Je suis décevant

15 mai 2013

Glissant

La pente est glissante, mais le chemin bucolique.

6 mai 2013

Social démocrate

Le tutoiement est presque obligatoire en Suède. Il a même fait l’objet d’une « réforme » dans les années 60 et depuis cette époque formidablement dépeignée tous les Suédois tutoient leurs plombiers, les policiers dans la rue, leurs patrons, les jolies filles avec des jupes à carreaux qui attendent le bus pour Malmö, et même le premier ministre. Tous les Suédois sont donc égaux et seul le Roi conserve le privilège d’être vouvoyé. Vous conviendrez que tout cela relève de la barbarie pure et simple.

2 mai 2013

Existentiel

Évidemment, je sais que je ne suis rien, mais que ce rien est tout puisque j'existe.

30 avril 2013

Prêcheur

Que Dieu nous préserve des voisins bricoleurs. Que Dieu nous préserve du gel dans les cheveux, des chaussures à bouts carrées et de la vox populi. Que Dieu nous préserve des crétins convaincants. Que Dieu nous préserve des charmeurs de serpents sur la place Jemaa-el-Fna à Marrakech. Que Dieu nous préserve des films de Michael Haneke. Que Dieu nous préserve des païens à flambeaux.

27 avril 2013

Ennuyé

Pour qui veut atteindre les hautes extases, un solide ennui est bien utile.

25 avril 2013

Bricoleur

Le soleil enfin là je me réjouissais déjà devant la perspective de pouvoir lire en position semi-alanguie dans mon semi-jardin au presque grand air. Mal m’en pris puisqu’au bout de trois pages surhumaines du père Nietzsche j’ai dû constater bien malgré moi que mon voisin de gauche, profitant du « beau temps » avait décidé de réparer son toit. Quant à mon voisin de droite (un bourgeois bohème roulant en véhicule 4x4), il avait, lui, décidé de reprendre la construction de sa piscine idéale entreprise il y a pas moins de trois ans. À ma gauche (le toit), j’ai donc dû subir les assauts sonores et répétés d’une scieuse, d’un pistolet à clou et d’autres instruments indéfinissables tandis qu’à ma droite (la future piscine idéale) s’élevaient les vrombissements d’une pelleteuse tout autant dinosauresque qu’enrobée de vapeurs nauséabondes. Vous conviendrez qu’avec tous ces désagréments entremêlés il m’était quasiment impossible de me concentrer sur une lecture qui requiert un minimum de concentration (la lecture de ce bon vieux Nietzsche demande un minimum de concentration). Si l’on ajoute qu’outre le bruit et l’odeur, mon voisin de gauche (le toit) a laissé choir sans vergogne divers objets, copeaux, clous et tuiles, à même mon semi-jardin sans même vérifier s’il était occupé par le moindre quidam (je dois être transparent) il y a de quoi rester dubitatif devant la relative neutralité frontalière de nos voisins « bricoleurs ». Un peu las, un peu triste, resigné, je suis rentré dans mes intérieurs pour poursuivre, à l’abris, une lecture qui méritait d’être poursuivie, mais l’envie n’était plus là et j’ai assez vite oublié mon livre pour me complaire dans une sourde neurasthénie. Il faisait si beau dehors.

22 avril 2013

Masochiste

Notre désir de souffrance est tel que nous nous créons des monstres à combattre.

21 avril 2013

Dominical

« J’ai beaucoup aimé les dimanches. Si, à présent je les aime moins c’est peut-être parce que j’en ai trop vu ou bien que, d’une manière générale, je ne sache plus rien aimer autant qu’auparavant. » (Henri Calet, Poussières de la route)

15 avril 2013

Sibyllin

Celui qui voit la vraie lumière ne tient jamais à lui-même.
 
Ainsi, le chien reste-t-il entre deux daims.

12 avril 2013

Humain

« Pauvre vie. Pauvres vies. Calet ne parla jamais que des humbles, comme Dabit, comme Guilloux, comme Bernanos. Il aura aimé ceux qui passent, et qui vont mourir, et qui le savent, et font semblant de ne pas le savoir, et enfilent des chandails, des culottes, se lavent les dents, chient, vont au boulot, reviennent, baisent, se couchent, par n'importe quel temps, chient, rebaisent, dorment, ne dorment pas, et à la fin se mettent à pleurer silencieusement, car enfin, enfants, ils rêvaient tout de même d'une autre vie, car enfin, oui, cela il faut bien le dire, rêvaient d'une autre vie. Calet l'a dit. Saloperie d'existence. Car ce n'est pas ainsi qu'il aurait fallu vivre. Malgré tout, comme le séjour fut beau. On s'en souvient encore. A Suresnes, nous avions parfois mangé des moules et des frites et bu du vin rosé. En bras de chemise, sous les tonnelles. Comme les années furent belles. Et tous ces corps désespérants de femmes que l'on a serrés contre soi. C'est ma jeunesse et je n'en ai pas d'autre. On a eu que cette pauvre vie là. C'est mieux que rien. Quand on est le fils de Madame Caca, on ne peut pas être très exigeant. (…) Il savait où il allait, oui, Henri Calet. Longtemps communiste, il avait fini par s'habituer à vivre sans espoir. Rien que la mort. » (JP Martinet)

11 avril 2013

Félin

Un tigre lucide et normalement constitué ne s’attaquerait jamais à une bestiole aussi peu intéressante que l’homme. Il y a certes ce tigre du Bengale qui dévora plus de quatre cent personnes, mais il le fit après s’être abimé la mâchoire et les pattes antérieures en tentant d’avaler un porc-épic.

9 avril 2013

Gastronome

Le vautour commence toujours son festin en dévorant l’anus de sa proie, c’est la partie la plus tendre.

27 mars 2013

Pluvieux

« Il y a, pendant la pluie, une certaine obscurité qui allonge tous les objets. Elle cause, d’ailleurs, par la disposition où elle oblige notre corps à se placer, une sorte de recueillement qui rend l’âme plus sensible. Le bruit qu’elle produit, en occupant continuellement l’oreille, éveille l’attention et la tient en haleine. L’espèce de teinte brune qu’elle donne aux murailles, aux arbres, aux rochers, ajoute encore à l’impression causée par ces objets. Enfin, la solitude et le silence qu’elle étale autour du voyageur, en obligeant les animaux et les hommes à se taire et à se tenir à l’abri, achèvent de rendre pour lui les sensations plus distinctes. Enveloppé dans son manteau, la tête recouverte, et cheminant dans des sentiers déserts, il est frappé de tout, et tout est agrandi devant son imagination ou ses yeux. Les ruisseaux sont enflés, les herbes plus épaisses, les minéraux plus apparents ; le ciel est plus près de la terre, et tous les objets, renfermés dans un horizon plus étroit, semblent avoir plus de place et plus d’importance. » (Joseph Joubert, Pensées).

24 mars 2013

Philosophe

La philosophie demande un investissement qui excède de beaucoup la simple raison. On philosophe tout autant avec sa chair, ses os, son corps tout entier qu’avec son intellect. Quant à l’âme, elle joue un rôle que je ne suis pas le seul à voir.

23 mars 2013

Charmant

Les cuisiniers volubiles trouveront beaucoup de distraction à vouloir faire rôtir un singe. Le poil grésille, la peau éclate, les yeux fondent. Tout cela est charmant.

22 mars 2013

Voilé

Tout ce qui brille trop brille d’un éclat glacé alors que le reflet profond, un peu voilé des pierres naturelles enchante l’âme.

18 mars 2013

Libéré

Le Giono tardif est libéré des orages philosophiques qui embrumaient son style. Il ne lance plus de grandes invocations aux arbres, il les regarde simplement pousser au flanc des montagnes. Leurs feuilles reconnaissantes laissent passer pour lui les ombres et le soleil. Le panthéisme rôde.

17 mars 2013

Accidentel

Pour qu'un accident existe, il faut que la substance qui le porte naisse et comme toute substance n'existe que par accident nous voilà bien avancés.

14 mars 2013

Maléfique

Ce n’est pas l’erreur qu’il faut craindre, c’est le mal. Reste à distinguer le mal de l’erreur.

12 mars 2013

Accidenté

Je me suis coupé le majeur droit sur toute la longueur, c’est un problème, car en dehors de mon majeur gauche ce doigt-là est le plus long de mes doigts. Bien à vous.

9 mars 2013

Coréen

Les Nord-Coréens sont formidables ils portent tous des tuniques en vinalon, sont coiffés à l’identique et dénoncent leurs voisins comme s’ils se dénonçaient eux-mêmes.

8 mars 2013

Crétin

Il n’y a pas pire que les crétins convaincants. Ils osent tout et nous les admirons subjugués avec la paume de la main sous le menton.

4 mars 2013

Vide

Pour Aristote il n’y a pas de vide, le monde est un espace clos et puis c’est tout. Pour Descartes il n’y pas de vide non plus, l’espace n’est qu’une étendue et puis de toutes les façons il n'est pas possible que le rien ait la moindre velléité d’extension. Pour les taoïstes le vide est essentiel, sans lui il n’y a pas d’esprit, pas d’intelligence ; sans vide il n’y a pas de plein ! Bon les taoïstes ne sont pas les derniers à vouloir sautiller autour des paradoxes, mais sur ce coup-là il est bien possible qu’ils aient raison.

3 mars 2013

Pessimiste

C’est le pessimiste qui fait avancer le monde. Il a beau afficher en permanence un petit air renfrogné, c’est lui qui reste le plus inventif à rendre la vie belle et profonde, car il entretient « la continuité des détresses véritables ».

1 mars 2013

Renonçant

Celui qui renonce sacrifie tout à son désir de hauteur. Il jette les choses qui alourdissent son vol et le voilà bientôt dans une radieuse exosphère, dans un monde supérieur et comme libéré de toute pesanteur.

25 février 2013

Malade

« Et peut-être la maladie elle-même est la condition essentielle de ce que nous appelons le progrès, peut-être le progrès lui-même est-il une maladie. » (Miguel de Unamuno, Le sentiment tragique de la vie).

22 février 2013

Nonchalant

La vie ? Une éternelle succession de buts à atteindre. Heureux les esprits lymphatiques qui se contentent des plus infimes.

21 février 2013

Bouclé

Ce ne sont pas nos pensées qui nous rendent pessimistes ou optimistes. C’est par contre notre pessimisme ou notre optimisme qui nous permet de penser. Drôle de boucle.

20 février 2013

Tempéré

Joyce était parfois sobre. Il repoussait alors les carafes de vin que l’on voulait bien lui proposer puis il retournait son verre sur la table tout en prenant des airs offusqués. Oh ! il n’y avait pas grand monde pour être convaincu par la tempérance passagère du très grand écrivain, mais on faisait comme si en détournant la tête.

19 février 2013

Papophile

Le Vatican est supérieur à tout autre monarchie. Il n’est jamais encombré par la « chaine de la chair de la reproduction ». Il y a cette petite fumée et puis c’est tout.

18 février 2013

Intelligent

Celui qui comprend tout ne rit jamais vraiment et c’est pourquoi il parait si sinistre aux yeux d’un monde qui voudrait le voir plus jovial. Il faut donc se garder d’être trop intelligent.

16 février 2013

Humain

Il y a cette photo où Emile Zola est allongé sur l’herbe tout en tenant son chien Pinpin contre son cœur. C’est un autoportrait plein de bonté. Les hommes ne sont jamais autant humains que lorsqu’ils aiment les bêtes.

12 février 2013

Vorace

Outre sa presque cécité, il faut savoir que la taupe est un animal tout autant féroce que vorace. Il suffit de l’enfermer dans un grand bocal avec un crapaud et une vipère pour s’en convaincre. Généralement la plus avenante (la taupe est avenante) des trois colocataires tue les deux autres, puis elles les dévore entièrement. Il faut donc en déduire que derrière le petit talpidé amblyope se cache un modique tigre du Bengale, cruel et sans pitié.

11 février 2013

Hermaphrodite

Pour Plutarque, Philostrate et quelques rabbins très anciens, le lièvre était mâle et femelle à la fois. Que voulez-vous, cette façon de sautiller les oreilles au vent, cette lubricité amorale, cette « effémination » dégénérée, avait tout pour rendre cette bestiole suspecte des pires inversions qui soient ! Pline, qui était très informé, voyait lui aussi de dangereux léporidés bisexués sautiller un peu partout. Il voyait aussi des équidés trottiner d’une façon un peu trop chaloupée. Tenez même le char de Néron était tiré par quatre grandes juments hermaphrodites, c’est vous dire ! Pour Platon le premier homme lui-même était autogame, une petite cohorte d’érudits soutiendra cette intuition en affirmant qu’Adam offrait toutes les caractéristiques d'un suppositum indivis contenant à la fois le masculin et le féminin. Évidemment, tout cela était un peu inexact. Il faut parfois savoir se méfier des « anciens ».
 
P.-S. Le lièvre n’est pas plus hermaphrodite que le perroquet il est seulement doté d’une cavité périnéale bien située (le poisson-perroquet est par contre réellement hermaphrodite… et très coloré).

10 février 2013

Orchestral

J’ai la très désagréable impression que l’un de mes indéfinis voisins vient de monter un orchestre. En effet depuis bientôt une semaine mes murs laissent assez fréquemment passer les roulements d’une batterie hasardeuse et les vrombissements d’une guitare basse tâtonnante. Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si les aubades produites par ledit orchestre ne taquinaient pas une bien incertaine contrée musicale située entre la sororité discordante des sœurs Shaggs et une sorte de Krautrock hagard et lancinant. Imaginez l’inconfort de ma situation, imaginez ma grande peine ! En représailles, je pense que je vais « écouter » Metal Music Machine très fort tout en ouvrant mes fenêtres.

9 février 2013

Éthylique

Malgré les incessantes admonestations hygiénistes qui le titillent de toute part l’ivrogne est le seul être vraiment libre en ce bas monde.

4 février 2013

Déçu

L’avantage de préférer les morts aux vivants c’est que nous sommes rarement déçus par les morts que nous aimons.

3 février 2013

Naturaliste

Le crapaud pisse et bave son venin. La grenouille survit même lorsque l’on prend l’idée de lui ôter cœur et poumons. Concernant ces deux autres bestioles un peu démodées que sont la salamandre et l’amphisbène il ne faut pas trop croire les anciens, la première n’est pas plus ignifugée que ça et la seconde n’a pas plus de têtes que vous où moi. (J’ose espérer que vous n’avez qu’une tête.)

26 janvier 2013

Vide

La vacuité à se sentir vivre atteint l’épaisseur de quelque chose de positif ; cette certitude que la vie, qui n’est rien, conduit paradoxalement vers le tout de l’infini.

19 janvier 2013

Ombrageux

L’ombre est préférable à la lumière ; l’ombre invente, la lumière n’invente rien.

Oui certainement, mais sans lumière y aurait-il de l'ombre ? La lumière n'« invente » telle pas l'ombre ? Tout est compliqué.

18 janvier 2013

Cucurbitant

« De M. Degas. Des femmes emplissent de leur accroupissement cucurbitant la coque des tubs : l’une, le menton à la poitrine, se râpe la nuque ; l’autre en une torsion qui la fait virante, le bras collé au dos, d’une éponge qui mousse se travaille les régions coccygiennes. Une anguleuse échine se tend ; des avant-bras, dégageant des seins en virgouleuses, plongent verticalement entre des jambes pour mouiller une débarbouilloire dans l’eau d’un tub où des pieds trempent. S’abattent une chevelure sur des épaules, un buste sur des hanches, un ventre sur des cuisses, des membres sur leurs jointures, et cette maritorne, vue du plafond, debout sur son lit, mains plaquées aux fesses, semble une série de cylindres, renflés un peu, qui s’emboîtent. De front, agenouillée, les cuisses disjointes, la tête inclinée sur la flaccidité du torse, une fille s’essuie. Et c’est dans d’obscures chambres d’hôtel meublé, dans d’étroits réduits que ces corps aux riches patines, ces corps talés par les noces, les couches ou les maladies se décortiquent ou s’étirent » (Félix Fénéon, Les Impressionnistes en 1886).

13 janvier 2013

Mortel

« La mort ? Une sorte d’obscurité soyeuse et fraiche. Bien sûr, j’admets que je pourrais me tromper. Peut-être que je renaitrai en coolie chinois. Dans ce cas, je protesterai. » (Winston Churchill, Le monde selon Churchill)

12 janvier 2013

Schizophrène

Écoutant Gould interpréter Haydn j’entends aussi des voix. Je dois être un peu schizophrène.

5 janvier 2013

Chamanique

Saviez-vous que Churchill avait tout prévu ? La Première Guerre mondiale avec ses « merveilles » technologiques ! La montée d’Hitler et la pusillanimité couarde des munichois en goguette ! La Seconde Guerre mondiale et son issue fatale pour de bien mornes païens à flambeaux ! La guerre froide et la dissuasion nucléaire ! La réinvention de l’« Europe » et la chute du communisme ! Churchill avait tellement raison avant l’heure légale que devant toutes ses prédictions confirmées, on se prend à le regarder rétrospectivement de biais en se demandant si sous le replet insulaire il n’y avait pas un mince chaman holistique qui sommeillait.

3 janvier 2013

Anticonformiste

L’anticonformiste plante souvent le même clou tout en sifflotant la même rengaine. Par habitude il en fait tomber son anti, par aveuglement il ne s’en rend même pas compte ; c’est un problème.

2 janvier 2013

Festif

« C'était l'explosion du nouvel an : chaos de boue et de neige, traversé de mille carrosses, étincelant de joujoux et de bonbons, grouillant de cupidités et de désespoirs, délire officiel d'une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort. » (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris)

29 décembre 2012

Stendhalien

Le Sartre posé sur son tonneau et haranguant l’ouvrier de Billancourt était un brin fatiguant. Le Sartre des Mots l’était moins. Le Sartre vaguement stendhalien ne l’était pas du tout : « Un homme heureux est aujourd’hui si solitaire qu’il faut bien expliquer son sentiment : il parle de couleurs aux aveugles ».

21 décembre 2012

Apocalyptique

Finalement ce monde d’abusion* est toujours là. On le trouvera durable comme une replète masse nonsensique persistante. On aura bien raison de le trouver ainsi. On s’ennuiera aussi.

 * « Ce monde n'est qu'abusion » (Villon).

15 décembre 2012

Gouteux

Pour Warhol le mauvais goût fait passer le temps plus vite. Pour Stendhal il conduit au crime. Wilde, qui lui est bien plus malin, se contente d’avoir bon goût.

14 décembre 2012

Jésuite

Baltasar Gracián qui n’était pas le dernier des jésuites venu pensait qu’il fallait « jouir lentement et agir vite ». Cependant, le quidam ordinaire du XXIe siècle, ce quidam qui n’est rien du tout et qui est encore moins jésuite, pourrait lui rétorquer qu’une belle et lourde lenteur n’a jamais empêché une belle et lourde jouissance.
 Il y a certainement une pléiade d’écrivains qui font avec la célérité, la concision  ; des écrivains qui jouissent longtemps et qui agissent vite (Saint-Simon, Vivant Denon…) Il y en d’autres qui font avec la durée, l’atermoiement, une authentique lourdeur, leur jouissance n’en garde pas moins la capacité d’être aussi longue que leurs phrases (John Cowper Powys, Paul Claudel…)

7 décembre 2012

Nocturne

Nous voici verticaux sous l'étoile

Craignez de réveiller la furtive endormie.

« A peine entrons-nous dans le sommeil que l'espace s'amortit et s'endort — s'endort un peu en avance sur nous-mêmes, perdant ses fibres et ses liens, perdant ses forces de structure, ses cohérences géométriques. L'espace où nous allons vivre nos heures nocturnes n'a plus de lointain. Il est la toute proche synthèse des choses et de nous-mêmes. Rêvons-nous d'un objet, nous entrons dans cet objet comme en une coquille. Notre espace onirique a toujours un coefficient central. Parfois, dans nos rêves de vol, nous croyons aller bien haut, mais nous ne sommes alors qu'un peu de madère volante. Et les cieux que nous escaladons sont des deux tout intimes — des désirs, des espoirs, des orgueils. Nous sommes trop étonnés de l'extraordinaire voyage pour en faire une occasion de spectacle. Nous restons le centre même de notre expérience onirique. Si un astre brille, c'est le dormeur qui s'étoile : un petit éclat sur la rétine endormie dessine une constellation éphémère, évoque le souvenir confus d'une nuit étoilée. » (Gaston Bachelard, L'espace onirique)

« Et le cours des astres, entre minuit et l'aube, ne me semble plus charrier que des cris éphémères et fragiles ; et quand ces cris parviennent à leur point le plus frêle, alors sur la pointe la plus tremblante du monde d'à présent, je dors un instant ; je prends pour oreiller ce qu'il y a de plus flottant au monde et ma vie, avant que viennent les rêves, tangue de songes. » (Armand Robin, Fragments)

1 décembre 2012

Hivernal

« L’homme, en décembre, saute sur place et se frappe les mains avec violence : c’est pour mieux faire circuler le sang. La cigogne reste en Égypte. L’escargot se bouche. La vipère, ankylosée par le froid, ne mord plus, mais le tigre reste dangereux. On le piègera dans la jungle en ayant soin de faire le moins de bruit possible pour ne pas l’effrayer trop tôt. » (Alexandre Vialatte, L’almanach des quatre saisons).

30 novembre 2012

Lumineux

Celan au bord du silence, vaincu, renonçant, s’effaçant dans les eaux de la Seine où il trouve une mort qu’il avait cherché : « Je fais de la lumière derrière moi ».

23 novembre 2012

Mallarméen

Chez Mallarmé la syntaxe est une structure spirituelle où les mots tombent naturellement les uns sur les autres. Le lecteur est dubitatif ; il trouve tout cela bien mystérieux ; c’est pourtant si simple :

« Attribuons à des songes, avant la lecture, dans un parterre, l’attention que sollicite quelque papillon blanc, celui-ci à la fois partout, nulle part, il s’évanouit ; pas sans qu’un rien d’aigu et d’ingénu, où je réduisis le sujet, tout à l’heure ait passé et repassé, avec insistance, devant l’étonnement. »

16 novembre 2012

Balnéaire

Les Grecs se baignaient, les Romains se baignaient aussi. Ils nageaient des îles Lipari à Syracuse, se trempaient à Ostie, dans le Golfe de Naples avec Capri dans le fond. Après l’antiquité — il y a beaucoup de choses après l’antiquité —, il faudra attendre un certain temps avant que la baignade revienne au goût du jour. La toute fin du XVIIIe siècle verra, outre quelques têtes malencontreusement coupées, une mince cohorte se risquer à remettre un orteil dans l’eau. La trempette « renaîtra » petit à petit et presque insidieusement tout au long du XIXe siècle. On barbotera, mais toujours en habits et à l’abri des regards. Les bains de mer de l’impératrice Eugénie se faisaient, par exemple, dans des baignoires que l’on avait au préalable remplies d’une eau forcement tiède. Il faudra attendre 1900 pour voir le baigneur déshabillé, en vêtements de dessous, et 1925 pour voir la première nageuse nue, une « nudité intrépide ».

13 novembre 2012

Marsupial

« Comme le cosmos est petit (une poche de kangourou le contiendrait), comme il est dérisoire et piteux comparé à la conscience humaine, à un seul souvenir d'un individu et à son expression par des mots ! » (Vladimir Nabokov, Autres Rivages).

11 novembre 2012

Reptilien

Les gestes belliqueux formés par la partie reptilienne de notre cerveau sont aussi des gestes artistiques ; des gestes artistiques terribles, mais des gestes artistiques tout de même.

9 novembre 2012

Shakespearien

How goes the world ? It wears, sir, how it grows.

1 novembre 2012

Pelmazoïdaire

Les feuilles de Tallipot sont si grandes qu’elles peuvent servir de tente au pèlerin, d’ombrelle ou de grand parapluie au prêtre, de baldaquin au roi et de manuscrit à l’écrivain prolixe. Ce n’est pas rien et il faut que vous le sachiez.

29 octobre 2012

Compendieux

Lorsque la fatigue est là, il nous faut être économes de nos mots comme nous devons être économes de nos mouvements. Lassitude et concision font alors bon ménage. Nous avançons compendieusement, notre lenteur n’est qu’une autre vitesse, la nudité ascétique de nos petites phrases n'offre qu'une autre façon de sautiller sur le monde. Tout est pour le mieux.

27 octobre 2012

Madréporique

Cette semaine fut essentiellement saumâtre et saupoudrée de désagréables éclats madréporiques.Sachez-le.

23 octobre 2012

Confraternel

Les héritiers : Roussel, Larbaud. Les employés de bureau : Kafka, Pessoa. Les médecins : Céline, Chauviré. Les diplomates : Claudel, Giraudoux. Les ouvriers : Navel, Poulaille. Le domestique : Walser. Le « manœuvre de chantier » : Thierry Metz.

20 octobre 2012

Fruitier

Avant toute chose, rechercher la simplicité. Faire en sorte que les mots tombent naturellement comme s’ils étaient de beaux fruits mûrs. Ensuite…

16 octobre 2012

Routinier

Levé 6 h 10. Marché 2,5 km. Un chat mort sur la route. Labeur. Sieste. Grand calme. Lu une nouvelle de Saki (adorable et indigne) puis quelques pensées de Joseph Joubert. « Penser ce que l’on ne sent pas, c’est mentir à soi-même. Tout ce qu’on pense il faut le penser avec son être entier, âme et corps ». Bu un thé indien périmé dans un nouveau mug bleu Klein. Rien de plus.

13 octobre 2012

Titubant

Tout titube, tinte et titille. Tout glisse et s’émiette.

11 octobre 2012

Gonalgique

La gonalgie qui m'agace le genou gauche me donne des airs de diable boiteux. Ce n'est pas rien.

8 octobre 2012

Plagiste

« La plage d’Arcachon est trop tiède, trop lointaine, trop élégante, trop casquette de yachting » (Paul Morand, Bains de Mer)

2 octobre 2012

Chinois

« Et quand il eut dépassé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre » (Murnau, Nosferatu)

« Une légende chinoise raconte qu'un ministre des empereurs Han, s'étant égaré un jour dans les montagnes au milieu d'un épais brouillard, se trouva tout à coup en présence d'une stèle ruinée sur laquelle il parvint avec peine à déchiffrer cette inscription : Limite-des-deux-mondes. » (Paul Claudel, Art Poétique)

1 octobre 2012

Dandy

Lord Byron n’était pas le dernier des croquignolets. À Venise il avait pris l'habitude de se jeter tout habillé dans le Grand Canal. On pouvait le voir nager la tête bien haute son cigare toujours à la bouche et tenant dans sa belle main gauche une lanterne allumée qui lui permettait d’éviter les gondoliers trop nombreux.

29 septembre 2012

Hygiéniste

Les corps de notre époque sont sans aspérités et sans pudeur. Ce sont des corps de nourrissons adultes.

27 septembre 2012

Italien

Dal mezzo dell’estate vediamo l’inverno.

23 septembre 2012

Rien

Rien, un rien enrichi, un rien absolu, un rien qui s’appuie sur tous les bords disponibles du vide.

21 septembre 2012

Insatisfait

Appliqué à reconstituer l’image éphémère de moi-même, je suis l’insatisfait, le défunt, l’océan.

17 septembre 2012

Reposé

L’intelligence nous fatigue. La bêtise nous repose.

16 septembre 2012

Las

J'ai regardé le plafond. Il ne bougeait pas, je ne bougeais pas non plus. Nous étions tous deux hypnotisés par notre lassitude commune.

14 septembre 2012

Sans prétention

Si Chateaubriand ne fit pas paraitre ses mémoires de son vivant, ce n’est certainement pas par crainte de ses très faibles contemporains, non c’est surtout parce qu’il écrivait comme absent de lui-même, assis dans son cercueil avec pour uniques compagnons le flot des souvenirs et la prescience d'une immense postérité.

12 septembre 2012

Talmudique

Le Talmud nous apprend qu’un homme ayant eu une émission séminale est tenu de s’immerger dans un bain rituel avant d’être autorisé à lire les textes sacrés. Il lui faut alors réciter mentalement le Chema' les pieds dans l’eau et sans les bénédictions habituelles. Tout cela est assez compliqué, l’abstinence est bien plus simple.

10 septembre 2012

Royal

Louis XIV aimait beaucoup la guerre. Il assistait aux batailles depuis son carrosse avec une ou deux maitresses assises sur ses genoux. Rentré à Versailles il s’y ennuyait très vite. Il partait alors à la chasse et tuait bravement des perdrix par milliers.

9 septembre 2012

Félin

Certains philistins recensent la cervelle de chat comme substance létale. Elle est pourtant sans aucun danger, il suffit de la consommer avec modération et avec un bon tokay hongrois elle passe très bien.

4 septembre 2012

Lymphatique

« Si l’apathie est, comme on le dit, de l’égoïsme en repos, l’activité, qu’on vante tant, pourrait bien être de l’égoïsme en mouvement. Ce serait donc l’égoïsme en action qui se plaindrait de l’égoïsme en repos. »

(Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes)


2 septembre 2012

Circulaire

Je préfère rester au croisement de plusieurs cercles qu’au centre d’un seul.

31 août 2012

Douloureux

J’emploie au quotidien l’étoffe qui m’a été donnée par la douleur.

30 août 2012

Reposé

La sieste n’est qu’une pause consciente que l’on voudrait voir durer, le vrai sommeil n’est qu’un prélude inconscient à la mort.

21 août 2012

Chaud

38°. En ces temps caniculaires il vous faudra savoir rechercher l’immobilité la plus aboulique qui soit, une fois cette immobilité trouvée vous attendrez que le temps passe. Pour vous occuperez l’esprit vous regarderez fixement le plafond tout en espérant qu’une vénielle masse d’air frais ose vous câliner la nuque. Vous n’aurez rien d’autre à faire que de rester stoïque telle une statue molle qui songe. La fraicheur tombera bien un jour, la fraicheur tombe toujours.

13 août 2012

Alifère

« je reprends ma joie et mes ailes, et je vole à d’autres clartés ».

(Joseph Joubert, Pensées)

11 août 2012

Ballotant

Permettez-moi de rester cette chose indicible qui ballote en creux.

1 août 2012

Olympique

Depuis que le tir à l'arc est apparu sur terre, trois espèces d’ennemis l’ont constamment attaqué : les gens pressés, les philistins et les vendeurs de casquettes frivoles qui détruisent tout en riant. Je pense que ces sinistres sirs ne pourront jamais rien contre une activité aussi calme, aussi reposante, une activité où l'on se permet de rester rondouillard tout en gardant en permanence un air doux et sympathique. Le tir à l'arc est immuable, l’archer sous son bob beige n’est qu’un Cupidon moins compliqué, l’amour le courbe et son arc ne revient pas à son point de départ en vain.

31 juillet 2012

Ombrageux

Le problème des hauteurs c’est que l’on n’y rencontre guère d’ombre.

30 juillet 2012

Balte

Le Balte croit volontiers aux forces surnaturelles. Ainsi, certains comportements sont à bannir en sa présence : siffloter dans une maison éloigne la prospérité, serrer la main d’un autre Balte dans l’embrasure d’une porte est un signe d’hostilité (il faut le faire à l’intérieur de la maison ou, faute de mieux, sur le palier), allumer une cigarette à la flamme d’une bougie attire les mauvais esprits et chanter dans un sauna n’apporte que du malheur.

13 juillet 2012

Assis

Selon la tradition en vigueur dans l’île de Chypre, il faut cinq chaises pour bien s’assoir : une chaise pour le postérieur et une chaise pour chaque membre. Dans cette position le Cypriote peut sans problème boire de l’ouzo tout en mangeant du poulpe séché ; il peut aussi dire du mal des Anglais et des Turcs en toute quiétude.

10 juillet 2012

Serbo-croate

On parle le chtokavien en Slavonie et en Dalmatie intérieure. On parle le tchakavien dans le Kavner en Istrie et en Dalmatie insulaire (36 % des Istriens parlent l'italien). On parle le kaïkavien autour de Zagreb. Les Croates d'Autriche parlent le croate du Burgenland, c'est une langue qui ressemble un peu au tchakavien. À Dubrovnik on parle en allemand...

1 juillet 2012

Papiste

Les papes n’auront pas toujours eu ce côté tranquille et rangé des papamobiles que l’on retrouve chez Benoît XVI. Ainsi, Paul II se plaisait à faire courir devant lui une petite armée composée de chevaux, d’ânes, de bœufs, d’enfants, de vieillards et même de juifs que l’on avait au préalable empiffrés afin de les rendre plus lourds. Tout cela était d’une drôlerie à s’en tenir les côtes. En dehors de la rigolade Paul II affectionnait aussi beaucoup les jeunes pages (amour fatal, puisque c'est en « compagnie » de l’un d’eux qu'il mourut d’une crise cardiaque).
Léon X, quand il ne chassait pas le cerf et le sanglier, entretenait un moine capable « d’avaler un pigeon d’une bouchée et d’engloutir quarante œufs de suite ». Il faisait également servir à sa table des mets pour le moins étonnants : « des singes, des corbeaux ou d’autres animaux, dont la chair coriace, insipide, ou de mauvais goût, trompait toute friandise et tout appétit ». Les convives étaient généralement surpris et les bouffons pouvaient sautiller tout en faisant tinter leurs grelots.

25 juin 2012

Hatemien

Hatem Ben Arfa et Nietzsche inévitablement ça coule de source. Mais aussi Kant oui singulièrement Kant : La beauté n’est pas dans la chose en elle-même, mais dans son interprétation. Un drible n’est pas beau en lui-même, il est beau quand il parvient à faire se lever une assistance transportée. Nietzsche, Kant et Freud : La beauté survient du moi passe par le monde et revient vers le surmoi. Hatem en est tellement sous conscient qu’il se gâche. Le voilà qui tourne dans un rond fatal où il lui faut être le soubassement de la beauté tout en étant oublieux du prétendu collectif et de son agrégat de surmoi(s) (l’équipe). Ainsi comme tous les petits artistes, Hatem n'est jamais avec les autres, il est aux lisières des autres, seul, en tête-à-tête avec la beauté (et le ballon) qui choit de lui. Les vrais grands artistes, eux, ces salauds parviennent à laisser choir la beauté tout en enveloppant l’univers dans leurs grandes pattes frémissantes. Là est le chemin pour Hatem.Trouver les autres, le monde et l'univers.Trouver un point de contact avec Nietzsche et Kant, oublier Freud et son antithétique Artaud, Hatem…

22 juin 2012

Bousculatoire

« On ne bercera jamais assez les enfants, du temps de leur prime jeunesse. Et même je serais d’avis qu’on usât, pour les calmer, les endormir, d’appareils profondément bousculatoires. Pour moi, qui fus élevé selon des méthodes rationnelles, je ne connus jamais, de par ordre de ma mère, que des lits fixes ; grâce à quoi je suis aujourd’hui particulièrement sujet au mal de mer. »

(André Gide, Voyage au Congo)

18 juin 2012

Dédoré

La Rome d'Hippolyte Taine n’est pas celle de Stendhal, elle est beaucoup plus sale ; une saleté de bric-à-brac, avec des toiles d’araignées, l’odeur du moisi et la vue de toutes ces choses autrefois précieuses maintenant laissées à l’abandon : « dédorées, mutilées, dépareillées ». Elle ressemble à l’atelier crasseux d’un vieux peintre mal peigné qui aurait fait faillite. Tout cela vous donnerait presque des idées funestes.

16 juin 2012

Bohémien

La bohémienne est bien jolie, elle est toute débraillée dans des volants verts, jaunes ou magenta, elle vous fixe de ses yeux brulants, sa démarche est ondulée, la souplesse fragile de ses poignets vous pince le cœur. La bohémienne à quelque chose d’indien, on pourrait la croire encore sur les berges de l’Indus.

10 juin 2012

Léger

Ensaché dans ma toute nouvelle légèreté, je m’élève vers la richesse des hauteurs.

Bachelard était plus souvent ensaché par sa propre légèreté que plombé par la gravité. Jules Renard était soulevé par ses petits ballons. Pour Novalis la pesanteur était une entrave qui empêchait la fuite vers le ciel. Nietzche flottait dans l’air comme un lourd-léger ; la profondeur était au-dessus de lui. Milosz tombait de bas en haut dans l’abîme divin. LF Céline trouvait les hommes bien lourds…

9 juin 2012

Athlétique

Malgré ses mines civilisées, la renaissance était une époque bien périlleuse, on s’y bâtait souvent et même les artistes les plus raffinés avaient pour eux les rudes manières de leur temps. Michel Ange se promenait toujours avec un petit poignard ; il savait donner coups de poing et coups d'épée, c’était un type fort et agile ; une brute athlétique remplie de formes et d’attitudes.

8 juin 2012

Abimé

Nous ne désirons pas comprendre ce qui nous attire vers l’abime, non ce que nous désirons c’est l’énigme, le non-organisé, le non-résolu de l’abime.

6 juin 2012

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