Je suis décevant

9 novembre 2017

Attiédi

La nuit vient de tomber, je souffle astucieusement sur mon Thé chinois en espérant que cet adroit subterfuge géostrophique l'attiédira plus rapidement que ne le prévoient les trop fameux principes de la thermodynamique. En même temps je lis un poème de Jean Follain où il est question d'un moellon violâtre qui mal pris dans son ciment se fendra sous le gel. Tout cela est bien périlleux, j'aime vivre dangereusement.

6 novembre 2017

Profitable

J'écris ces mots sans la moindre intervention mentale, c'est ma main qui fait tout le travail et comme elle n'a pas grand-chose à dire ce n'en est que plus profitable.

26 octobre 2017

Décevant

« Au bout d’un certain temps, presque tous ceux qui m’ont trouvé quelque mérite ont fini par se détourner de moi. J’ai perdu tous mes "admirateurs", si tant est que j’en aie jamais eu un seul. J’inspire de la déception. » (Cioran, Cahiers).

23 octobre 2017

Intrépide

Une mouche tourne ostensiblement dans mon petit intérieur, c'est bien pénible, il faudrait que je la fasse fuir en effectuant de grands gestes de sémaphores. Voilà une perceptive un peu périlleuse, mais il faut de temps à autre savoir être intrépide, c'est l'un des sels de l'existence.

22 octobre 2017

Dominical

L'amateur averti doit savoir que les « vitrines lubriques » du port de Hambourg sont fermées le dimanche.

20 octobre 2017

Crayeux

Exister, Jean Follain (poésie Gallimard). Dans une belle préface qu'il faudrait encadrer, Henri Thomas pointe comment chez Follain la « poésie » est toujours éloignée d'une quelconque formule abstraite qui séparerait âme et corps tout en perdant les mots, leur pure valeur d’allusion leur légèreté et leur inflexion unique. Pas de métaphores, rien de « poétique », non plutôt l'expression d'une forme d'imagination et de sensibilité très personnelle, rigoriste et simple à la fois, une formule de simplicité ?

L'écolier qui balayait la classe
à tour de rôle était choisi
alors il restait seul dans la crayeuse poussière
près d'une carte du monde
que la nuit refroidissait
quelquefois il s'arrêtait, s'asseyait
posant son coude sur la table aux entailles
inscrit dans l’ordre universel.


12 octobre 2017

Pluvieux

« Il y a des heures, il y a des jours, il y a peut-être un âge, où les gouttes de pluie glissant sur les vitres, et leur petit bruit, sont plus intéressants pour l'homme couché que les lignes du livre gisant là. Elles le mènent plus loin – il ne sait où – elles l'arrêtent, il ne sait, et voudrait vainement savoir – en quel domaine universel. » (Henri Thomas, La joie de cette vie).

10 octobre 2017

Fixé

La photographie argentique oui, du fixateur, du révélateur… Un soupçon de révélateur sur la main et c'était une brûlure… et une cicatrice plus tard… nous étions fixés. Cette belle chimie un poil risquée épinglait joliment la vie et seules les photographies collées les unes aux autres – le trop fameux cinématographe - avaient quelque chose d'un peu saumâtre, car on y voyait le temps passer – et donc la mort travailler - plus que de raison.

8 octobre 2017

Olfactif

La littérature est tout autant une histoire de nez que de cogito. Mauriac sent la résine, la table de nuit mal aérée et les vieux papiers de notaires, Giraudoux sent l'aveline et l'humus, Vialatte sent l'encaustique et la mercerie auvergnate brumeuse, Walser sent le flocon de neige et la plume d’oreiller....

7 octobre 2017

Bibliophile

Liste non exhaustive des objets divers et variés cachés entre les pages du second tome des Chroniques de la Montagne se trouvant être en ma possession :

 Une étiquette de bière autrichienne, une étiquette de bière irlandaise, une étiquette de bière mormone (sans alcool), une étiquette de bière corse, l'adresse d'un ami suisse rencontré au bord du Grand Canyon, un ticket de loterie - perdant – acheté dans un casino borgne de Las Vegas, deux billets d'entrée pour le Monte Palace de Funchal, un ticket pour le téléphérique qui grimpe au même Monte Palace, un billet pour le Parc national des lacs de Plitvice (Croatie), un billet d'entrée pour les remparts de la vieille ville de Dubrovnik, un ticket pour les Heritage Islands (Irlande), un billet d'entrée pour les monuments de la Piazza dei Miracoli de Pise, un ticket pour un musée archéologique grec indéterminé (Cyclades, Crète ? Je ne sais plus), un ticket de métro pragois, un prospectus pour une exposition Keith Haring à Vienne (du 28 mai au 19 septembre 2010), des tickets de bus bulgares, polonais, lituaniens et hongrois, une carte d'embarquement pour un vol Lyon-Saint Exupery- Rome Fiumicino (siège 05F).

30 septembre 2017

Velléitaire

Je voudrais me secouer de ce grand sommeil que ne connaît pas le quidam ordinaire ; oh ! non pas pour atteindre une existence heureuse et lucide, non, mais plutôt pour faire un effort croissant et jamais confirmé par aucun résultat évident. Ce sera mon but, ce manque de résultat évident.

23 septembre 2017

Atomisé

Je tombe en poussière, je vire au morne agrégat, au tas de molécules, au couple d'atomes divisé, bientôt je ne serais plus rien, même pas un souvenir.

Glissant

Une certaine lassitude me gagnant je me cache dans un fourreau de narcolepsie. Face au brouhaha, au poids des hommes et aux enquiquinements, la somnolence est un contrepoison plus que satisfaisant.

12 septembre 2017

Automnal

Le soleil est trop bas, on sent pousser les feuilles mortes.

11 septembre 2017

Catastrophique

Ces quelques mots d'Alexandre Blok (repérés dans les Cahiers de Cioran) : « Le naufrage du Titanic m'a réjoui hier indiciblement : il y a donc encore l'océan » (Journal, 15 avril 1912).

10 septembre 2017

Touristique

Goethe était un peu compliqué, ainsi à Assise il ne visita que le vieux temple romain de Minerve, refusant de voir les autres monuments par crainte d'être déçu par ceux-ci (une fugace déception gâche parfois un plaisir plus global).

8 septembre 2017

Ultravide

Je rêvasse dans le vide puis je déambule autour d'un rien massif ; le temps passe, ma vie aussi.

31 août 2017

Prénominal

On ne remerciera jamais trop P.G Woodhouse d’avoir réhabilité le doux prénom de Marmaduke. D’ailleurs à ce sujet il faut que vous sachiez que si un jour j’ai l’hypothétique chance d’engendrer une progéniture mâle il est fort possible que je le prénomme Marmaduke.

18 août 2017

Cannibale

Dans sa Cuisine cannibale, l'ami Topor, qui s'y connaissait en désarroi, mais qui riait toujours très fort, ne nous explique malheureusement pas comment cuisiner cette bestiole nuisible qu'est le voisin ; je vais tenter de le faire pour lui. Prenez un voisin (ou une voisine, je ne suis pas misogyne), de bonne constitution, pas trop gras, mais tout de même un peu. Écorchez-le tranquillement en commençant par le bas des gambettes, séparez la tête de la colonne vertébrale, brisez méthodiquement les os et articulations, puis découpez votre voisin en petits morceaux. Salez, poivrez et badigeonnez vos morceaux avec de la moutarde forte puis faites revenir le tout dans un un peu d'huile à feu moyen. Rajoutez quelques garnitures aromatiques (échalote, oignon, persil) et le tour est joué ! Bon appétit ! 

P.-S. Les plus épicuriens d'entre vous pourront déguster leur voisin en l’accompagnant d'un petit Givry de dessous les fagots, l'« accord » est parfait.

14 juillet 2017

Disséminé

J'écris ces lignes rabougries dans une quiétude toute relative tant le voisinage est bruyant et semble évoluer en faisant fi de tout ce qui l'entoure (en l’occurrence moi-même, entité silencieuse discrète et fluctuante). C'est certainement l'un des grands progrès du « vivre ensemble », aujourd'hui on existe en plein air en ne gardant plus rien pour soi, on dissémine ses opinions, son essence la plus intime à tous les vents, le champ du privé s'est tellement rétréci que le voilà rendu à ce qu'il était au moyen-âge : un point focal infinitésimal.

12 juillet 2017

Alcoolisé



Mes débuts dans l'alcoolisme (mars 1977)

3 juillet 2017

Anti Startupper

« Je ne suis rien. Je ne serai jamais rien. Je ne peux vouloir être rien. À part ça, je porte en moi tous les rêves du monde.» (Fernando Pessoa, Bureau de tabac)

26 juin 2017

Stylé

« … les laquais ont l’habitude de se tenir dans une posture modeste, mais assurée, debout juste derrière la chaise des maîtres occupés à manger. Tel est l’usage. On peut y voir une forme de bon ton, ou de style. » (Robert Walser, Vie de poète)

19 juin 2017

Réactionnaire

Tous mes vieux voisins sont morts, ils ont été remplacés par des types tatoués qui se déplacent dans des véhicules 4x4 tout en laissant s'échapper moult tintamarres autotunés. Les temps sont ainsi, il faut faire avec.

17 juin 2017

Monarchique

L'Iran de Mohammad Reza Pahlavi n'était pas de tout repos. Pour oui pour un non on vous enlevait , on vous emmenait dans une salle des supplices, on vous brisait les os, arrachait les ongles, sciait le crâne. On comprend mieux l'air circonspect des Mollahs.

10 juin 2017

Opératique

Rossini est un gros sybarite gourmand qui en dehors de ses opéras cuisine des tournedos et des macaronis.

25 mai 2017

Voyageur

Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ;
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

(Charles Baudelaire, Le voyage)

12 mai 2017

Symboliste

Germain Nouveau est un grand frémissant et un grand rêveur aussi. Trop dépeigné il n'entrera jamais vraiment dans la vie, après moult aventures on le verra mendier et chercher sa nourriture dans les poubelles, un dimanche où il tendait la main à la porte d'une des églises d'Aix Cézanne lui jettera cent sous… Il trépassera de faim volontaire, oublié de tous, un jour de Pâques.

11 mai 2017

Senti

Le discernement est un ceinturon bien ajusté sans lequel nous serions plus d'une fois cul à l'air et pantalon sur les chevilles.

8 mai 2017

Monégasque

Monaco est une Suisse méditerranéenne parfaitement ripolinée. Elle est policée à un tel point que les sens interdits foisonnement par centaines, les agents vous sifflent à tout bout de champ, pour oui, pour un non, on dirait des pinsons endimanchés.

6 mai 2017

Routinier

Le 27 septembre 1811, Stendhal est à Florence. Les yeux et les jambes fatigués par les voyages il s'ennuie un peu, se promène tout de même, va à l'Opéra tourne autour de la tombe de Machiavel et de Galilée, s'extasie sur la douceur des vers de Virgile. En somme le train-train de l'ami Beyle.

7 avril 2017

Gouteux

« La chair de légende des petits grooms s’accommode avec des figues pelées et une sauce où passe furtivement l’odeur de l’hôtel.» (Roland Topor, La Cuisine cannibale)

26 mars 2017

Dansant

Il faut que les mots jaillissent comme par hasard, sans intervention du cogito. Rien d'articulé, n'articulons pas, laissons faire le crayon, le flux du crayon, il n’y que le flux du crayon, ce bruit, ce crissement sur le papier et l'ombre de notre main qui danse.

17 mars 2017

Volcanique

Le 1er mai 1787 Goethe baguenaude sur les flancs de l'Etna. Il croise une délicieuse jeune fille, à la taille riche et élargie. La végétation est printanière, des fleurs jaunes et des cactus aux formes étranges poussent un peu partout. Au loin, plus bas, Catane frémit dans la brume.

13 mars 2017

Désœuvré

Il y a quelques années, par désœuvrement plein et entier, il m'était arrivé de vouloir passer plusieurs petites choses de l'ami Baruch (Spinoza) dans la moulinette de Google translate. Contre toute atteinte le résultat n’eut rien de vraiment décevant. Figurez-vous que les mots de Spinoza traduits en swahili, puis en letton, puis en hébreu, puis en hongrois, puis en finlandais, puis en allemand, puis en français ressemblent comme deux gouttes de genépi aux fameuses élucubrations alcoolisées de feu Gilles Deleuze !

9 mars 2017

Finaud

La bêtise n'est qu'un rétrécissement de l'horizon mental, un manque d’imagination plutôt qu'un manque d’intelligence.

17 février 2017

Deplumé

Constatons simplement que le chauve est le plus souvent circonspect lorsque devant un miroir, il se scrute glabre de la boite à encéphale.

14 février 2017

Entiché

Le flottement, la constante hésitation des intuitions, le coûteux et patient décalage où chacun est amoureux du reflet de son propre sentiment pour un ou une autre inaccessible, amour en miroir où Narcisse ne se reconnaît pas.

11 février 2017

Effarouché

La timidité est une maladie qui vous fait vivre un peu de côté, à l'ombre des risques. Que voulez-vous les timides sont plus conscients des dangers, ils ont la peau plus fine et des antennes plus sensibles, ils évitent la moindre lutte, le moindre frottement avec leurs congénères, ils vivent dans un hors là qui n'a que très peu de rapports avec le monde des dominants, des fanfarons, des sûrs d'eux-mêmes.

5 février 2017

Lourd

Vivre sans corps tel une abstraction flottante, c'est peut-être un but à atteindre. En attendant, je grossis, j'enfle, je pèse de tout mon poids.

31 janvier 2017

Camélidé

Le crachat du lama ravira les gastronomes. Que voulez-vous un mélange verdâtre de régurgitations gastriques et de « boules puantes » prédigérées, cela ne se refuse pas !

28 janvier 2017

Indifférent

Ce n'est pas tant que je sois misanthrope dans la plus entière acception du terme, je dirai que je suis indiffèrent, ce qui est presque pire en mieux. Si les « autres » savaient que je suis bien plus attentif au souffle du vent dans les branches qu'à leurs propos, ils seraient effrayés. Il n'y a pourtant rien d'effrayant là-dedans, c'est seulement un pas de plus vers la sagesse.

25 janvier 2017

Helvétique

La Suisse est une contrée confortable, tout y est parfaitement aligné et entre les doubles fenêtres, des fleurs paraissent avoir été mises là pour la joie du passant.

23 janvier 2017

Indécent

« Il est impossible d’ouvrir la bouche sans provoquer les plus incurables confusions… Tout ce que l’on exprime est indécent. Le simple fait d’exprimer quelque chose est indécent. » (Hugo von Hofmannsthal, L’Homme difficile).

18 janvier 2017

Continental

L'Europe – ce moignon asiatique noyé dans l’Atlantique - n'est pas une donnée géographique, mais un produit de l'Histoire (avec sa grande hache).

16 janvier 2017

Expectant

Je suis simplement terrorisé à l’idée de réussir quelque chose. C’est certainement pourquoi je préfère la passivité à toute initiative.

15 janvier 2017

Alourdi

Quant aux « sentiments », je ne ressens pour ainsi dire plus rien. Mon cœur n’est plus cet organe chaud et prêt à la palpitation qu’il fut pendant des lustres, non ce n’est plus qu’une pierre, une lourde pierre qu’il me faut sans cesse porter. Voilà peut-être pourquoi je ne parviens plus à m’élever : j’ai une ancre nichée à l’intérieur du thorax.

8 janvier 2017

Digressif

Je déplie des développements parasites, bref je radote.

2 janvier 2017

Dissymétrique

Je vis avec ma fatigue comme d’autres vivent avec leur femme (leur homme, leur bonsaï). Nous formons un couple assez dissymétrique. Je suis bancal, ma fatigue est bien rectiligne, c’est un problème.

30 décembre 2016

Inspiré

Le 9 mai 1898, Jules Renard dresse sa tête comme les oiseaux le font au bord de leurs nids puis il dit d'une voix douce et gaie : « L'inspiration, ce n'est peut-être que la joie d'écrire : elle ne la précède pas. »

20 décembre 2016

Linguale

J'ai « roulé » ma première pelle pas loin de La Baule, à Pornichet. C'était en 1977, j'avais onze ans. Elvis Presley est mort le lendemain.

19 décembre 2016

Érectile

Nous sommes à Milan le 10 septembre 1811, l'ami Beyle se rend jusque chez un « traiteur » qui lui fait part d'une méthode secrète lui permettant de « bander » plus que de raison. La méthode qui est aussi une recette est très simple, il suffit d'avoir une tarentule à portée de main, de l'occire puis de la réduire en charbon et de la mélanger avec de l'huile d'olive. Le « patient » frotte ensuite la pâte résultant du mélange au pouce de son pied droit et le tour est joué, voilà une belle érection qui commence à poindre.

18 décembre 2016

Naufragé

« Sur un vaisseau qui fait naufrage, la panique vient de ce que tous les gens, et surtout les marins, ne parlent obstinément que la langue des navigations ; et nul ne parle la langue des naufrages.» (Armel Guerne)

16 décembre 2016

Arachnéen

La température extérieure étant ce qu'elle est une famille d’araignées a trouvé refuge dans la tiédeur douillette de mon petit intérieur. La plus grosse de ces bestioles, certainement la mère de famille, ayant la taille d'une mygale frileuse je ne sais pas s'il faut que je m’inquiète. En attendant, elle est rigolote et me tient bien compagnie.

15 décembre 2016

Pathologique

Cioran n'aimait pas Victor Hugo, que voulez-vous cette œuvre replète, cette vie trop remplie, rien de vraiment intéressant. Quant aux écrivains en règle générale : « L'idée de rencontrer des écrivains me rend positivement malade. Retrouver ses propres défauts en pire est intolérable. Et puis on ne peut supporter de plus vaniteux que soi. »

14 décembre 2016

Bio

Je bois une infusion à base d'aloe vera dans l'un de mes mug Keith Haring, dehors il fait déjà nuit, les temps sont bien mornes.

6 décembre 2016

Zombiesque

Parler d'outre-tombe est toujours plus facile, on évite la susceptibilité des vivants.

3 décembre 2016

Maçonné

On regardant par ma fenêtre je vois un mur, rien d'Est-Allemand, rien d'hivernal, rien du petit pan de mur jaune de Bergotte non plus…

1 décembre 2016

Hivernal

Le 9 décembre 1963 Cioran relit quelques poèmes d'Emily Dickinson. Il est ému jusqu'aux larmes. Il faut dire que tout ce qui émane d'elle a la propriété de le bouleverser. Le 10 décembre, de son lit, il voit passer un grand oiseau noir. Le 11 décembre il fait un rêve étonnant : Jacqueline Kennedy lui donne un coup de fil puis il se promène avec elle dans le bois de Sénart. Le même 11 décembre on retrouve trois squelettes dans la région de Lascaux, l'un d'eux a le crâne fracassé…

30 novembre 2016

Douillet

Finalement, mon vrai problème, peut-être mon seul problème, restera ma fainéantise. Pas ma fainéantise face aux choses que l'on peut soulever, non ma fainéantise intellectuelle, ce cocon lymphatique que je crée autour de moi et qui m'enferme dans une fausse quiétude douillette.

28 novembre 2016

Architectural

« Les grandes architectures de la nuit tombante : arcs de triomphe que formaient les branches au bout des avenues, labyrinthes des sentiers rafraîchis, stades des champs aux gradins de haies jusqu’à l’horizon, portiques et dolmens de nuages encadraient notre être enfant allant vers son destin… » (Jean Follain, Canisy)

26 novembre 2016

Souffreteux

L'avantage de la maladie c'est qu'elle permet la lecture bien plus que la non-maladie (je parle évidemment de la maladie non immédiatement létale).

10 novembre 2016

Enfantin

« Notre enfance s’est écoulée parmi des hommes socialement dérangés de leur position originelle, dans une époque historiquement dérangée, et elle a été remplie de désordres de toutes sortes ; et le désordre conduit à la souffrance, et la souffrance à la plainte muette, là fleurit la poésie. » (Gregor von Rezzori, Neiges d’antan).

8 novembre 2016

Amusant

Certains Indonésiens enterrent leurs décédés quatre ans après le trépas. Les cadavres ne sont plus que des sacs d'os qui font des bruits rigolos. Tout cela est très amusant.

24 octobre 2016

Déplié

« Et depuis, chaque jour, ou presque, je me suis découvert de nouveaux sens. Ma vie m’intéresse prodigieusement. Je me relève, je me déplie, je m’étends dans beaucoup de directions. On a été si longtemps assis sur moi... » (Valery Larbaud, Journal intime de A.O. Barnabooth )

4 octobre 2016

Modeste

N'ayant pas les capacités pour, je renonce d'ores et déjà à la postérité.

3 octobre 2016

Banal

« L'artiste qui cherche l'extraordinaire à tout prix et d'une manière constante lasse vite, car rien n'est plus insupportable que la monotonie de l'insolite. Il n'y a pas d'art véritable sans un minimum, que dis-je ? Sans une bonne dose de banalité. » (Cioran, Cahiers)

1 octobre 2016

Linguistique (bis)

Le gréco-salentin ne se parle pas, il se chante.

30 septembre 2016

Linguistique

Le toscan ne se parle pas, il se pleure.

29 septembre 2016

Zibaldonesque

« En littérature, on passe du néant à la médiocrité, puis de la médiocrité au vrai, et de là au raffinement… » (Giacomo Leopardi, Zibaldone).

16 septembre 2016

Vieux

je suis tellement vieux ; tellement vieux que je suis jeune, très jeune.

13 septembre 2016

Helvétique

L'air suisse se boit.

6 septembre 2016

Affectueux

Tout ce qu'il y a de bon à gagner d'un sot, c'est son affection.

1 septembre 2016

Chapeauté

« Je traite mon chapeau avec grande douceur et il me semble toujours aussi longtemps que je peux toucher mon chapeau, d'un tendre geste qui m'est coutumier, que je peux encore m'estimer un homme heureux. » (Robert Walser).


31 août 2016

Aérien

Le bang des supersoniques ne gâche jamais vraiment le ciel.

17 août 2016

Tuberculeux

Les sofas des sanatoriums ont toujours de bien curieux dossiers. On se demande bien pourquoi ?

12 août 2016

Chatouillant

Les chatouillements ne sont jamais un manquement aux règles de la bienséance. Pour ce qui me concerne je dirai même qu'ils sont l'un des rares agréments de l'existence.

25 juillet 2016

Festif

Je suis content, je suis festif, je suis dans ma fan zone de confort.

23 juillet 2016

Patinant

L’âge aidant la patine est sur moi, en moi.

22 juillet 2016

Monténégrin

Cetinje est une capitale historique égarée dans une cuvette de moyenne montagne. Le palais de l'ex-roi ressemble à une replète maison bourgeoise et un peu plus loin la tour en pierre où les habitants avaient l’ habitude d'accrocher la tête de leurs ennemis turcs somnole dans la brume.

20 juillet 2016

Tuberculeux

Les sofas des sanatoriums ont toujours de bien curieux dossiers.

3 juillet 2016

Infanticide

« Le petit caïman que sa mère mange retourne au ventre qu'il connaît bien ». (Jean Paulhan - Les Hain-Teny Merinas)

26 juin 2016

Étonnant

Remy de Gourmont est mort le 27 septembre 1915 – le jour où Blaise Cendrars perdit son bras – ce n'est pas rien.

18 juin 2016

Basculatoire

Je tangue au son d'une barcarolle basculatoire, le soleil est là, ma conscience s'envole en heureuses fumerolles. Le monde devra faire sans moi.

3 juin 2016

Libéré

L’électricité, le cuir, la sexualité débridée et les petits cachetons pris au débotté, la fin des années soixante avait tout pour elle.

31 mai 2016

Olfactif

Pour Alexandre Vialatte Mauriac est un olfactif mené par l'odeur. Ses romans sentent la résine, la table de nuit mal aérée et les vieux papiers de notaires. Les chambres des veilles filles y trouillotent le suicidé tandis que les paliers reniflent immanquablement la fuite de gaz : « …de temps en temps, il ouvre la fenêtre, et on voit ciel. »

28 mai 2016

Turgescent

Chinois et Coréen guérissent leur impuissance en ingurgitant de la bile d'ours noir séchée. Le viagra est mieux.

5 mai 2016

Cérémonieux

J'ai toujours beaucoup de peine à vouloir ranger dans ma bibliothèque un livre que j'ai aimé et avec qui j'aurai vécu quelques jours d'heureuse coalescence. Voilà comme une petite mort et des quasi-obsèques corrélatives où quoiqu’on en dise l’émotion est bien présente.

4 mai 2016

Dandyesque

Robert de Montesquiou me semble être le prototype du genre « ma vie c'est mon œuvre », voilà un garçon qui rangeait ses cravates et chaussettes dans une vitrine, comme dans une bibliothèque, et je ne vous parle pas du reste.

1 mai 2016

Montherlanesque

« Et là, sur un banc, parmi les femmes de chambre allemandes déguisées en nurses anglaises, les enfants, les mutilés, les moineaux, les satyres à l’œil douloureux, les retraités promenant leur catarrhe de banc en banc, je tire mes feuillets et j’écris mes bêtises, tandis que tournent autour de moi les petites filles, pleines de poursuites et de cris comme des hirondelles de septembre.» (Henry de Montherlant, le Fichier parisien)

30 avril 2016

Ensoleillé

Le soleil est une étoile qui tombe de l'azur et s’arrête aux bords de mon petit intérieur pour mieux briller dans mes rideaux. À tout bien réfléchir, cela n'est pas rien et pourrait presque expliquer ma présence en ce bas monde.

18 avril 2016

Ému

Chez Charles Du Bos le sensuel domine ; il n’est qu’un émotif ému par des « sujets intellectuels » et en aucun cas un intellectuel. C’est la simple remontée de ses émotions — profondes — qui tient chez lui lieu de pensée : « Le malentendu commence, par l’incompréhension de l’intellectuel-né, à l’égard de la sensation. Le miracle de la sensation c’est l’alliage de l’absolu de la précision, de l’unicité, de tout ce qui rend si bien l’adjectif unmistakable, avec une ouverture soudaine sur l’illimité. Les adversaires de la sensation se trompent à son sujet parce qu’en elle ce n’est jamais l’ouverture, mais la clôture (l’acte de clore) qu’ils voient. (Et je dirais — rejoignant ici un courant de pensée qui m’est familier — qu’il y a des sensations qui ferment au lieu d’ouvrir, mais ce sont les sensations intéressées, celles, à la recherche desquelles nous sommes partis, non point celles qui fondent sur nous.) Quand à la fin d’un de ses poèmes Hofmannsthal nous dit : “Et trois sont un : un homme, une chose, un rêve ”, il définit merveilleusement l’état propre à l’être de sensation. »

16 avril 2016

Désoccupé

La désoccupation étant l'une de mes non-activités favorites, il est bien possible que je n'aie vraiment rien pour moi.

15 avril 2016

Édouardien

Chez Saki il n’y a que les enfants et les bêtes pour être vraiment sympathique. Les « autres », le monde, cette société édouardienne que l’on griffe en sautillant, n’est qu’un aréopage de duchesses trop précieuses, de tantes acariâtres, de femmes légères et d’hommes si ternes qu’ils pourraient virer au beige clair sans crier gare. Il y a bien quelques dandies cyniques, mais ils sont plus drôles que sympathiques. Bref, l’antipathie règne, sans ostentation, toujours légère et sans semelles de plomb. 

14 avril 2016

Désabusé

« Dés que je me suis mis à réfléchir, j'ai pris le ton du désabusement et ne l'ai plus quitté depuis. » (Cioran, Cahiers)

29 mars 2016

Flottant

Valery avait un petit côté flottant. D’ailleurs, c’est ce qu’aimait chez lui le jeune André Breton, ce côté flottant. Il lui trouva ensuite des semelles de plomb sans voir celles qu’il portait lui-même. Il faut dire que Breton se trompait parfois. On ne lui en voudra pas trop, il est mort et s’agissant des morts nous n’avons rien à dire de mal. Valery, lui, est mort le 20 juillet 1945, il y avait encore des odeurs de feu d’artifice dans l’air.

23 mars 2016

Équilibré

Dans ma lointaine jeunesse, il m'est arrivé de « faire les vendanges » en la compagnie d'un rasta blanc et d'un sosie quasi parfait de Michael Jackson. Le rasta blanc fumait sans cesse de la drogue et zigzaguait entre les rangs de vignes tandis que le sosie de Michael Jackson effectuait des moonwalks un brin embourbés. Il y avait aussi un sympathique petit vieux édenté qui faisait le tour de France à vélo tout en ramassant noix, pommes et raisins. De nous quatre c'était certainement le plus « équilibré ».

15 mars 2016

Walserien

Robert Walser est certainement le seul écrivain dont je peux dire que j'aime toutes les idées, toutes les phrases, tous les mots, tous les points, toutes les virgules. C'est un frère.

12 mars 2016

Fluctuant

Je passe cahin-caha d'un entrain sautillant à la sensation d'avoir l’univers tout entier effondré sur mes épaules. Bref, je fluctue.

9 mars 2016

Frappé

Cioran ne saurait être frappé par le bonheur, il ne s'en relèverait pas.

22 février 2016

Dysphorique

Je n’ai que la dysphorie pour protéger mon intérieur. Alors, laissez-moi être dysphorique, je ne demande rien de plus. (Autres dysphoriques potentiels : Walser, Pessoa, Hohl…)