là, ma conscience s'envole en heureuses fumerolles. Le monde devra faire sans moi.

3 juin 2016

Libéré

L’électricité, le cuir, la sexualité débridée et les petits cachetons pris au débotté, la fin des années soixante avait tout pour elle.

31 mai 2016

Olfactif

Pour Alexandre Vialatte Mauriac est un olfactif mené par l'odeur. Ses romans sentent la résine, la table de nuit mal aérée et les vieux papiers de notaires. Les chambres des veilles filles y trouillotent le suicidé tandis que les paliers reniflent immanquablement la fuite de gaz : « …de temps en temps, il ouvre la fenêtre, et on voit ciel. »

28 mai 2016

Turgescent

Chinois et Coréen guérissent leur impuissance en ingurgitant de la bile d'ours noir séchée. Le viagra est mieux.

5 mai 2016

Cérémonieux

J'ai toujours beaucoup de peine à vouloir ranger dans ma bibliothèque un livre que j'ai aimé et avec qui j'aurai vécu quelques jours d'heureuse coalescence. Voilà comme une petite mort et des quasi-obsèques corrélatives où quoiqu’on en dise l’émotion est bien présente.

4 mai 2016

Dandyesque

Robert de Montesquiou me semble être le prototype du genre « ma vie c'est mon œuvre », voilà un garçon qui rangeait ses cravates et chaussettes dans une vitrine, comme dans une bibliothèque, et je ne vous parle pas du reste.

1 mai 2016

Montherlanesque

« Et là, sur un banc, parmi les femmes de chambre allemandes déguisées en nurses anglaises, les enfants, les mutilés, les moineaux, les satyres à l’œil douloureux, les retraités promenant leur catarrhe de banc en banc, je tire mes feuillets et j’écris mes bêtises, tandis que tournent autour de moi les petites filles, pleines de poursuites et de cris comme des hirondelles de septembre.» (Henry de Montherlant, le Fichier parisien)

30 avril 2016

Ensoleillé

Le soleil est une étoile qui tombe de l'azur et s’arrête aux bords de mon petit intérieur pour mieux briller dans mes rideaux. À tout bien réfléchir, cela n'est pas rien et pourrait presque expliquer ma présence en ce bas monde.

18 avril 2016

Ému

Chez Charles Du Bos le sensuel domine ; il n’est qu’un émotif ému par des « sujets intellectuels » et en aucun cas un intellectuel. C’est la simple remontée de ses émotions — profondes — qui tient chez lui lieu de pensée : « Le malentendu commence, par l’incompréhension de l’intellectuel-né, à l’égard de la sensation. Le miracle de la sensation c’est l’alliage de l’absolu de la précision, de l’unicité, de tout ce qui rend si bien l’adjectif unmistakable, avec une ouverture soudaine sur l’illimité. Les adversaires de la sensation se trompent à son sujet parce qu’en elle ce n’est jamais l’ouverture, mais la clôture (l’acte de clore) qu’ils voient. (Et je dirais — rejoignant ici un courant de pensée qui m’est familier — qu’il y a des sensations qui ferment au lieu d’ouvrir, mais ce sont les sensations intéressées, celles, à la recherche desquelles nous sommes partis, non point celles qui fondent sur nous.) Quand à la fin d’un de ses poèmes Hofmannsthal nous dit : “Et trois sont un : un homme, une chose, un rêve ”, il définit merveilleusement l’état propre à l’être de sensation. »

16 avril 2016

Désoccupé

La désoccupation étant l'une de mes non-activités favorites, il est bien possible que je n'aie vraiment rien pour moi.

15 avril 2016

Édouardien

Chez Saki il n’y a que les enfants et les bêtes pour être vraiment sympathique. Les « autres », le monde, cette société édouardienne que l’on griffe en sautillant, n’est qu’un aréopage de duchesses trop précieuses, de tantes acariâtres, de femmes légères et d’hommes si ternes qu’ils pourraient virer au beige clair sans crier gare. Il y a bien quelques dandies cyniques, mais ils sont plus drôles que sympathiques. Bref, l’antipathie règne, sans ostentation, toujours légère et sans semelles de plomb. 

14 avril 2016

Désabusé

« Dés que je me suis mis à réfléchir, j'ai pris le ton du désabusement et ne l'ai plus quitté depuis. » (Cioran, Cahiers)

29 mars 2016

Flottant

Valery avait un petit côté flottant. D’ailleurs, c’est ce qu’aimait chez lui le jeune André Breton, ce côté flottant. Il lui trouva ensuite des semelles de plomb sans voir celles qu’il portait lui-même. Il faut dire que Breton se trompait parfois. On ne lui en voudra pas trop, il est mort et s’agissant des morts nous n’avons rien à dire de mal. Valery, lui, est mort le 20 juillet 1945, il y avait encore des odeurs de feu d’artifice dans l’air.

23 mars 2016

Équilibré

Dans ma lointaine jeunesse, il m'est arrivé de « faire les vendanges » en la compagnie d'un rasta blanc et d'un sosie quasi parfait de Michael Jackson. Le rasta blanc fumait sans cesse de la drogue et zigzaguait entre les rangs de vignes tandis que le sosie de Michael Jackson effectuait des moonwalks un brin embourbés. Il y avait aussi un sympathique petit vieux édenté qui faisait le tour de France à vélo tout en ramassant noix, pommes et raisins. De nous quatre c'était certainement le plus « équilibré ».

15 mars 2016

Walserien

Robert Walser est certainement le seul écrivain dont je peux dire que j'aime toutes les idées, toutes les phrases, tous les mots, tous les points, toutes les virgules. C'est un frère.

12 mars 2016

Fluctuant

Je passe cahin-caha d'un entrain sautillant à la sensation d'avoir l’univers tout entier effondré sur mes épaules. Bref, je fluctue.

9 mars 2016

Frappé

Cioran ne saurait être frappé par le bonheur, il ne s'en relèverait pas.

22 février 2016

Dysphorique

Je n’ai que la dysphorie pour protéger mon intérieur. Alors, laissez-moi être dysphorique, je ne demande rien de plus. (Autres dysphoriques potentiels : Walser, Pessoa, Hohl…)

17 février 2016

Hindou

L’Inde de Pierre Loti est merveilleuse. Les éléphants centenaires se dandinent sous la lune comme des monstres mous. Les jeunes filles sont sveltes avec de grands yeux noirs. Les hommes, quant à eux, s’enveloppent dans de grandes toiles blanches, nouent leurs longs cheveux pour mieux s’étendre comme des ensevelis, devant les portes parmi les chèvres : « avec cette répulsion que les Indiens éprouvent pour coucher sous des plafonds ou des voûtes, ils s’endorment dehors, dans la nuit tiède et languide, saturée d’exhalaisons de fleurs et comme cendrée de poussière bleue ».

15 février 2016

Secoué

« Cette secousse – car ce n'est qu'une secousse ou, si vous le voulez, un coup de poing ou de nageoire sur le tambour de l'âme – il est inutile d'en décrire les effets si on ne les éprouve pas. On ne fait alors que de rire, et l'heure, je le répète, n'est pas du tout à cela, ni à rien qui soit du temps ou de l’élégance perdus sur le papier, ni à des caniches, ni à des dames, ni à du thé, ni à des verbiages et des radotages de hauts politiciens. Les temps n'appartiennent plus qu'à ceux qui se passent en silence des cartouches dans leurs poches, cherchant à droite et à gauche un masque ferme et ne le trouvant pas ; pensant alors à plus tard, à bientôt... mais il vaut mieux n'en pas parler. Elles étaient bien belles, à vrai dire, ces montagnes où s'appesantissait le train presque sur l'eau, entrant et sortant presque tout le temps des tunnels, ce jour où je fis tant de réflexions sur l'homme...» (Charles Albert Cingria, La fourmi rouge et autres textes)

8 février 2016

Baltique

Le balte de base croit volontiers aux forces surnaturelles. Ainsi, certains comportements sont à bannir en sa présence : siffloter dans une maison éloigne la prospérité, serrer la main d’un autre balte de base dans l’embrasure d’une porte est un signe d’hostilité (il faut le faire à l’intérieur de la maison ou, faute de mieux, sur le palier), allumer une cigarette à la flamme d’une bougie attire les mauvais esprits et chanter dans un sauna n’apporte que du malheur.

5 février 2016

Circonflexe

Mon âme blême est un gâteau que je mâche en rêve.

4 février 2016

Micrographique

Les microgrammes de Robert Walser n’ont été écrits que pour être écrits — et en aucun cas pour être lu — c’est pourquoi ils sont toujours dans la pleine liberté de toute chose n’existant que pour ne pas exister aux autres.

3 février 2016

Horloger

« Je regarde bien des choses pendant ma journée : la fourmi qui s'avance, les papillons qui construisent des triangles et des chemins, l'araignée qui descend, qui monte et qui attend, les fleurs qui s'ouvrent. Car je peux voir, moi qui passe et repasse toujours, les fleurs bourgeonner, grossir, trembler et s'ouvrir avec une douceur aussi puissante que le tonnerre. Toutes ces choses sont des horloges, et l'on ignore le cœur de ces horloges parce que c'est aussi un abîme. Il y a des milliers d'abîmes qui s'entrecroisent. Et vous dites voilà une fleur, voilà un chien, voilà un homme. Chaque fois que vous dites cela, vous prononcez un mot aussi grand que le ciel... » (André Dhôtel, L'Homme de la Scierie)

2 février 2016

Azimuté

Il faut bien admettre qu’Érik Satie était un drôle de zigoto. On ne nait pas à Honfleur par hasard, c’est une petite usine à zigotos (Alphonse Allais n’est pas le dernier des zigotos). On ne se produit pas comme second piano dans des cabarets sybarites comme le Chat noir ou L’Auberge du clou sans être un éventuel zigoto non plus. On ne rencontre pas Joséphin Péladan sans être blanc gris avec un chapeau mou, il ne vous fait pas « grand maitre de chapelle de la Rose-Croix du temple et du Graal » sans fleurer en vous une comète jumelle un peu toquée. On ne crée pas une autre église « l’église métropolitaine d’art et de jésus conducteur » sans être une comète chauve remplie de gros grains folingues. Il faut être aussi un peu zigoto pour vivre dans un réduit tellement réduit que l’on ne peut pas y tenir autrement que couché (un placard !). Et puis il y a cette chambre de bonne où l’on vie approximativement vingt ans, jusqu’à ce mort s’en suive, c’est un bon indice quant à la zigoterie présupposée. Je vous épargne la musique, celle pour l’ameublement, les gymnopédies, les bidules obliques, les machins oblongs, tout le tintouin…

25 janvier 2016

Emplumé

Cioran était fait pour l’exigu, l'infime or il admirait le gigantesque. Cela lui attirait des ennuis et même des malheurs aux conséquences inépuisables. Il passait outre, le colossal valait bien qu'il y laissa quelques-unes de ses belles plumes.

24 janvier 2016

Charmant

Chez Léon Paul Fargue les maisons portent de petits tabliers gris.

13 janvier 2016

Barbare

Pour Henri V une guerre sans massacres était comme de l'andouille sans moutarde. C'est sans doute pourquoi ce bon roi-là faisait égorger les chevaliers français que sa petite armée avait eu l'opportunité de faire prisonnier. Tout cela était un peu barbare, mais un homme de goût sait être barbare de temps à autre.

3 janvier 2016

Pluvieux

Erik Satie collectionnait les parapluies, il en possédait des dizaines et ne se promenait jamais sans un exemplaire de sa collection avec lui. Cependant lorsqu'une averse survenait, il n'ouvrait pas son parapluie, il le protégeait plutôt sous son veston puis il levait son visage vers le ciel avec une expression de rage.

28 décembre 2015

Escroquant

« … ou la vie pleine de surprises de Daniel Foe, dit Daniel Defoe, tour à tour mercier, pamphlétaire, agent du fisc, contrôleur de loterie, briquetier, conseiller secret du Roi, journaliste, indicateur de police ; qui fut exposé au pilori, fit deux fois banqueroute, alla trois fois en prison et, à soixante ans, inventa une forme originale d’escroquerie : le roman moderne ».  (Denis Marion, Daniel Defoe)

21 décembre 2015

Suicidaire

Henri Roorda (Suisse sautillant) ne pleurait pas, il s'ennuyait simplement sur terre. Avant de s'assassiner lui-même, il écrira un texte de soixante pages (Mon suicide) qu’il adressera à ses proches : « Je me logerai une balle dans le cœur. Cela me fera surement moins mal que dans la tête… Peut-être insouciant, je boirai d’abord une demi-bouteille de vieux Porto… Il faudra que je prenne des précautions pour que la détonation ne retentisse pas trop fort dans le cœur d’un être sensible. » Dans des circonstances à peu près similaires, Montherlant fut plus laconique : « Je deviens aveugle. Je me tue ».

20 décembre 2015

Infini

La phase critique de ma crise se déroula dans une espèce de dancing où échoué je commis l’imprudence de me saouler publiquement. Absent, oubliant et m’oubliant, noyé dans une indifférente amnésie plus que par la bonté amniotique du chagrin, je me retrouvais bientôt, sans savoir vraiment comment et pourquoi, sous la clarté lunaire des bois environnants. Là, errant d’arbre en arbre, je parcourus un décor n’appartenant à personne, une spirale de nuit et d’étoiles, de la paix et du silence sur un fond de papier découpé (comme ces papiers que nous découpions vers l’enfance) et bientôt ce sentiment que la vacuité à se sentir vivre atteint l’épaisseur de quelque chose de positif ; cette certitude que la vie, qui n’est rien, conduit paradoxalement vers le tout de l’infini.

18 décembre 2015

Photogénique

Il faudrait que le désir de photogénie n’existe que chez les écrivants et jamais chez les écrivains. Pourtant, il n’y a rien à faire même Salinger et Robert Walser sont rattrapés par leur image. Il y a cette trop fameuse photo où Salinger se bat contre sa propre photogénie, il y a cette autre trop fameuse photo où l’on peut voir Robert Walser mort. (Il est couché dans la neige, il y a des traces de pas, un petit chapeau à l’envers. Beaucoup se sont contentés de « lire » Walser en ne lisant, de lui, que cette photo).

13 décembre 2015

Patriotique

Je n'ai pas chanté la Marseillaise à tue-tête, je n'ai agité aucun drapeau tricolore. J'ai préféré relire Point de lendemain de Vivant Denon. Légèreté et entrain, panache et célérité, un certain « esprit français » y sont nichés bien plus qu'ailleurs.

29 novembre 2015

Sautillant

Je relis La promenade de Robert Walser. Les mots voltigent, font des cabrioles joyeuses, la vie est presque plaisante à vivre.

23 novembre 2015

Avoisinant

Pourquoi diable y a-t-il des voisins ? Le voisin pose toujours d'insidieux problèmes, il se veut souriant, mais vous planterait bien un long couteau virtuel entre les omoplates après vous avoir parlé des conditions météorologiques en vigueur. Et je ne parlerais pas du voisin croisé dans l’ascenseur c'est le pire ! Voilà une intimité très malvenue, la badine discussion sur la météorologie ne lui suffit plus vraiment, il regarde ses pieds en toussotant, l’ascension est bien longue, la tension palpable. Bref pour simplifier les choses, il faut éviter le voisin et chérir les zones désertées par l'humain.

20 novembre 2015

Stendhalo-Warholien

Pour Warhol le mauvais goût fait passer le temps plus vite. Pour Stendhal il conduit au crime. Forcément, les deux ont raison.

19 novembre 2015

Fusillé

Étendu sur mon canapé en position horizontale de sécurité, je laisse affres et apeurements me passer par dessus la tête. Il n'y aura pas eu de fusillade aujourd’hui.

15 novembre 2015

...

Interroge sur les états de mon cœur, à chaque aube, le vent
Pour être heureux, interroge-moi, qui suis triste
Dans le meurtre de l'innocent, il y aura un risque pour toi
Interroge tes yeux, ces magiciens. 

Rūmī (1207 - 1273)

13 novembre 2015

Mâchonnant

Les vrais estropiés de l’existence manchonnent leurs cicatrices mezzo voce.

3 novembre 2015

Morose

La nuit tombe bien vite, les temps sont moroses. Je bois mon Darjeeling avec circonspection.

25 octobre 2015

Aimant

Je me suis longtemps méfié de Cioran, je ne voyais en lui que le chantre facile d'un pessimisme fatiguant… et puis j'ai ouvert ses Cahiers : « Toutes mes contradictions viennent de ce qu'on ne peut aimer la vie plus que je ne l'aime, ni ressentir en même temps et d'une manière presque ininterrompue un sentiment d'inappartenance, d'exil et d'abandon ».

Batracien

S'agissant des grenouilles vertes il faut savoir que le mâle gonfle ses « sacs vocaux » de temps à autre, même sans chanter, et surtout au moment de la reproduction. Il faut également savoir que ses pattes avant sont pourvues de callosités lui permettant de s’agripper adroitement aux femelles lui passant à portée de rut. Ce n'est pas rien, il faut bien l'avouer.

23 octobre 2015

Ancillaire

Je tiens à préciser que je n'aime guère « faire la vaisselle ». Allergique à la monstrueuse idée moderniste d'une machine qui pourrait accomplir cette tâche pour moi, il me faudrait donc dans l'absolu dégoter un petit personnel prévu à cet effet. Certes, je ne serais alors aucunement à l'abri de quelques encombrants amours ancillaires, mais mes assiettes, couverts et autres casseroles retrouveraient un éclat virginal sans effort superflu et l'essentiel serait sauvé.

15 octobre 2015

Étonnant

La compagne d'Émile Cioran s'appelait Simone Boué, elle fut retrouvée morte noyée au pied d'une falaise, cela ne s'invente pas.

11 octobre 2015

Roumain

« L’enterrement de Cioran, qui eut lieu au cimetière Montparnasse en 1995, fut peut-être, pour moi qui y assistais un peu de loin, son chef-d’œuvre absolu quoique involontaire. Madame Ionesco avait réussi à convaincre Simone, assez réticente, d’accorder à Cioran les honneurs funèbres prévus par le rite orthodoxe de Roumanie : messe ponctuée par le sermon d’un pope suppliant Dieu de pardonner à Cioran ses abominables écrits, enterrement au cimetière selon les rites stricts de l’Église roumaine qui prévoit, autour de la fosse encore vide, une théorie de bouteilles (remplies du fameux saint-émilion dont j’ai déjà parlé), ainsi qu’un certain gâteau des morts dont tous les assistants devaient manger un morceau arrosé d’un demi verre de vin. Or, avant que le convoi funèbre ne soit parvenu au cimetière, les fossoyeurs, qui avaient remarqué la présence de victuailles déposées au bord de la fosse et les avaient prises pour une sorte de pourboire à eux destiné, en avaient consommé la moitié avant de mettre l’autre moitié à l’abri de leur cabanon, voyant l’assistance qui approchait. Interrogés, les fossoyeurs se contentent de remercier du cadeau, avant qu’on leur explique leur méprise. Des négociations commencent alors à la porte du cabanon, qui butent sur un compromis dont les fossoyeurs en pleine révolte qui, sous l’emprise d’un meneur de choc, considèrent que le reste du butin leur appartient, ne veulent pas en démordre : ils rendront bien, si on l’exige, les bouteilles encore pleines et la moitié du gâteau ; mais cette brimade et ce « manque à gagner » aura pour contrepartie une autre brimade : ils n’enterreront pas Cioran. Grève illimitée du personnel du cimetière de Montparnasse. Un accord fut long à trouver et je pus croire un moment que Cioran, qui en avait tant besoin, serait à jamais privé de repos éternel.» (Clément Rosset, Cahiers de L'herne Cioran)

26 septembre 2015

Ancillaire

Mon carrelage est sale, le petit personnel n'est plus.

6 septembre 2015

Réactionnaire

« Le pur réactionnaire n’est pas un nostalgique qui rêve de passés abolis, mais le traqueur des ombres sacrées sur les collines éternelles.» (Nicolás Gómez Dávila)

21 août 2015

Helvète

 Rêver à la suisse : ne penser à rien .

20 août 2015

Hippophage

Hippophagie, anthropophagie et autophagie furent les trois mamelles nourricières de la « grande armée » lorsqu'elle prit l'idée de revenir de sa petite escapade tragique en Russie.

13 août 2015

Neurasthénique

Un jour de sourde neurasthénie je repris la chanson Killing an Arab du groupe britannique The Cure le plus lentement possible inventant par la bande l'utra lymphatisme arabisant ; un mouvement que les vrais camusiens et les faux curistes n'approuvèrent pas vraiment.

3 août 2015

Amphibie

Selon les anciens (et Thomas Browne) l'hippopotame est un animal amphibie qui vit dans le fleuve Nil et qui, excepté ses pieds, ressemble si peu à un cheval que l'on pourrait sans hésiter affirmer qu'il a tout du cochon surdimensionné.

2 août 2015

Tanguant

« Nous ne parlons aucune langue, / nous ne sommes d’aucun pays, / notre terre c’est ce qui tangue / notre havre c’est le roulis. » (Benjamin Fondane, Le mal des fantômes)

6 juillet 2015

Grec

La population grecque est toujours admirable pour sa science du tohu-bohu, de l'inorganisation et de l'anarchie à la petite semaine.