Je suis décevant

14 octobre 2018

Raté

« Raté. Pour rater sa vie, il faut avoir souhaité une réussite. Qu'est-ce à dire ? Le raté est celui qui a renoncé à l’énergie de sa décision. Qui fait passer par les autres, par leur verdict, leur amour et leur haine, bref leur témoignage, ce qu'il eût dû garder secret. De la grande majorité des hommes nous ne disons pas qu'ils sont ratés. Mais de certains êtres qui donnent à leur situation anecdotique un je-ne-sais-quoi de regrettable. Il y a très peu de vrais ratés. De ratés réussis.» (Georges Perros, N.R.F. n°134, 1er février 1964)

2 octobre 2018

Primesautier

Ce mot de Kierkegaard chez l'ami Cioran (dans ses Cahiers) : « Je me suis lancé dans la vie avec une voie d’eau dans la cale dès le début. », croquignolet, n'est-ce pas ? Remarquez que les débuts de Rousseau étaient presque pires en mieux : « je naquis infirme et malade. Je coûtai la vie à ma mère, et ma naissance fut le premier de mes malheurs. »

27 septembre 2018

Autotuné

L'ondée passée, 
les fenêtres ouvertes à la fraîche, 
et derechef s'élève au loin,
le tohu-bohu autotuné des enceintes nomades,
que l'on aura connectées,
au débotté.

20 septembre 2018

Valétudinaire

Ayant « traversé la rue » je suis tombé sur ce graffiti un brin valétudinaire. Me voilà dubitatif.

16 septembre 2018

Voyageur

En avril 1890 Tchekhov entame un long périple qui le verra traverser Russie et Sibérie jusqu'à l'île de Sakhaline. Il commence par quelques verstes de navigation sur la Volga, visite Iaroslav et la trouve très sale – j'ai moi-même visité cette ville et je n'y ai vu que des jeunes gueux ivres de vodka et de bien nombreuses hordes de chiens errants – puis c'est Kostroma qui est plus jolie (je confirme). Après la Volga voilà la Kama, un fleuve d'un ennui extrême qui traverse des villes grises où les habitants semblent employés à la fabrication des nuages, de l'ennui et des palissades mouillées. Tchekhov poursuit sa route en train puis dans une voiture qui ressemble plutôt à une carriole brinquebalante, il passe par Perm, Iekaterinbourg, Tomsk (qui ne vaut pas un liard), Irkoutsk (la meilleure), traverse le Lac Baikal, voilà enfin l'Asie, le fleuve Amour, la Chine d'un côté, la Russie de l'autre, des canards, des rochers, des falaises, des paysages qu'il ne sera pas près d'oublier : « J'ai vu, à dire vrai, tant de splendeurs et éprouvé tant de délices que mourir maintenant ne me fait pas peur. »

6 septembre 2018

Techkovien

Le printemps 1889 que Tchekhov passe à Soumy en Ukraine loin des frimas moscovites pourrait être presque parfait. Le temps est splendide, les arbres couverts de fleurs blanches ressemblent à des « fiancées à la noce » ; rossignols, hérons, coucous et autres bestioles à plume s'égosillent à qui mieux mieux. On se lève tard, de l'eau fraîche jusqu'aux genoux on pêche des écrevisses à la main, on boit un peu, ou s'oublie. Bref rien d’assommant… Pourtant, cela ne durera pas, l'été arrive, il ne pleut pas, la canicule est effroyable. Le 17 juin Nikolaï, ce frère artiste soûlographe et poitrinaire qui l'accompagnait dans le midi, meurt. La tristesse est grande, mais la lumière toujours là : « Les funérailles ont été splendides. Selon la coutume méridionale, on l'a porté à bras dans l'église et de l'église au cimetière, sans croque-morts et sans sinistre corbillard, avec des oriflammes, le cercueil ouvert. Des jeunes filles portaient le couvercle, et nous, le cercueil. À l'église tandis que nous le portions, les cloches sonnaient. On l'a enterré dans le cimetière du village, très douillet et paisible, où en permanence chantent les oiseaux et flotte une odeur de chanvre d'eau ».

16 août 2018

Digressif

Cingria est un drôle de cycliste. Il se perd dans d’exquis chemins bitumés et nous nous perdons dans sa prose, souvent exquise elle aussi. Saute mouton et digressions, trébuchements et évanouissements, on oublie une ligne et nous voilà déjà ailleurs, dans un colimaçon baroque, des teintes déjà un peu orientales, Raguse c'est déjà un peu l'orient.

13 août 2018

Démissionnaire

J'ai longtemps eu la certitude que le monde s'ouvrait à moi, que je pouvais en disposer à ma guise, comme d'un « domaine ouvert ». Pourtant, l'âge aidant, je constate que c'est lui qui dicte sa loi et son bon vouloir. Une courte lutte s'est instaurée, n'en sortant pas vainqueur, il ne faut pas lutter avec le monde, j'ai décidé de lui laisser tenir la bride et mes aspirations se sont aussitôt déplacées ailleurs, plus haut, dans les limbes.

8 août 2018

Antipoétique

Pour Gombrowicz il faut que la poésie soit mêlée à d'autres éléments plus prosaïques. Qu'elle ne soit pas cette mélopée monotone et sans cesse sublime que l'on s'inflige comme on pourrait s'infliger un extrait pharmaceutique. Bref, la poésie devrait savoir éviter la pureté comme la peste et n'être que composite, trouble, abâtardie et au grand jamais cette essence pédantesque qui ne résiste jamais à l'épreuve du réel.

2 août 2018

Climatique

Pour 2035 on annonce des cigales en Normandie, du vin de Bordeaux en Bretagne et des coups de soleil sur les plages de Knokke-Le-Zoute. Ces perspectives « nostradamusesques » me semblent bien inquiétantes.

8 juillet 2018

Alpestre

« La plaine incurve les arcades sourcilières, arrondit théoriquement ou aplatit les chairs, unifie et départicularise l'esprit, rend aimable, disert, facile, inventif, mais, dans le même temps que tout cela, rend idiot ; car il faut une philosophie de chacun qui ne soit pas codifiée et, de temps en temps, des soubresauts qui interrompent l'horizontalité d'une vie en masse autorisant à ne douter de rien. Il faut au contraire douter, s’arrêter, insondablement et brusquement se souvenir » ( Charles Albert Cingria, Pendeloques Alpestres).

6 juillet 2018

Motocycliste

Jadis je me déplaçais juché sur une motocyclette noire. Je me lançais sur les chemins bitumés avec la célérité d'un pégase puissamment ailé et tout défilait autour de moi à des vitesses proprement vertigineuses. Tout cela est de l'histoire ancienne ma motocyclette noire s'en est allée dans un saumâtre carambolage et à présent je me déplace sur mes deux jambes, en boitant un pas après l'autre. J'ai perdu en ivresse ce que j'ai gagné en qualité d'observation.

1 juillet 2018

Beyliste

Sur le chemin, qui le mène de Rome à Naples Stendhal remarque qu'à l'alternat il se souvient avec tendresse de cinq femmes. Il croit être vraiment amoureux de la première lui venant à l'esprit (la fameuse Angela Pietragrua) et se surprend même à penser à elle avec rêverie plus de sept ou huit fois par heure, mais un rendez-vous au débotté avec l'une des quatre autres lui ferait tout de même un plaisir tendre. Arrivé à Naples les battements de son cœur revenus dans des rythmes moins frémissants il oublie un peu ses douces amies. On le loge à l’Auberge Royale d'où il voit le Vésuve, mais pas la mer. Il visite Pompéi et Herculanum, mais bâille et s'endort au milieu du théâtre San Carlo. En haut du Vésuve il constate que l'enfer ne bout pas au fond du cratère, mais que la vue est la plus belle du monde.

28 juin 2018

Paresseux

La paresse est une sagesse, une guérison et une distraction. Je ne connais guère de paresseux moroses.

5 juin 2018

Inquiet

Je subsiste sans grandiose souffrance, 
mon petit monde est simplement attaché à l'une de mes chevilles, 
et je ne le sens pas peser, 
je suis seulement un peu inquiet.

4 juin 2018

Impavide

Les minutes fondent en heures, l'herbe pousse, je reste sur mon quant-à-moi, stoïque.

3 juin 2018

Étonnant

« Je suis allé chez Ostende, boutique à la mode, et me suis payé une paire de souliers jaunes qui se sont révélés trop étroits. Je suis revenu dans ce magasin pour échanger ma paire contre une paire se souliers exactement de la même taille et de la même façon, paire en tout point identique, qui s'est révélée aussi étroite que la précédente. Il m'arrive de m'étonner moi-même. » (Witold Gombrowicz, Journal)

19 mai 2018

Pendu

Gérard de Nerval est suspendu par le cou à sa petite grille, ses pieds à deux centimètres du sol, le voilà mort. On se bouscule pour voir le cadavre, son enterrement, l’enterrement de « ce pauvre Gérard », sera un petit événement. On oubliera bien vite sa tombe.

18 mai 2018

Vélocipédiste

« Si je vais aussi vite dans les cols, c'est parce que je veux abréger mon agonie ». (Marco Pantani)

12 mai 2018

Allégé

J'aimerais moi aussi être sur le faîte des arbres, dans ces zones indécises et extra sphériques, loin de toute pesanteur puisque la pesanteur n'est pas naturelle à l'homme que je suis. Comme mon envol est impossible, je le rêve, comme je ne voudrais que voler je ne fais que rêver.

10 mai 2018

Sensible

Tout ce qui compte vraiment en littérature, et ailleurs, c'est surtout et avant tout la sensation, la touche plus que l'analyse, l’inspiré, l’irraisonné, l'ingénu contre les idées ? Peut-être...

2 mai 2018

Actif

L'activiste n'est qu'un badaud du surmoi.

17 avril 2018

Las

J’utilise toutes mes forces au labeur, je n’en ai plus pour écrire. Pourtant, je persiste dans l’idée de vouloir écrire, aveuglément, un peu par bravade inconsciente envers ma fatigue, dans des phrases qui ne s’élèvent plus, des phrases qui perdent tout sens, toute musique, des phrases pour rien. Tiens ouvrant le Journal de Stendhal je tombe sur celle-ci de phrase : « Je n’en puis plus, je suis usé, épuisé jusqu’à la dernière goutte, au moral et au physique, mais il faut que j’emploie cette dernière goutte à décrire ce qui m’a mis dans cet état ». Il n’y a rien de plus en accord avec mon état actuel que cet épanchement las de l’ami Beyle, cette fameuse goutte je l’utilise, aussi et ici, quotidiennement, elle est là pour vous rappeler mes épuisements, que mes épuisements me font, que je ne suis plus qu’épuisement et que sans eux et la goutte qui les authentifient, je serai, sec et muet, comme une carpe en plein air.

10 avril 2018

Climatique

Dois je avouer mon amour immodéré pour les « stations climatiques » ?

6 avril 2018

Moustachu

 « Je suis ce jeune homme en habit que l’on voit, la nuit, boire des boissons américaines dans les bars élégants, entre des créatures aux épaules nues qui ont des chapeaux extravagants. » (Edmond Jaloux)

20 mars 2018

Heureux

Journée mondiale du bonheur et du bien être : « Je n’ai connu des états de bonheur débordant qu’à la suite de troubles nerveux, d’insomnies prolongées, de douleurs sans raison, et d’anxiétés intolérables. Compensation ou conclusion naturelle ? », « Le malheur est qu’un bonheur conscient n’est plus un bonheur et qu’un bonheur qui s’ignore n’en est pas un davantage. » (Cioran, Cahiers). « Si seulement le jour et le bonheur pouvaient ne jamais venir ! Si l’espoir pouvait ne jamais connaître la déception de se voir comblé ! » (Pessoa, Le livre de l’intranquillité)

16 mars 2018

Beyliste

Le journal de Stendhal n’est que le procès-verbal de sa manière d’être.

6 mars 2018

Épatant

« Le temps est beau, la campagne est verte, le soleil est chaud. J'ai une chaise longue épatante » (Raoul Dufy, 1907)

24 février 2018

Divin (et noué)

J'ai vécu l'une de mes plus belles épiphanies méditerranéennes à Antibes, marchant sur ce qui reste des remparts entourant la vieille ville, le ciel bleu saturé, la mer presque turquoise, les voiles blanches des navires de plaisance flottant avec une douce obsolescence dans un air raisonnablement tiède, tout cela me passa par les yeux, le nez, les oreilles, pour mieux redescendre vers ma poitrine où je ressentis un pincement que je dois bien caractériser comme d'essence divine. C'est pourtant à quelques encablures de ces lieux raisonnablement idylliques, qu’un jour de 1955 on retrouva le corps écrasé de Nicolas de Staël. Le peintre s'était défenestré dans un moment d’égarement et l'issue fut fatale, forcément fatale. À l'angle de La Promenade amiral de Grasse et de l'impasse Revely le petit immeuble moderne-désuet qui lui servit de « plongeoir homicide » est toujours là. On a collé une plaque commémorative dessus, les touristes égarés la photographient avec un contentement penaud, ceux qui savent vraiment la regardent avec un nœud dans la gorge.

19 février 2018

Péremptoire

Les grands critiques n'analysent pas, ne décryptent pas, ils choisissent.

15 février 2018

Bleu

Pour Hölderlin il n’y pas de ciel bleu. Il n’y a que de l’éther, un éther flottant dans un espace où plus rien n’est à imaginer. C’est l’âme du monde, la synthèse de l’air et de la lumière. Quand il est question de ciel bleu Kandinsky n’est pas si loin d’Hölderlin que ça : « À mesure qu’il s’éclaircit, ce qui lui convient le moins, le bleu prend un aspect plus indifférent et paraît très lointain et indifférent à l’homme, comme un haut ciel bleu clair. Plus il s’éclaircit, plus il perd de sa résonance, jusqu’à devenir un calme muet, devenir blanc. »

12 février 2018

Sybarite

On comprend aisément pourquoi Paulhan l'aimait beaucoup : Cingria a la prose toute bizarre ! Une sorte de franco-albanais-turc un peu sybarite et assez singulier. Des assemblages comme on en rencontre peu, des phrases secouées dans une grande boite avant d'être jetées sur le papier. Tout cela est bien curieux, le lecteur peut être décontenancé.

23 janvier 2018

Engagé

Dans l'inépuisable série « littérature et engagement » ces quelques lignes du camarade Aragon : « Ce prix porte le nom du plus grand philosophe de tous les temps ; de celui qui éduque les hommes et transforme la nature ; de celui qui a proclamé que l'homme est la plus grande valeur sur terre ; de celui dont le nom est le plus beau, le plus proche, le plus étonnant dans tous les pays pour tous ceux qui luttent pour leur dignité, le nom du camarade Staline. » Sinistre n'est-ce pas ? Les débuts du petit Louis n'avaient pourtant presque rien de sinistre. Le Traité du Style et le Paysan de Paris sont d'un tonneau assez léger, ils ne préoccupent pas de faire le bonheur du peuple et c'est très bien ainsi. Aurelien est un beau témoignage sur l'immédiate après première guerre mondiale (le Gilles de Drieu se voudrait d'un tonneau avoisinant). Les Voyageurs de l'impériale et la Semaine sainte sont presque séduisants, presque sans graisse, presque hypocalorique … Comment Aragon en est-il arrivé là ? Une somme de lourdeurs, croire qu'il y a du bien et du mal un peu partout, et puis vivre, vivre est un problème.

20 janvier 2018

Inhibé

J'ai guéri un peu de ma timidité en laissant affleurer ma bêtise. C'est un bon remède.

12 janvier 2018

Intimidé

« C'est le propre des timides que de rire ou de sourire niaisement au mauvais moment, et de ravaler leur salive pour tout à coup laisser échapper un flot de formulations hasardeuses qui passent pour de l'injure, du mépris, de l'arrogance. La parole nous devrait être interdite, à nous les timides ; elle devrait s'étrangler en nous. Nos vies et la vie des autres en sauraient adoucies. » (Frédéric Pajak, Manifeste incertain)

6 janvier 2018

Herbacé

Je n'éprouve plus rien en dehors des variations de température, je suis une plante, je bascule petit à petit dans l'inanimé.

5 janvier 2018

Attristé

Aharon Appelfeld n'était pas un « écrivain de la Shoah » c'était un Kafka sans tuberculose qui aurait vécu après avoir coudoyé la barbarie. Il est mort hier, il y a de quoi être triste.

29 décembre 2017

Placide

La pensée vole et les mots vont à pied. Ici, la pensée est le plus souvent dans une placidité orbitale et les mots sur eux-mêmes…

20 décembre 2017

Rassasié

Si tout ce qui est rare est précieux alors la musique que nous écoutions quand nous étions jeunes était précieuse, car rare. Nous n’étions pas saisis par l’abondance, les disques étaient difficilement trouvables. Quand ils étaient trouvables, il nous fallait parfois les acheter et souvent les voler. Que ce soit dans l’amour ou le rejet le rapport à la « chose écoutée » était donc forcément plus fort, plus crucial. Aujourd’hui tout est trouvable, nous pouvons voler sans risque, haïr faiblement et aimer mollement. Et puis de toutes les façons nous n’avons presque plus envie de rien, nous sommes assommés par l’abondance.

15 décembre 2017

Fatigué

J’ai constaté que si lorsque je suis fatigué, le romanesque, le voyageur, l’historique et l’intime me tombent des mains, le philosophique lui me sied parfaitement (et même le plus compliqué qui soit, même Wittgenstein). Mes états d’extrême fatigue ont peut-être la capacité de faire de moi une éponge ; une éponge qui s’ouvre devant le cogito d’autrui ; c’est déjà ça et ce n’est pas rien. 

P.-S. Bien évidemment lorsque je suis une éponge mon cerveau est incapable de la moindre compréhension. En l’occurrence, je ne suis qu’absorption, la lecture, le regard, la fausse petite étincelle du cogito ne sont que des étapes nécessaires, c’est ce qui reste de moi qui comprend, c’est mon corps qui comprend, et la fatigue l’aide à comprendre.

11 décembre 2017

Ennuyé

« Jadis la vie entrait en nous avec un beau tapage ; tout nous était chantant, lumineux, brillant ; il courait sur notre chair des frissons sensuels ; notre système nerveux sonnait des carillons étourdissants. Aujourd’hui tout s’éteint, le gris gagne ; quel vide, au-dehors, et en nous, quel silence ! L’étincelle, la dorure des objets s’en sont allées; nos pensées qui étaient une prairie vivante se fanent, les fleurs d’autrefois se rangent dans l’herbier ; nous ne savons plus respirer les roses ; nous demandons grâce à l’amour… L’intelligence s’alourdit, ne fait plus de conquêtes ; il en va ainsi chez ceux qui ne l’entretiennent pas ; chez les privilégiés même l’invention se retire ; les résultats de nos opérations mentales ne sont plus neufs ; c’est le temps des rengaines, des rabâchages ; on se répète, on se copie ; nos actes ont perdu leur intensité savoureuse, leur alacrité crépitante, et s’achèvent en réflexions amères, en déceptions navrées. Dans le champ dévasté de notre âme, il n’y a plus que ballons dégonflés ; l’amour, l’honneur, le devoir, la vertu, qu’est-ce c’est que ça ? » (Émile Tardieu - L'ennui, étude psychologique)

25 novembre 2017

Sucré

J'ai mis trop de sucre dans mon Earl Grey, le monde tangue.

23 novembre 2017

Hippophile

Les yeux enlevés des orbites
et remplacés par des pierres précieuses
courent aveugles les chevaux du radjab.

(Jean Follain, L'usage du monde)

22 novembre 2017

Beyliste

A Brunswick Stendhal est assez étanche aux « valeurs du travail ». Son barbier le réveille aux alentours de 8 heures. Ensuite, rasé de près, il lit tranquillement. Puis c’est sa leçon d’allemand, cette langue parlée par des ennuyeux mais qui a deux trois mots expressifs pour elle. La leçon d’anglais suit la leçon d’allemand… Rentré chez lui, lecture à nouveau, pendant trois heures. Puis diner, mouton grillé, pommes frites et salade. Drôle de digestion après diner, cheval pendant une heure. Stendhal passe devant la fille du cordonnier, elle lui sourit, c’est le meilleur moment de la journée. Le soir venu, rendez-vous avec Charlotte une beauté de 25 ans qui en parait 32. Voilà : les journées allemandes de Stendhal frôlent la barbarie, elles ne sont jamais civilisées par les « valeurs du travail », il faut bien avouer que tout cela est terrifiant.

18 novembre 2017

Divin

Le monde et l’homme n’existant pas il convient de noter que seul Bach reste susceptible de nous remplir de gratitude.

9 novembre 2017

Attiédi

La nuit vient de tomber, je souffle astucieusement sur mon Thé chinois en espérant que cet adroit subterfuge géostrophique l'attiédira plus rapidement que ne le prévoient les trop fameux principes de la thermodynamique. En même temps je lis un poème de Jean Follain où il est question d'un moellon violâtre qui mal pris dans son ciment se fendra sous le gel. Tout cela est bien périlleux, j'aime vivre dangereusement.

6 novembre 2017

Profitable

J'écris ces mots sans la moindre intervention mentale, c'est ma main qui fait tout le travail et comme elle n'a pas grand-chose à dire ce n'en est que plus profitable.

26 octobre 2017

Décevant

« Au bout d’un certain temps, presque tous ceux qui m’ont trouvé quelque mérite ont fini par se détourner de moi. J’ai perdu tous mes "admirateurs", si tant est que j’en aie jamais eu un seul. J’inspire de la déception. » (Cioran, Cahiers).

23 octobre 2017

Intrépide

Une mouche tourne ostensiblement dans mon petit intérieur, c'est bien pénible, il faudrait que je la fasse fuir en effectuant de grands gestes de sémaphores. Voilà une perceptive un peu périlleuse, mais il faut de temps à autre savoir être intrépide, c'est l'un des sels de l'existence.

22 octobre 2017

Dominical

L'amateur averti doit savoir que les « vitrines lubriques » du port de Hambourg sont fermées le dimanche.

20 octobre 2017

Crayeux

Exister, Jean Follain (poésie Gallimard). Dans une belle préface qu'il faudrait encadrer, Henri Thomas pointe comment chez Follain la « poésie » est toujours éloignée d'une quelconque formule abstraite qui séparerait âme et corps tout en perdant les mots, leur pure valeur d’allusion leur légèreté et leur inflexion unique. Pas de métaphores, rien de « poétique », non plutôt l'expression d'une forme d'imagination et de sensibilité très personnelle, rigoriste et simple à la fois, une formule de simplicité ?

L'écolier qui balayait la classe
à tour de rôle était choisi
alors il restait seul dans la crayeuse poussière
près d'une carte du monde
que la nuit refroidissait
quelquefois il s'arrêtait, s'asseyait
posant son coude sur la table aux entailles
inscrit dans l’ordre universel.


12 octobre 2017

Pluvieux

« Il y a des heures, il y a des jours, il y a peut-être un âge, où les gouttes de pluie glissant sur les vitres, et leur petit bruit, sont plus intéressants pour l'homme couché que les lignes du livre gisant là. Elles le mènent plus loin – il ne sait où – elles l'arrêtent, il ne sait, et voudrait vainement savoir – en quel domaine universel. » (Henri Thomas, La joie de cette vie).

10 octobre 2017

Fixé

La photographie argentique oui, du fixateur, du révélateur… Un soupçon de révélateur sur la main et c'était une brûlure… et une cicatrice plus tard… nous étions fixés. Cette belle chimie un poil risquée épinglait joliment la vie et seules les photographies collées les unes aux autres – le trop fameux cinématographe - avaient quelque chose d'un peu saumâtre, car on y voyait le temps passer – et donc la mort travailler - plus que de raison.

8 octobre 2017

Olfactif

La littérature est tout autant une histoire de nez que de cogito. Mauriac sent la résine, la table de nuit mal aérée et les vieux papiers de notaires, Giraudoux sent l'aveline et l'humus, Vialatte sent l'encaustique et la mercerie auvergnate brumeuse, Walser sent le flocon de neige et la plume d’oreiller....

7 octobre 2017

Bibliophile

Liste non exhaustive des objets divers et variés cachés entre les pages du second tome des Chroniques de la Montagne se trouvant être en ma possession :

 Une étiquette de bière autrichienne, une étiquette de bière irlandaise, une étiquette de bière mormone (sans alcool), une étiquette de bière corse, l'adresse d'un ami suisse rencontré au bord du Grand Canyon, un ticket de loterie - perdant – acheté dans un casino borgne de Las Vegas, deux billets d'entrée pour le Monte Palace de Funchal, un ticket pour le téléphérique qui grimpe au même Monte Palace, un billet pour le Parc national des lacs de Plitvice (Croatie), un billet d'entrée pour les remparts de la vieille ville de Dubrovnik, un ticket pour les Heritage Islands (Irlande), un billet d'entrée pour les monuments de la Piazza dei Miracoli de Pise, un ticket pour un musée archéologique grec indéterminé (Cyclades, Crète ? Je ne sais plus), un ticket de métro pragois, un prospectus pour une exposition Keith Haring à Vienne (du 28 mai au 19 septembre 2010), des tickets de bus bulgares, polonais, lituaniens et hongrois, une carte d'embarquement pour un vol Lyon-Saint Exupery- Rome Fiumicino (siège 05F).

30 septembre 2017

Velléitaire

Je voudrais me secouer de ce grand sommeil que ne connaît pas le quidam ordinaire ; oh ! non pas pour atteindre une existence heureuse et lucide, non, mais plutôt pour faire un effort croissant et jamais confirmé par aucun résultat évident. Ce sera mon but, ce manque de résultat évident.

23 septembre 2017

Atomisé

Je tombe en poussière, je vire au morne agrégat, au tas de molécules, au couple d'atomes divisé, bientôt je ne serais plus rien, même pas un souvenir.

Glissant

Une certaine lassitude me gagnant je me cache dans un fourreau de narcolepsie. Face au brouhaha, au poids des hommes et aux enquiquinements, la somnolence est un contrepoison plus que satisfaisant.

12 septembre 2017

Automnal

Le soleil est trop bas, on sent pousser les feuilles mortes.

11 septembre 2017

Catastrophique

Ces quelques mots d'Alexandre Blok (repérés dans les Cahiers de Cioran) : « Le naufrage du Titanic m'a réjoui hier indiciblement : il y a donc encore l'océan » (Journal, 15 avril 1912).

10 septembre 2017

Touristique

Goethe était un peu compliqué, ainsi à Assise il ne visita que le vieux temple romain de Minerve, refusant de voir les autres monuments par crainte d'être déçu par ceux-ci (une fugace déception gâche parfois un plaisir plus global).

8 septembre 2017

Ultravide

Je rêvasse dans le vide puis je déambule autour d'un rien massif ; le temps passe, ma vie aussi.

31 août 2017

Prénominal

On ne remerciera jamais trop P.G Woodhouse d’avoir réhabilité le doux prénom de Marmaduke. D’ailleurs à ce sujet il faut que vous sachiez que si un jour j’ai l’hypothétique chance d’engendrer une progéniture mâle il est fort possible que je le prénomme Marmaduke.

18 août 2017

Cannibale

Dans sa Cuisine cannibale, l'ami Topor, qui s'y connaissait en désarroi, mais qui riait toujours très fort, ne nous explique malheureusement pas comment cuisiner cette bestiole nuisible qu'est le voisin ; je vais tenter de le faire pour lui. Prenez un voisin (ou une voisine, je ne suis pas misogyne), de bonne constitution, pas trop gras, mais tout de même un peu. Écorchez-le tranquillement en commençant par le bas des gambettes, séparez la tête de la colonne vertébrale, brisez méthodiquement les os et articulations, puis découpez votre voisin en petits morceaux. Salez, poivrez et badigeonnez vos morceaux avec de la moutarde forte puis faites revenir le tout dans un un peu d'huile à feu moyen. Rajoutez quelques garnitures aromatiques (échalote, oignon, persil) et le tour est joué ! Bon appétit ! 

P.-S. Les plus épicuriens d'entre vous pourront déguster leur voisin en l’accompagnant d'un petit Givry de dessous les fagots, l'« accord » est parfait.

14 juillet 2017

Disséminé

J'écris ces lignes rabougries dans une quiétude toute relative tant le voisinage est bruyant et semble évoluer en faisant fi de tout ce qui l'entoure (en l’occurrence moi-même, entité silencieuse discrète et fluctuante). C'est certainement l'un des grands progrès du « vivre ensemble », aujourd'hui on existe en plein air en ne gardant plus rien pour soi, on dissémine ses opinions, son essence la plus intime à tous les vents, le champ du privé s'est tellement rétréci que le voilà rendu à ce qu'il était au moyen-âge : un point focal infinitésimal.

12 juillet 2017

Alcoolisé



Mes débuts dans l'alcoolisme (mars 1977)

3 juillet 2017

Anti Startupper

« Je ne suis rien. Je ne serai jamais rien. Je ne peux vouloir être rien. À part ça, je porte en moi tous les rêves du monde.» (Fernando Pessoa, Bureau de tabac)

26 juin 2017

Stylé

« … les laquais ont l’habitude de se tenir dans une posture modeste, mais assurée, debout juste derrière la chaise des maîtres occupés à manger. Tel est l’usage. On peut y voir une forme de bon ton, ou de style. » (Robert Walser, Vie de poète)

19 juin 2017

Réactionnaire

Tous mes vieux voisins sont morts, ils ont été remplacés par des types tatoués qui se déplacent dans des véhicules 4x4 tout en laissant s'échapper moult tintamarres autotunés. Les temps sont ainsi, il faut faire avec.

17 juin 2017

Monarchique

L'Iran de Mohammad Reza Pahlavi n'était pas de tout repos. Pour oui pour un non on vous enlevait , on vous emmenait dans une salle des supplices, on vous brisait les os, arrachait les ongles, sciait le crâne. On comprend mieux l'air circonspect des Mollahs.

10 juin 2017

Opératique

Rossini est un gros sybarite gourmand qui en dehors de ses opéras cuisine des tournedos et des macaronis.

25 mai 2017

Voyageur

Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ;
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

(Charles Baudelaire, Le voyage)

12 mai 2017

Symboliste

Germain Nouveau est un grand frémissant et un grand rêveur aussi. Trop dépeigné il n'entrera jamais vraiment dans la vie, après moult aventures on le verra mendier et chercher sa nourriture dans les poubelles, un dimanche où il tendait la main à la porte d'une des églises d'Aix Cézanne lui jettera cent sous… Il trépassera de faim volontaire, oublié de tous, un jour de Pâques.

11 mai 2017

Senti

Le discernement est un ceinturon bien ajusté sans lequel nous serions plus d'une fois cul à l'air et pantalon sur les chevilles.

8 mai 2017

Monégasque

Monaco est une Suisse méditerranéenne parfaitement ripolinée. Elle est policée à un tel point que les sens interdits foisonnement par centaines, les agents vous sifflent à tout bout de champ, pour oui, pour un non, on dirait des pinsons endimanchés.

6 mai 2017

Routinier

Le 27 septembre 1811, Stendhal est à Florence. Les yeux et les jambes fatigués par les voyages il s'ennuie un peu, se promène tout de même, va à l'Opéra tourne autour de la tombe de Machiavel et de Galilée, s'extasie sur la douceur des vers de Virgile. En somme le train-train de l'ami Beyle.

7 avril 2017

Gouteux

« La chair de légende des petits grooms s’accommode avec des figues pelées et une sauce où passe furtivement l’odeur de l’hôtel.» (Roland Topor, La Cuisine cannibale)

26 mars 2017

Dansant

Il faut que les mots jaillissent comme par hasard, sans intervention du cogito. Rien d'articulé, n'articulons pas, laissons faire le crayon, le flux du crayon, il n’y que le flux du crayon, ce bruit, ce crissement sur le papier et l'ombre de notre main qui danse.

17 mars 2017

Volcanique

Le 1er mai 1787 Goethe baguenaude sur les flancs de l'Etna. Il croise une délicieuse jeune fille, à la taille riche et élargie. La végétation est printanière, des fleurs jaunes et des cactus aux formes étranges poussent un peu partout. Au loin, plus bas, Catane frémit dans la brume.

13 mars 2017

Désœuvré

Il y a quelques années, par désœuvrement plein et entier, il m'était arrivé de vouloir passer plusieurs petites choses de l'ami Baruch (Spinoza) dans la moulinette de Google translate. Contre toute atteinte le résultat n’eut rien de vraiment décevant. Figurez-vous que les mots de Spinoza traduits en swahili, puis en letton, puis en hébreu, puis en hongrois, puis en finlandais, puis en allemand, puis en français ressemblent comme deux gouttes de genépi aux fameuses élucubrations alcoolisées de feu Gilles Deleuze !

9 mars 2017

Finaud

La bêtise n'est qu'un rétrécissement de l'horizon mental, un manque d’imagination plutôt qu'un manque d’intelligence.

17 février 2017

Deplumé

Constatons simplement que le chauve est le plus souvent circonspect lorsque devant un miroir, il se scrute glabre de la boite à encéphale.

14 février 2017

Entiché

Le flottement, la constante hésitation des intuitions, le coûteux et patient décalage où chacun est amoureux du reflet de son propre sentiment pour un ou une autre inaccessible, amour en miroir où Narcisse ne se reconnaît pas.

11 février 2017

Effarouché

La timidité est une maladie qui vous fait vivre un peu de côté, à l'ombre des risques. Que voulez-vous les timides sont plus conscients des dangers, ils ont la peau plus fine et des antennes plus sensibles, ils évitent la moindre lutte, le moindre frottement avec leurs congénères, ils vivent dans un hors là qui n'a que très peu de rapports avec le monde des dominants, des fanfarons, des sûrs d'eux-mêmes.

5 février 2017

Lourd

Vivre sans corps tel une abstraction flottante, c'est peut-être un but à atteindre. En attendant, je grossis, j'enfle, je pèse de tout mon poids.

31 janvier 2017

Camélidé

Le crachat du lama ravira les gastronomes. Que voulez-vous un mélange verdâtre de régurgitations gastriques et de « boules puantes » prédigérées, cela ne se refuse pas !

28 janvier 2017

Indifférent

Ce n'est pas tant que je sois misanthrope dans la plus entière acception du terme, je dirai que je suis indiffèrent, ce qui est presque pire en mieux. Si les « autres » savaient que je suis bien plus attentif au souffle du vent dans les branches qu'à leurs propos, ils seraient effrayés. Il n'y a pourtant rien d'effrayant là-dedans, c'est seulement un pas de plus vers la sagesse.

25 janvier 2017

Helvétique

La Suisse est une contrée confortable, tout y est parfaitement aligné et entre les doubles fenêtres, des fleurs paraissent avoir été mises là pour la joie du passant.

23 janvier 2017

Indécent

« Il est impossible d’ouvrir la bouche sans provoquer les plus incurables confusions… Tout ce que l’on exprime est indécent. Le simple fait d’exprimer quelque chose est indécent. » (Hugo von Hofmannsthal, L’Homme difficile).

18 janvier 2017

Continental

L'Europe – ce moignon asiatique noyé dans l’Atlantique - n'est pas une donnée géographique, mais un produit de l'Histoire (avec sa grande hache).

16 janvier 2017

Expectant

Je suis simplement terrorisé à l’idée de réussir quelque chose. C’est certainement pourquoi je préfère la passivité à toute initiative.

15 janvier 2017

Alourdi

Quant aux « sentiments », je ne ressens pour ainsi dire plus rien. Mon cœur n’est plus cet organe chaud et prêt à la palpitation qu’il fut pendant des lustres, non ce n’est plus qu’une pierre, une lourde pierre qu’il me faut sans cesse porter. Voilà peut-être pourquoi je ne parviens plus à m’élever : j’ai une ancre nichée à l’intérieur du thorax.

8 janvier 2017

Digressif

Je déplie des développements parasites, bref je radote.

2 janvier 2017

Dissymétrique

Je vis avec ma fatigue comme d’autres vivent avec leur femme (leur homme, leur bonsaï). Nous formons un couple assez dissymétrique. Je suis bancal, ma fatigue est bien rectiligne, c’est un problème.

30 décembre 2016

Inspiré

Le 9 mai 1898, Jules Renard dresse sa tête comme les oiseaux le font au bord de leurs nids puis il dit d'une voix douce et gaie : « L'inspiration, ce n'est peut-être que la joie d'écrire : elle ne la précède pas. »

20 décembre 2016

Linguale

J'ai « roulé » ma première pelle pas loin de La Baule, à Pornichet. C'était en 1977, j'avais onze ans. Elvis Presley est mort le lendemain.

19 décembre 2016

Érectile

Nous sommes à Milan le 10 septembre 1811, l'ami Beyle se rend jusque chez un « traiteur » qui lui fait part d'une méthode secrète lui permettant de « bander » plus que de raison. La méthode qui est aussi une recette est très simple, il suffit d'avoir une tarentule à portée de main, de l'occire puis de la réduire en charbon et de la mélanger avec de l'huile d'olive. Le « patient » frotte ensuite la pâte résultant du mélange au pouce de son pied droit et le tour est joué, voilà une belle érection qui commence à poindre.

18 décembre 2016

Naufragé

« Sur un vaisseau qui fait naufrage, la panique vient de ce que tous les gens, et surtout les marins, ne parlent obstinément que la langue des navigations ; et nul ne parle la langue des naufrages.» (Armel Guerne)

16 décembre 2016

Arachnéen

La température extérieure étant ce qu'elle est une famille d’araignées a trouvé refuge dans la tiédeur douillette de mon petit intérieur. La plus grosse de ces bestioles, certainement la mère de famille, ayant la taille d'une mygale frileuse je ne sais pas s'il faut que je m’inquiète. En attendant, elle est rigolote et me tient bien compagnie.

15 décembre 2016

Pathologique

Cioran n'aimait pas Victor Hugo, que voulez-vous cette œuvre replète, cette vie trop remplie, rien de vraiment intéressant. Quant aux écrivains en règle générale : « L'idée de rencontrer des écrivains me rend positivement malade. Retrouver ses propres défauts en pire est intolérable. Et puis on ne peut supporter de plus vaniteux que soi. »

14 décembre 2016

Bio

Je bois une infusion à base d'aloe vera dans l'un de mes mug Keith Haring, dehors il fait déjà nuit, les temps sont bien mornes.