Je suis décevant

12 août 2016

Chatouillant

Les chatouillements ne sont jamais un manquement aux règles de la bienséance. Pour ce qui me concerne je dirai même qu'ils sont l'un des rares agréments de l'existence.

25 juillet 2016

Festif

Je suis content, je suis festif, je suis dans ma fan zone de confort.

23 juillet 2016

Patinant

L’âge aidant la patine est sur moi, en moi.

22 juillet 2016

Monténégrin

Cetinje est une capitale historique égarée dans une cuvette de moyenne montagne. Le palais de l'ex-roi ressemble à une replète maison bourgeoise et un peu plus loin la tour en pierre où les habitants avaient l’ habitude d'accrocher la tête de leurs ennemis turcs somnole dans la brume.

20 juillet 2016

Tuberculeux

Les sofas des sanatoriums ont toujours de bien curieux dossiers.

3 juillet 2016

Infanticide

« Le petit caïman que sa mère mange retourne au ventre qu'il connaît bien ». (Jean Paulhan - Les Hain-Teny Merinas)

26 juin 2016

Étonnant

Remy de Gourmont est mort le 27 septembre 1915 – le jour où Blaise Cendrars perdit son bras – ce n'est pas rien.

18 juin 2016

Basculatoire

Je tangue au son d'une barcarolle basculatoire, le soleil est là, ma conscience s'envole en heureuses fumerolles. Le monde devra faire sans moi.

3 juin 2016

Libéré

L’électricité, le cuir, la sexualité débridée et les petits cachetons pris au débotté, la fin des années soixante avait tout pour elle.

31 mai 2016

Olfactif

Pour Alexandre Vialatte Mauriac est un olfactif mené par l'odeur. Ses romans sentent la résine, la table de nuit mal aérée et les vieux papiers de notaires. Les chambres des veilles filles y trouillotent le suicidé tandis que les paliers reniflent immanquablement la fuite de gaz : « …de temps en temps, il ouvre la fenêtre, et on voit ciel. »

28 mai 2016

Turgescent

Chinois et Coréen guérissent leur impuissance en ingurgitant de la bile d'ours noir séchée. Le viagra est mieux.

5 mai 2016

Cérémonieux

J'ai toujours beaucoup de peine à vouloir ranger dans ma bibliothèque un livre que j'ai aimé et avec qui j'aurai vécu quelques jours d'heureuse coalescence. Voilà comme une petite mort et des quasi-obsèques corrélatives où quoiqu’on en dise l’émotion est bien présente.

4 mai 2016

Dandyesque

Robert de Montesquiou me semble être le prototype du genre « ma vie c'est mon œuvre », voilà un garçon qui rangeait ses cravates et chaussettes dans une vitrine, comme dans une bibliothèque, et je ne vous parle pas du reste.

1 mai 2016

Montherlanesque

« Et là, sur un banc, parmi les femmes de chambre allemandes déguisées en nurses anglaises, les enfants, les mutilés, les moineaux, les satyres à l’œil douloureux, les retraités promenant leur catarrhe de banc en banc, je tire mes feuillets et j’écris mes bêtises, tandis que tournent autour de moi les petites filles, pleines de poursuites et de cris comme des hirondelles de septembre.» (Henry de Montherlant, le Fichier parisien)

30 avril 2016

Ensoleillé

Le soleil est une étoile qui tombe de l'azur et s’arrête aux bords de mon petit intérieur pour mieux briller dans mes rideaux. À tout bien réfléchir, cela n'est pas rien et pourrait presque expliquer ma présence en ce bas monde.

18 avril 2016

Ému

Chez Charles Du Bos le sensuel domine ; il n’est qu’un émotif ému par des « sujets intellectuels » et en aucun cas un intellectuel. C’est la simple remontée de ses émotions — profondes — qui tient chez lui lieu de pensée : « Le malentendu commence, par l’incompréhension de l’intellectuel-né, à l’égard de la sensation. Le miracle de la sensation c’est l’alliage de l’absolu de la précision, de l’unicité, de tout ce qui rend si bien l’adjectif unmistakable, avec une ouverture soudaine sur l’illimité. Les adversaires de la sensation se trompent à son sujet parce qu’en elle ce n’est jamais l’ouverture, mais la clôture (l’acte de clore) qu’ils voient. (Et je dirais — rejoignant ici un courant de pensée qui m’est familier — qu’il y a des sensations qui ferment au lieu d’ouvrir, mais ce sont les sensations intéressées, celles, à la recherche desquelles nous sommes partis, non point celles qui fondent sur nous.) Quand à la fin d’un de ses poèmes Hofmannsthal nous dit : “Et trois sont un : un homme, une chose, un rêve ”, il définit merveilleusement l’état propre à l’être de sensation. »

16 avril 2016

Désoccupé

La désoccupation étant l'une de mes non-activités favorites, il est bien possible que je n'aie vraiment rien pour moi.

15 avril 2016

Édouardien

Chez Saki il n’y a que les enfants et les bêtes pour être vraiment sympathique. Les « autres », le monde, cette société édouardienne que l’on griffe en sautillant, n’est qu’un aréopage de duchesses trop précieuses, de tantes acariâtres, de femmes légères et d’hommes si ternes qu’ils pourraient virer au beige clair sans crier gare. Il y a bien quelques dandies cyniques, mais ils sont plus drôles que sympathiques. Bref, l’antipathie règne, sans ostentation, toujours légère et sans semelles de plomb. 

14 avril 2016

Désabusé

« Dés que je me suis mis à réfléchir, j'ai pris le ton du désabusement et ne l'ai plus quitté depuis. » (Cioran, Cahiers)

29 mars 2016

Flottant

Valery avait un petit côté flottant. D’ailleurs, c’est ce qu’aimait chez lui le jeune André Breton, ce côté flottant. Il lui trouva ensuite des semelles de plomb sans voir celles qu’il portait lui-même. Il faut dire que Breton se trompait parfois. On ne lui en voudra pas trop, il est mort et s’agissant des morts nous n’avons rien à dire de mal. Valery, lui, est mort le 20 juillet 1945, il y avait encore des odeurs de feu d’artifice dans l’air.

23 mars 2016

Équilibré

Dans ma lointaine jeunesse, il m'est arrivé de « faire les vendanges » en la compagnie d'un rasta blanc et d'un sosie quasi parfait de Michael Jackson. Le rasta blanc fumait sans cesse de la drogue et zigzaguait entre les rangs de vignes tandis que le sosie de Michael Jackson effectuait des moonwalks un brin embourbés. Il y avait aussi un sympathique petit vieux édenté qui faisait le tour de France à vélo tout en ramassant noix, pommes et raisins. De nous quatre c'était certainement le plus « équilibré ».

15 mars 2016

Walserien

Robert Walser est certainement le seul écrivain dont je peux dire que j'aime toutes les idées, toutes les phrases, tous les mots, tous les points, toutes les virgules. C'est un frère.

12 mars 2016

Fluctuant

Je passe cahin-caha d'un entrain sautillant à la sensation d'avoir l’univers tout entier effondré sur mes épaules. Bref, je fluctue.

9 mars 2016

Frappé

Cioran ne saurait être frappé par le bonheur, il ne s'en relèverait pas.

22 février 2016

Dysphorique

Je n’ai que la dysphorie pour protéger mon intérieur. Alors, laissez-moi être dysphorique, je ne demande rien de plus. (Autres dysphoriques potentiels : Walser, Pessoa, Hohl…)

17 février 2016

Hindou

L’Inde de Pierre Loti est merveilleuse. Les éléphants centenaires se dandinent sous la lune comme des monstres mous. Les jeunes filles sont sveltes avec de grands yeux noirs. Les hommes, quant à eux, s’enveloppent dans de grandes toiles blanches, nouent leurs longs cheveux pour mieux s’étendre comme des ensevelis, devant les portes parmi les chèvres : « avec cette répulsion que les Indiens éprouvent pour coucher sous des plafonds ou des voûtes, ils s’endorment dehors, dans la nuit tiède et languide, saturée d’exhalaisons de fleurs et comme cendrée de poussière bleue ».

15 février 2016

Secoué

« Cette secousse – car ce n'est qu'une secousse ou, si vous le voulez, un coup de poing ou de nageoire sur le tambour de l'âme – il est inutile d'en décrire les effets si on ne les éprouve pas. On ne fait alors que de rire, et l'heure, je le répète, n'est pas du tout à cela, ni à rien qui soit du temps ou de l’élégance perdus sur le papier, ni à des caniches, ni à des dames, ni à du thé, ni à des verbiages et des radotages de hauts politiciens. Les temps n'appartiennent plus qu'à ceux qui se passent en silence des cartouches dans leurs poches, cherchant à droite et à gauche un masque ferme et ne le trouvant pas ; pensant alors à plus tard, à bientôt... mais il vaut mieux n'en pas parler. Elles étaient bien belles, à vrai dire, ces montagnes où s'appesantissait le train presque sur l'eau, entrant et sortant presque tout le temps des tunnels, ce jour où je fis tant de réflexions sur l'homme...» (Charles Albert Cingria, La fourmi rouge et autres textes)

8 février 2016

Baltique

Le balte de base croit volontiers aux forces surnaturelles. Ainsi, certains comportements sont à bannir en sa présence : siffloter dans une maison éloigne la prospérité, serrer la main d’un autre balte de base dans l’embrasure d’une porte est un signe d’hostilité (il faut le faire à l’intérieur de la maison ou, faute de mieux, sur le palier), allumer une cigarette à la flamme d’une bougie attire les mauvais esprits et chanter dans un sauna n’apporte que du malheur.

5 février 2016

Circonflexe

Mon âme blême est un gâteau que je mâche en rêve.

4 février 2016

Micrographique

Les microgrammes de Robert Walser n’ont été écrits que pour être écrits — et en aucun cas pour être lu — c’est pourquoi ils sont toujours dans la pleine liberté de toute chose n’existant que pour ne pas exister aux autres.

3 février 2016

Horloger

« Je regarde bien des choses pendant ma journée : la fourmi qui s'avance, les papillons qui construisent des triangles et des chemins, l'araignée qui descend, qui monte et qui attend, les fleurs qui s'ouvrent. Car je peux voir, moi qui passe et repasse toujours, les fleurs bourgeonner, grossir, trembler et s'ouvrir avec une douceur aussi puissante que le tonnerre. Toutes ces choses sont des horloges, et l'on ignore le cœur de ces horloges parce que c'est aussi un abîme. Il y a des milliers d'abîmes qui s'entrecroisent. Et vous dites voilà une fleur, voilà un chien, voilà un homme. Chaque fois que vous dites cela, vous prononcez un mot aussi grand que le ciel... » (André Dhôtel, L'Homme de la Scierie)

2 février 2016

Azimuté

Il faut bien admettre qu’Érik Satie était un drôle de zigoto. On ne nait pas à Honfleur par hasard, c’est une petite usine à zigotos (Alphonse Allais n’est pas le dernier des zigotos). On ne se produit pas comme second piano dans des cabarets sybarites comme le Chat noir ou L’Auberge du clou sans être un éventuel zigoto non plus. On ne rencontre pas Joséphin Péladan sans être blanc gris avec un chapeau mou, il ne vous fait pas « grand maitre de chapelle de la Rose-Croix du temple et du Graal » sans fleurer en vous une comète jumelle un peu toquée. On ne crée pas une autre église « l’église métropolitaine d’art et de jésus conducteur » sans être une comète chauve remplie de gros grains folingues. Il faut être aussi un peu zigoto pour vivre dans un réduit tellement réduit que l’on ne peut pas y tenir autrement que couché (un placard !). Et puis il y a cette chambre de bonne où l’on vie approximativement vingt ans, jusqu’à ce mort s’en suive, c’est un bon indice quant à la zigoterie présupposée. Je vous épargne la musique, celle pour l’ameublement, les gymnopédies, les bidules obliques, les machins oblongs, tout le tintouin…

25 janvier 2016

Emplumé

Cioran était fait pour l’exigu, l'infime or il admirait le gigantesque. Cela lui attirait des ennuis et même des malheurs aux conséquences inépuisables. Il passait outre, le colossal valait bien qu'il y laissa quelques-unes de ses belles plumes.

24 janvier 2016

Charmant

Chez Léon Paul Fargue les maisons portent de petits tabliers gris.

13 janvier 2016

Barbare

Pour Henri V une guerre sans massacres était comme de l'andouille sans moutarde. C'est sans doute pourquoi ce bon roi-là faisait égorger les chevaliers français que sa petite armée avait eu l'opportunité de faire prisonnier. Tout cela était un peu barbare, mais un homme de goût sait être barbare de temps à autre.

3 janvier 2016

Pluvieux

Erik Satie collectionnait les parapluies, il en possédait des dizaines et ne se promenait jamais sans un exemplaire de sa collection avec lui. Cependant lorsqu'une averse survenait, il n'ouvrait pas son parapluie, il le protégeait plutôt sous son veston puis il levait son visage vers le ciel avec une expression de rage.

28 décembre 2015

Escroquant

« … ou la vie pleine de surprises de Daniel Foe, dit Daniel Defoe, tour à tour mercier, pamphlétaire, agent du fisc, contrôleur de loterie, briquetier, conseiller secret du Roi, journaliste, indicateur de police ; qui fut exposé au pilori, fit deux fois banqueroute, alla trois fois en prison et, à soixante ans, inventa une forme originale d’escroquerie : le roman moderne ».  (Denis Marion, Daniel Defoe)

21 décembre 2015

Suicidaire

Henri Roorda (Suisse sautillant) ne pleurait pas, il s'ennuyait simplement sur terre. Avant de s'assassiner lui-même, il écrira un texte de soixante pages (Mon suicide) qu’il adressera à ses proches : « Je me logerai une balle dans le cœur. Cela me fera surement moins mal que dans la tête… Peut-être insouciant, je boirai d’abord une demi-bouteille de vieux Porto… Il faudra que je prenne des précautions pour que la détonation ne retentisse pas trop fort dans le cœur d’un être sensible. » Dans des circonstances à peu près similaires, Montherlant fut plus laconique : « Je deviens aveugle. Je me tue ».

20 décembre 2015

Infini

La phase critique de ma crise se déroula dans une espèce de dancing où échoué je commis l’imprudence de me saouler publiquement. Absent, oubliant et m’oubliant, noyé dans une indifférente amnésie plus que par la bonté amniotique du chagrin, je me retrouvais bientôt, sans savoir vraiment comment et pourquoi, sous la clarté lunaire des bois environnants. Là, errant d’arbre en arbre, je parcourus un décor n’appartenant à personne, une spirale de nuit et d’étoiles, de la paix et du silence sur un fond de papier découpé (comme ces papiers que nous découpions vers l’enfance) et bientôt ce sentiment que la vacuité à se sentir vivre atteint l’épaisseur de quelque chose de positif ; cette certitude que la vie, qui n’est rien, conduit paradoxalement vers le tout de l’infini.

18 décembre 2015

Photogénique

Il faudrait que le désir de photogénie n’existe que chez les écrivants et jamais chez les écrivains. Pourtant, il n’y a rien à faire même Salinger et Robert Walser sont rattrapés par leur image. Il y a cette trop fameuse photo où Salinger se bat contre sa propre photogénie, il y a cette autre trop fameuse photo où l’on peut voir Robert Walser mort. (Il est couché dans la neige, il y a des traces de pas, un petit chapeau à l’envers. Beaucoup se sont contentés de « lire » Walser en ne lisant, de lui, que cette photo).

13 décembre 2015

Patriotique

Je n'ai pas chanté la Marseillaise à tue-tête, je n'ai agité aucun drapeau tricolore. J'ai préféré relire Point de lendemain de Vivant Denon. Légèreté et entrain, panache et célérité, un certain « esprit français » y sont nichés bien plus qu'ailleurs.

29 novembre 2015

Sautillant

Je relis La promenade de Robert Walser. Les mots voltigent, font des cabrioles joyeuses, la vie est presque plaisante à vivre.

23 novembre 2015

Avoisinant

Pourquoi diable y a-t-il des voisins ? Le voisin pose toujours d'insidieux problèmes, il se veut souriant, mais vous planterait bien un long couteau virtuel entre les omoplates après vous avoir parlé des conditions météorologiques en vigueur. Et je ne parlerais pas du voisin croisé dans l’ascenseur c'est le pire ! Voilà une intimité très malvenue, la badine discussion sur la météorologie ne lui suffit plus vraiment, il regarde ses pieds en toussotant, l’ascension est bien longue, la tension palpable. Bref pour simplifier les choses, il faut éviter le voisin et chérir les zones désertées par l'humain.

20 novembre 2015

Stendhalo-Warholien

Pour Warhol le mauvais goût fait passer le temps plus vite. Pour Stendhal il conduit au crime. Forcément, les deux ont raison.

19 novembre 2015

Fusillé

Étendu sur mon canapé en position horizontale de sécurité, je laisse affres et apeurements me passer par dessus la tête. Il n'y aura pas eu de fusillade aujourd’hui.

15 novembre 2015

...

Interroge sur les états de mon cœur, à chaque aube, le vent
Pour être heureux, interroge-moi, qui suis triste
Dans le meurtre de l'innocent, il y aura un risque pour toi
Interroge tes yeux, ces magiciens. 

Rūmī (1207 - 1273)

13 novembre 2015

Mâchonnant

Les vrais estropiés de l’existence manchonnent leurs cicatrices mezzo voce.

3 novembre 2015

Morose

La nuit tombe bien vite, les temps sont moroses. Je bois mon Darjeeling avec circonspection.

25 octobre 2015

Aimant

Je me suis longtemps méfié de Cioran, je ne voyais en lui que le chantre facile d'un pessimisme fatiguant… et puis j'ai ouvert ses Cahiers : « Toutes mes contradictions viennent de ce qu'on ne peut aimer la vie plus que je ne l'aime, ni ressentir en même temps et d'une manière presque ininterrompue un sentiment d'inappartenance, d'exil et d'abandon ».

Batracien

S'agissant des grenouilles vertes il faut savoir que le mâle gonfle ses « sacs vocaux » de temps à autre, même sans chanter, et surtout au moment de la reproduction. Il faut également savoir que ses pattes avant sont pourvues de callosités lui permettant de s’agripper adroitement aux femelles lui passant à portée de rut. Ce n'est pas rien, il faut bien l'avouer.

23 octobre 2015

Ancillaire

Je tiens à préciser que je n'aime guère « faire la vaisselle ». Allergique à la monstrueuse idée moderniste d'une machine qui pourrait accomplir cette tâche pour moi, il me faudrait donc dans l'absolu dégoter un petit personnel prévu à cet effet. Certes, je ne serais alors aucunement à l'abri de quelques encombrants amours ancillaires, mais mes assiettes, couverts et autres casseroles retrouveraient un éclat virginal sans effort superflu et l'essentiel serait sauvé.

15 octobre 2015

Étonnant

La compagne d'Émile Cioran s'appelait Simone Boué, elle fut retrouvée morte noyée au pied d'une falaise, cela ne s'invente pas.

11 octobre 2015

Roumain

« L’enterrement de Cioran, qui eut lieu au cimetière Montparnasse en 1995, fut peut-être, pour moi qui y assistais un peu de loin, son chef-d’œuvre absolu quoique involontaire. Madame Ionesco avait réussi à convaincre Simone, assez réticente, d’accorder à Cioran les honneurs funèbres prévus par le rite orthodoxe de Roumanie : messe ponctuée par le sermon d’un pope suppliant Dieu de pardonner à Cioran ses abominables écrits, enterrement au cimetière selon les rites stricts de l’Église roumaine qui prévoit, autour de la fosse encore vide, une théorie de bouteilles (remplies du fameux saint-émilion dont j’ai déjà parlé), ainsi qu’un certain gâteau des morts dont tous les assistants devaient manger un morceau arrosé d’un demi verre de vin. Or, avant que le convoi funèbre ne soit parvenu au cimetière, les fossoyeurs, qui avaient remarqué la présence de victuailles déposées au bord de la fosse et les avaient prises pour une sorte de pourboire à eux destiné, en avaient consommé la moitié avant de mettre l’autre moitié à l’abri de leur cabanon, voyant l’assistance qui approchait. Interrogés, les fossoyeurs se contentent de remercier du cadeau, avant qu’on leur explique leur méprise. Des négociations commencent alors à la porte du cabanon, qui butent sur un compromis dont les fossoyeurs en pleine révolte qui, sous l’emprise d’un meneur de choc, considèrent que le reste du butin leur appartient, ne veulent pas en démordre : ils rendront bien, si on l’exige, les bouteilles encore pleines et la moitié du gâteau ; mais cette brimade et ce « manque à gagner » aura pour contrepartie une autre brimade : ils n’enterreront pas Cioran. Grève illimitée du personnel du cimetière de Montparnasse. Un accord fut long à trouver et je pus croire un moment que Cioran, qui en avait tant besoin, serait à jamais privé de repos éternel.» (Clément Rosset, Cahiers de L'herne Cioran)

26 septembre 2015

Ancillaire

Mon carrelage est sale, le petit personnel n'est plus.

6 septembre 2015

Réactionnaire

« Le pur réactionnaire n’est pas un nostalgique qui rêve de passés abolis, mais le traqueur des ombres sacrées sur les collines éternelles.» (Nicolás Gómez Dávila)

21 août 2015

Helvète

 Rêver à la suisse : ne penser à rien .

20 août 2015

Hippophage

Hippophagie, anthropophagie et autophagie furent les trois mamelles nourricières de la « grande armée » lorsqu'elle prit l'idée de revenir de sa petite escapade tragique en Russie.

13 août 2015

Neurasthénique

Un jour de sourde neurasthénie je repris la chanson Killing an Arab du groupe britannique The Cure le plus lentement possible inventant par la bande l'utra lymphatisme arabisant ; un mouvement que les vrais camusiens et les faux curistes n'approuvèrent pas vraiment.

3 août 2015

Amphibie

Selon les anciens (et Thomas Browne) l'hippopotame est un animal amphibie qui vit dans le fleuve Nil et qui, excepté ses pieds, ressemble si peu à un cheval que l'on pourrait sans hésiter affirmer qu'il a tout du cochon surdimensionné.

2 août 2015

Tanguant

« Nous ne parlons aucune langue, / nous ne sommes d’aucun pays, / notre terre c’est ce qui tangue / notre havre c’est le roulis. » (Benjamin Fondane, Le mal des fantômes)

6 juillet 2015

Grec

La population grecque est toujours admirable pour sa science du tohu-bohu, de l'inorganisation et de l'anarchie à la petite semaine.

29 juin 2015

Céruléen

« Le ciel bleu est une aurore permanente. Il suffit de le contempler les yeux mi-clos pour retrouver ce moment où, bien avant les éclats d'or du soleil, l'univers nocturne va devenir aérien. C'est en vivant sans cesse cette valeur d'aurore, cette valeur d'éveil que l'on comprend le mouvement d'un ciel immobile. Comme le dit Claudel : “Il n'y a pas de couleur immobile. ” Le ciel bleu a le mouvement d'un éveil.» (Gaston Bachelard, l'Air et les songes)

26 juin 2015

Problématique

Il n’y a pas assez de Boulevard Sade, d’impasse Sachs, de square Althusser et trop de salles polyvalentes Jacques Prévert.

22 juin 2015

Factuel

L'écrivain sans inspiration se contentera du factuel, c'est un bon remède.

17 juin 2015

Magyar

« C’est en pleurant que se divertit le Hongrois. » (Radio Budapest)

16 juin 2015

Équestre

De ma longue carrière de jockey alternatif, il ne reste que cette seule et unique trace photographique, c'est peu.

14 juin 2015

Shakespearien

« Ce qu'a fait Shakespeare est très différent de ce que j'ai fait moi, mais ça ne veut pas forcément dire que c'est moins bien. Il y a chez lui des passages auxquels j'aurais été très content d'accoler mon nom. Le machin avec “ demain, demain et demain ” par exemple ; on peut dire que là-dedans il a donné pas mal d'effet à sa balle. Et je me demande si dans le domaine des personnages j'ai réussi beaucoup mieux que son Falstaff. Non ce type était peut être grossièrement matérialiste, mais une fois qu'il avait pris ses repères il s'y entendait quand même pour mettre dans le mille. En tous les cas, moi, je le mettrais sans hésiter dans la catégorie des Wodehouse ». (P.G Wodehouse, Hello, Plum !)

12 juin 2015

Charpenté

Les périodes d’indifférence blasée et d'ennui taciturne sont les brindilles qui charpentent le nid de notre curiosité.

8 juin 2015

Tremblant

Les civilisations n'étant que de larges et lourdes plaques glissant les unes sous les autres, il ne nous reste plus qu'à trembler.

4 juin 2015

Apathique

Il y a des apathies majestueuses, des renoncements courageux ; une façon de ne plus « faire » avec le monde qui confine à sa saine et juste appréciation.

27 mai 2015

Saturnien

Jeune Alfred Tennyson était déjà désabusé, comme fatigué de la vie avant même de l'avoir vécue. Des accès de mélancolie le prenaient en plein bal, il se figeait alors dans une fière attitude de neurasthénique, une froideur hors de saison, comme une neige en été, une mauvaise humeur qui partait comme une fusée : « Je me souviens que quelques fois, au milieu d'une danse, une grande et soudaine tristesse m'accablait : alors, je quittais la danse et allais errer loin sous les étoiles... ».

13 mai 2015

Astreint

« Il faut m'astreindre à n'écrire ici que lorsque je suis de bonne humeur, et surtout pas quand je me crois malheureux. Le chagrin rend stupide. Il ne faut pas écrire de stupidités. » (Jean-Patrick Manchette, Journal)

12 mai 2015

Enrubanné

Enrubanné de contentement j'irai ensorceler mes semblables. La température sera agréable, le ciel bleu et les oiseaux chanteront sous les frondaisons.

11 mai 2015

Himalayesque

La république de Touva sera mon Shangri-La.

10 mai 2015

Digne

Je disserte gravement sur la dignité tout en regardant mon reflet dans un miroir que l'on me tend opportunément. Il faut savoir garder une belle et solennelle componction pour ce genre de grandes occasions.

7 mai 2015

Garroté

Ne cherchez plus la bosse perdue du dromadaire, elle s'est fourvoyée sur le garrot du zébu.

27 avril 2015

Renaissant

La renaissance était une époque formidable on s’égorgeait en famille, on jetait les princes par la fenêtre, les petits garçons se battaient à coups de couteau.

22 avril 2015

Provincial

Ma chambre qui n'a rien d'un lupanar sybarite ressemble à un musée provincial, c'est déjà ça.

19 avril 2015

Hoffmannien

Hoffmann était si petit et contrefait, que l'on aurait pu aisément le prendre pour un nain. C'est certainement pourquoi il se vengeait en écrivant de belles histoires fantastiques que l'on considère aujourd'hui avec toute la hauteur qui leur est due.

18 avril 2015

Audacieux

Les faux audacieux font rarement leurs emplettes au magasin de l'effroi.

14 avril 2015

Polisson

Les chatouillements sont certes épisodiquement plaisants, mais ils peuvent assez vite devenir pénibles, c'est pourquoi il faut leur préférer les simples titillements qui offrent l'avantage d'être plus légers tout en produisant une sensation honnête et agréable.

13 avril 2015

Spleenétique (bis)

À l'inverse du spleenétique atrabilaire, le spleenétique introverti se laisse transporter aisément, il est déjà replié en lui-même et il ne lui manque qu'une poignée.

10 avril 2015

Saturnien

Cervicalgie. Ne pouvant lever mes yeux vers le ciel je regarde mes pieds : triste spectacle.

7 avril 2015

Minéralisé

La cristallisation stendhalienne certes, mais qu'en est-il de la minéralisation chardonnienne ?

29 mars 2015

Charmant

Les plaisants, les charmants d’apparence, traîtres envers eux-mêmes, ne font que se conformer aux désirs d’autrui.

25 mars 2015

Suidé

Le phacochère est un pétulant mammifère suidé qui prospère dans la savane africaine. Ses habitudes alimentaires non rien de bien sorcier puisqu’il se nourrit facilement avec ce qui lui passe à portée de groin : quelques brins d’herbe, des fruits pourris un reste de charogne font son bonheur. Une fois sustenté il se roule dans la boue puis il galope à des vitesses proprement hallucinantes (50 km/h!) À la différence de l’homme, on ne lui connaît pas plus d’ennemis que d’habitudes sournoises, il faut dire qu’en dehors des périodes de rut il vit essentiellement seul, ce qui aide…

20 mars 2015

Éclipsé

J'ai fait tomber mes maracas puis j'ai raté l'éclipse, elle était là, mais le brouillard aussi.

19 mars 2015

Ventriloque

Les lèvres sont les portes heureuses du langage articulé, c’est certainement pourquoi les ventriloques ont toujours ce petit air faussement joyeux et renfermé. Quant aux muets…

15 mars 2015

Transportable

Ne transportez pas un spleenétique atrabilaire, les risques sont trop grands. Préférez un spleenétique introverti, il est déjà replié sur lui même et son déplacement se révélera aisé.

10 mars 2015

Venteux

Bienheureux les inconsistants, car le royaume des vents est à eux.

8 mars 2015

Préhominien

Le préhominien, ce bipède imparfait était incapable de créer le moindre outil, il les rêvaient.

5 mars 2015

Traître

S’agissant des livres traduits d’une langue étrangère à la mienne, j’ai bien essayé de ne lire d’eux que les notes du traducteur en considérant le texte lui-même avec le dédain du cinéphile averti refusant le doublage, mais c’est une sorte de pis-aller un peu snob, ma lecture n’avance pas. N’étant pas plus germanophone que japonisant, je me suis donc fait une raison, tout en étant vaguement agacé je passe par la traduction : cette trahison nécessaire.

3 mars 2015

Lypémane

Sans rien à lire je deviens un lypémane maussade détrempé par son propre ennui.

2 mars 2015

Paralympique

Je suis dans une forme paralympique.

25 février 2015

Nouménal

Aux fanfaronnades, aux crâneries ventilées à tous les vents, je préfère le quant-à-moi et la circonspection, c’est ainsi.
 Je serais donc toujours du côté du moi nouménal, laissant le moi phénoménal aux extravertis.

21 février 2015

Catatonique

Le ciel a beau être bleu le catatonique reste écroulé en lui-même tel un prince inerte. Belle noblesse.

19 février 2015

Volant

Le galéopithèque est un petit mammifère originaire d’Asie du Sud-est doté d’une membrane judicieusement tendue entre pattes et queue qui lui permet de planer d’arbre en arbre. Vu de loin cette bestiole pourrait donc ressembler à un écureuil volant, mais avec un corps de chat et une tête de petit chien, ce qui est bien curieux, il faut bien l’avouer.

17 février 2015

Pédonculé

Les insectes aux ailes membraneuses et à l'abdomen pédonculé sont souvent très organisés (Abeilles, guêpes, fourmis…). L’homme quant à lui agite les bras en tous sens, bombe le torse et improvise.

16 février 2015

Ennuyé

On s’ennuie de tout et même de l’ennui.

14 février 2015

Virtuose

La virtuosité est admirable lorsqu'elle est au service du minimum.
En avoir sous le pied, être dans une belle marge, voleter au dessus de sa propre technique, y a-t-il une plus belle façon d’être libre ?

10 février 2015

Logorrhéique

Les tribuns sont toujours subordonnés par leur orgueil logorrhéique, leur morgue ergotante. Quant à moi je balbutie en public avec toute l’inaptitude déclamatoire d’une rose effarouchée.