Je suis décevant

6 décembre 2019

Magnifique

Mon vélo dissimulé, 
Pneus crevés, dans un fossé, 
Je vais à pied sur la route 
De mon enfance, coupée 
Par des arbres abattus. 

 (Henri Thomas, Joueur surpris)

Unicellulaire

Vous allez rire ou pleurer, mais il faut que vous sachiez que mes journées ressemblent de plus en plus aux journées d'un poulpe ou d'une méduse. Pire en mieux, j'ai la tenace certitude que mes journées ressemblent aux journées d'une amibe. Bref, je suis plein d'un irrépressible entrain unicellulaire.

28 novembre 2019

Tarabiscoté

Arno Schmidt vivait dans une maison entourée de grillages et de barbelés dont il ne sortait pour ainsi dire jamais. Un drôle de croquignolet qui ne pouvait manger que seul avec lui-même et travaillait jour et nuit tout en multipliant les attaques cardiaques comme d’autres multiplient les petits pains. Résultat une prose tarabiscotée, des mots valises, des lexies inusitées, un Joyce en pire… Il suffit de lire trois pages de Scènes de la vie d’un faune pour s’en convaincre : ce type était ailleurs, mais où ?

14 novembre 2019

Fichu

« Aussitôt l’enfant né, on le lavera avec soin, puis après lui avoir donné le temps de se remettre de ses premières impressions, on le fustigera vigoureusement en lui répétant : “N’écris pas ! N’écris pas ! Ne sois pas écrivain !” Si, en dépit d’une pareille correction, le dit enfant manifeste une inclination pour la littérature, on essaiera alors la douceur. Et si la douceur ne donne pas non plus de résultat, abandonnez donc l’enfant à sa destinée et inscrivez “fichu”. Le prurit littéraire est incurable. » (Anton Tchekhov, Règles du jeu à l'usage des écrivains novices)

18 octobre 2019

Colérique

Le 7 août 1965, Emil Cioran est victime d'une crise de colère dans le hall de la gare d'Austerlitz. Une employée insolente est responsable de cet emportement que l'on imagine sans peine un peu trop voyant. L'ami Emil en sera malade toute la matinée. Dans l'après-midi, l'accalmie venant il remarquera « que la vie est intolérable dans un pays où tout le monde est aussi irascible que lui [moi] ». Dans les extraordinaires Pensées de Joubert parues 115 ans plus tôt, en 1850, on peut lire ceci : « Il y a dans la colère et la douleur, une détente qu'il faut savoir saisir et presser ».

24 septembre 2019

Généalogique

Mon grand-père paternel avait 21 ans lorsqu'en 1940 lors de la finalement si peu drôle de guerre il fut fait prisonnier et envoyé en Allemagne dans un Stalag saumâtre situé non loin de la frontière hollandaise (Stalag VI-B à Versen). C'est là qu'il contracta la tuberculose qui allait le tuer 25 ans plus tard, en 1965 un an avant ma naissance. Je n'ai donc pas connu ce grand-père et aujourd'hui je dois bien constater, non sans un grand pincement ontologique, que je suis bien plus vieux qu'il ne l'aura jamais été. Si je vous ennuie avec tout ça, c'est parce que j'ai depuis peu en ma possession une belle et unique photographie où ce grand-père apparaît en tenue militaire. Il tient un livre dans la main droite et sourit avec cet air doux et un peu narquois assez caractéristique de la famille. La ressemblance est frappante, mais quelque chose achoppe, le doute demeure, et si ce beau jeune homme n'était pas mon grand-père ? Selon le registre des prisonniers de guerre disponible sur le site Gallica, mon grand-père était Caporal or, le soldat photographié ne semble pas plus gradé que ça. Serais-je dans l'erreur ? Aurais-je affaire à un illustre inconnu, un lointain cousin ? La seule chose dont je suis certain, c'est qu'en regardant cette photographie, je regarde un spectre : « La Photoportrait est un champ clos de forces. Quatre imaginaires s’y croisent, s’y affrontent, s’y déforment. Devant l’objectif, je suis à la fois celui que je me crois, celui que je voudrais qu’on me croie, celui que le photographe me croit, et celui dont il se sert pour exhiber son art. Autrement dit, action bizarre : je ne cesse de m’imiter, et c’est pour cela que chaque fois que je me fais (que je me laisse) photographier, je suis immanquablement frôlé par une sensation d’inauthenticité, parfois d’imposture (comme peuvent en donner certains cauchemars). Imaginairement, la Photographie (celle dont j’ai l’intention) représente ce moment très subtil où, à vrai dire, je ne suis ni un sujet ni un objet, mais plutôt un sujet qui se sent devenir objet je vis alors une micro-expérience de la mort (de la parenthèse) je deviens vraiment spectre. » (Roland Barthes, La Chambre Claire).

9 septembre 2019

Atrabeyliste

Le mercredi 24 mars 1813, Stendhal est froid, absent de toute passion, spleenétique pour tout dire. Le samedi 27 mars 1813, sa froideur perdure. Le mercredi 31 mars 1813, il se rend chez Mme Durbeill qu'il trouve insignifiante de bêtise. Voilà une « faveur passée » comme une fleur (elle était belle en 1810).

8 septembre 2019

Poulotien

 « Vivre ne fait pas toujours grossir, ou maigrir. Moi, ce qui m'a donné un peu plus de poids, c'est la routine sexuelle. Question de glandes. Quand j'ai eu fait l'amour régulièrement – c'est assez lointain – je me suis aperçu que je grossissais. Non. Que je gonflais. Bien connu. Alors qu'avant, les rares gestes amoureux que je manifestais avec ces dames me faisaient plutôt:maigrir. Mai vrai, depuis que je suis, comme on dit, marié, j'ai pris un peu de ventre, des joues, de la poitrine. Mêmes les poils se sont multipliés. Ce sont des choses qu'on remarque, qu'on accepte. On s'aperçoit. Curieuse expression. Les gens qu'on rencontre ne sont pas les derniers à s'apercevoir. On vous préférerait maigre. Exsangue. Je crois tout de même que le fait de vivre empâte, gonfle. Pourrit. Quand j'ai bu un peu trop, je me sens gonflé, plein de liquide. On me dit que j'ai bonne mine. L'air de la mer. Parle toujours. J'ai trop bu, c'est tout. On a une idée très nette de sa santé. De sa poire. Je sais quand je vais bien. Quand je vais un peu plus vite vers la mort, qui s’éloigne. Il est amusant de constater que c'est quand on est lent – sans tête, sans vigueur – que la mort, somme toute, est le plus près. Les hommes parlent rarement des choses quotidiennes. Je me demande souvent pourquoi. Qui veulent-ils tromper ? Parler de sexe, c'est facile. C'est du luxe. Mais Freud n'aurait jamais existé si les hommes n'avaient sottement éprouvé le besoin d'inventer ce qui les dépasse, mais est leur peau même. Ce qui leur nuit. Ce qui est leur nuit. Auprès de laquelle celle qui me tombe sur le dos paresseuse. » (Georges Perros, Papiers Collés)

17 juillet 2019

Ragoutant

En Kirghizie pendant les festins on vous présente sur une assiette, la tête bouillie d'un mouton. Il faut manger la cervelle puis extraire l'un des deux yeux de la bestiole et l'avaler séance tenante. Le maître des lieux gobe l'autre œil. Avouons-le, tout cela n'est pas très végan.

15 juillet 2019

Sépulcral

Emil Cioran trouvait le Père-Lachaise si laid qu'un jour de juillet 1965 il émit le souhait que ce trop fameux cimetière soit rasé séance tenante et transformé en jardin public. Disons le tout net, sur ce coup-là notre fildefériste roumain préféré n'avait certainement pas tort d'avoir encore raison, le Père-Lachaise n'offre qu'un entassement de sépultures qui frise la foire, tout manque d'espace, pour les vivants et encore plus pour les morts. L'ami Emil, lui, sera enterré au cimetière du Montparnasse, un cimetière plus aéré où les morts respirent presque autant que les vivants… Sa tombe est bien tenue et quasi chantante, il y a un petit drapeau roumain et quelques fleurs posées dessus. Plus loin, la tombe de Beckett est plus austère, elle est décorée par trois cailloux, et rien d'autre…

8 juillet 2019

Saharien

Feuilletant les cahiers de l'ami Cioran je constate que ce dernier n'était pas un très grand sectateur des naines jaunes en furie : « Il n'y a pas sous le soleil d'individu plus lamentable que moi ». Comme j'aime le soleil, mais pas tout le temps, j'ai envie de souffler à mon fildefériste roumain préféré que tout dépend de l'hyperthermie plus ou moins prononcée, de la présence d'une brise légère, d'un cumulus passager offrant un alinéa de climatisation toute naturelle, le soleil de Madère n'est pas celui du désert libyen, le soleil d'avril pas celui de juillet, les tiédeurs ne sont pas toutes les mêmes, et il m'est même arrivé de me trouver bien lamentable dans des froideurs trop patibulaires pour être honnêtes.

5 juillet 2019

Suicidaire

« On se suicide par pudeur, par orgueil, par modestie, par discrétion, par peur de la mort (ce qui est un comble) ou des gendarmes ; par lassitude, par vengeance, par plaisir, parfois même par curiosité. Le chinois se suicide pour embêter son créancier, l'homme-torpille par patriotisme ; le Britannique par spleen ; un Écossais se pendit parce que les gilets ont trop de boutons. "Aujourd'hui, tout le monde vit !" me disait une jeune fille avec un air scandalisé. Il y a évidemment trop peu de gens qui se suicident ; ce ne sont jamais ceux qu'il faudrait.» (Alexandre Vialatte, Chroniques de la Montagne)

19 juin 2019

Sétois

Visitant la cathédrale de Chartres Paul Valery, oui Paul Valery le docte sétois, reste en admiration devant quelques beaux vitraux. Il est ravi par leur aspect granulé, des « grains de merveilleuses pierreries, des grenades de paradis » par leur combinaison de bleus et de rouges… Il est ravi par tout cela et il pense, allez savoir pourquoi, au très lactescent Mallarmé : « Certaines phrases du Mallarmé en prose sont vitraux. Les sujets importent le moins du monde – sont pris et noyés dans le mystère, la vivacité, la profondeur, le rire et la rêverie de chaque fragment – chacun sensible, chantant… » .

24 mai 2019

Aligné

Dans Connaissance de l'Est Paul Claudel, oui Paul Claudel l’ambassadeur sybarite, constate que les rues des villes chinoises sont faites pour un peuple habitué à marcher en file indienne (ce qui ne manque pas de sel pour des Chinois). Ainsi, chaque quidam prend place dans un rang qui ne semble jamais vraiment commencer et ne jamais vraiment finir, mais qui forme un tout parfaitement aligné. Les maisons qui bordent les multitudes de rangs ressemblent à des caisses défoncées, mais bien rangées, dans lesquelles un esprit futé à aménagé des interstices où les habitants dorment orthogonalement au milieu de marchandises diverses et variées : « N'y aurait-il pas des points spéciaux à étudier ? la géométrie des rue ? la mesure des angles, le calcul des carrefours ? la disposition des axes ? tout ce qui est mouvement ne leur est-il pas parallèle ? Tout ce qui est repos ou plaisir, perpendiculaire ? »

8 mai 2019

Mathématique

« Je ressens à un très haut point la philosophie des nombres. Des équivalences d'une arduité éberluante se présentent tout à coup à mon esprit comme étant d'une évidence à quoi l'art le plus expert ne peut rien supplémenter. Je fonce de la tête et tombe juste. C'est comme si un phare, alors que les ténèbres environnent, balaye d'un jet dévorateur tout une région. Est-ce que je me vante ? Non, je suis vraiment ainsi. Je comprends tout tout de suite, mais il me faut des moyens qui n’abâtardissent pas je ne dirai pas intelligence – je répète que je n'en ai pas beaucoup -, mais le sens d'une illumination continuelle qui est ma façon de procéder dans la mise au net de importe quel problème ». (Charles-Albert Cingria, Le Carnet du chat sauvage)

14 avril 2019

Printanier


Le refleurissement pointe le bout de son nez,
la tiédeur enfle chichement,
les oiseaux gazouillent piane-piane,
tout semble bercé par une tendre anabiose vernale et voilà que soudain…
par la fenêtre entrebâillée de l'un de mes voisins,
horreur et damnation
monte et redescend le son d'un djembé frappé,
consciencieusement.

Maudit printemps !

20 mars 2019

Pouétique

Les sourires courts.
Des violons printaniers.
Ravivent mon palpitant. 
D'un élan.  
Capricant.

13 mars 2019

Tired

My shell of weariness is my new house.

11 mars 2019

Sensible

Stendhal était un si grand sensible qu'il lui poussait au débotté des pensées ayant tout du charmant, mais aussi beaucoup de la promptitude éphémère. Ses élans tonitruaient comme des éclairs et il lui fallait donc les consigner très rapidement, en somme retranscrire en plein vol ce qui lui passait par l'émotion. On concédera aisément que l’exercice soit périlleux. Allez saisir des éclairs ! Allez les réécrire sur le papier !

16 février 2019

Circulaire

L’observateur neutre et attentif constatera avec moi que le mouvement dit des « gilets jaunes » est devenu un tantinet problématique lorsqu'il a pris la drôle d'idée de vouloir quitter le circulaire des ronds-points pour se complaire dans la fausse fluidité des monômes supposément rectilignes. En somme, voilà encore des types, et des typesses, qui avançaient mieux lorsqu’ils, et elles, tournaient en rond.

14 février 2019

Apragmatique

Mon canapé est un rocher, je suis une moule.

28 janvier 2019

Distant

Plus qu’un quelconque point de friction avec le monde, il me faut rechercher la distance, cet écart sans lequel je ne saurais vivre, cet écart qui peut aussi être un blanc, une marge, un interstice. Voilà pour pouvoir vivre, il me faut des blancs, des marges, des interstices ! Donnez-moi des blancs, des marges, des interstices !

25 janvier 2019

Inoccupé

« … Je suis d'avis que sans oisiveté le vrai bonheur est impossible. Mon idéal : être oisif et aimer une fille plantureuse. La volupté suprême, pour moi : marcher ou rester assis, mais ne rien faire ; mon occupation préférée : collectionner ce qui ne se fait pas (des petites feuilles, des brins de paille et ainsi de suite)… » (Anton Tchekhov, lettre à Lydia Mizinova).

5 janvier 2019

Footballistique

George Perros aimait beaucoup le football. Il se rendait régulièrement au stade et il lui arrivait même d'entrer sur le terrain, comme ça au débotté, lorsqu’un joueur de L'Union sportive laïque Douarneniste venait à manquer. Sur la feuille de match, il signait alors «Tchekhov », c'était assez drôle.

24 décembre 2018

Festif

« La ville est vide, le ciel couvert, presque noir. On dirait l’attente d’une catastrophe. Réveillon selon mon cœur. »  (Emil Cioran - Cahiers, 24 décembre 1966)

11 décembre 2018

Magyar

Le hongrois est généralement un type robuste, mais assez nostalgique. Il faut dire que pour la robustesse il a de qui et de quoi tenir. Que voulez-vous il découle d'une peuplade qui des steppes d'Asie Centrale à l'Oural, de bords de la Mer Noire à la Pannonie ne cessa de gigoter pour mieux se fixer dans une plaine européenne, ou presque. Quant à la nostalgie, n'en parlons pas. Le hongrois primitif ayant eu bien du mal à tenir en place son descendant inconsciemment, ou pas, sera toujours nostalgique des territoires, qui l’on fait, mais qu'il n'a pas occupé ou traversé ( disons que le hongrois est nostalgique de sa steppe initiale).

10 décembre 2018

Asservi

Dans la Gaule romaine, le serf possédait une maison, une famille, un champ. La contrainte sociale glissait de ses épaules jusqu’ à la terre et il n'était donc plus vraiment esclave. Il le redeviendra un peu plus tard au temps des Carolingiens (qui était quoiqu'on en dise assez peu francs du collier). Évidemment, vous me direz que tout cela est très loin des « gilets jaunes » qui nous occupent et vous aurez raison.

2 décembre 2018

Peinturluré

Soutine avait la bonne habitude d'essuyer ses pinceaux sur ses vêtements : le résultat était inoubliable*. 

 *Merci Braudel

15 novembre 2018

Zoologique

Dans l'une de ses lettres Anton Tchekhov, parle d'une mangouste bien rigolote qu'il avait rapportée de Ceylan. Cette mangouste, qui fait peur à ses deux teckels Brome et Quinine et qui tire la barbe de son père finira un peu penaude dans un zoo moscovite. C’ est certainement l'un des « animaux d'écrivains » les plus singuliers que l'on pourra trouver sur le marché. Oh il y a bien ce homard que Gérard de Nerval promenait en laisse, mais nous sommes là dans des altitudes de croquignolerie animale quasi indépassable. Puisqu'il est question d'animaux et d'écrivains je me suis souvenu, allez savoir pourquoi, de quelques couples assez fameux : Maïakovski et son bulldog Boulka, Perec et et son chat Délo, Cocteau et son siamois Karoum, Céline et son gros matou Bébert, Céline et le perroquet Toto, Céline et la chienne Bessy, Houellebecq et Clément, Kurt Vonnegut et Pumpkin, Valery Larbaud et l'hippopotame du Jardin zoologique de Lisbonne. Ad lib.

1 novembre 2018

Saturnien

Sylvia Plath était indubitablement une très grande poète (je n’écrirai jamais poétesse). Cependant, elle n’était pas vraiment rigolote. Cette photographie où on peut la voir sourire tout en gambettes et chaussettes en laine trompe donc un peu l'ennemi.

14 octobre 2018

Raté

« Raté. Pour rater sa vie, il faut avoir souhaité une réussite. Qu'est-ce à dire ? Le raté est celui qui a renoncé à l’énergie de sa décision. Qui fait passer par les autres, par leur verdict, leur amour et leur haine, bref leur témoignage, ce qu'il eût dû garder secret. De la grande majorité des hommes nous ne disons pas qu'ils sont ratés. Mais de certains êtres qui donnent à leur situation anecdotique un je-ne-sais-quoi de regrettable. Il y a très peu de vrais ratés. De ratés réussis.» (Georges Perros, N.R.F. n°134, 1er février 1964)

2 octobre 2018

Primesautier

Ce mot de Kierkegaard chez l'ami Cioran (dans ses Cahiers) : « Je me suis lancé dans la vie avec une voie d’eau dans la cale dès le début. », croquignolet, n'est-ce pas ? Remarquez que les débuts de Rousseau étaient presque pires en mieux : « je naquis infirme et malade. Je coûtai la vie à ma mère, et ma naissance fut le premier de mes malheurs. »

27 septembre 2018

Autotuné

L'ondée passée, 
les fenêtres ouvertes à la fraîche, 
et derechef s'élève au loin,
le tohu-bohu autotuné des enceintes nomades,
que l'on aura connectées,
au débotté.

20 septembre 2018

Valétudinaire

Ayant « traversé la rue » je suis tombé sur ce graffiti un brin valétudinaire. Me voilà dubitatif.

16 septembre 2018

Voyageur

En avril 1890 Tchekhov entame un long périple qui le verra traverser Russie et Sibérie jusqu'à l'île de Sakhaline. Il commence par quelques verstes de navigation sur la Volga, visite Iaroslav et la trouve très sale – j'ai moi-même visité cette ville et je n'y ai vu que des jeunes gueux ivres de vodka et de bien nombreuses hordes de chiens errants – puis c'est Kostroma qui est plus jolie (je confirme). Après la Volga voilà la Kama, un fleuve d'un ennui extrême qui traverse des villes grises où les habitants semblent employés à la fabrication des nuages, de l'ennui et des palissades mouillées. Tchekhov poursuit sa route en train puis dans une voiture qui ressemble plutôt à une carriole brinquebalante, il passe par Perm, Iekaterinbourg, Tomsk (qui ne vaut pas un liard), Irkoutsk (la meilleure), traverse le Lac Baikal, voilà enfin l'Asie, le fleuve Amour, la Chine d'un côté, la Russie de l'autre, des canards, des rochers, des falaises, des paysages qu'il ne sera pas près d'oublier : « J'ai vu, à dire vrai, tant de splendeurs et éprouvé tant de délices que mourir maintenant ne me fait pas peur. »

6 septembre 2018

Techkovien

Le printemps 1889 que Tchekhov passe à Soumy en Ukraine loin des frimas moscovites pourrait être presque parfait. Le temps est splendide, les arbres couverts de fleurs blanches ressemblent à des « fiancées à la noce » ; rossignols, hérons, coucous et autres bestioles à plume s'égosillent à qui mieux mieux. On se lève tard, de l'eau fraîche jusqu'aux genoux on pêche des écrevisses à la main, on boit un peu, ou s'oublie. Bref rien d’assommant… Pourtant, cela ne durera pas, l'été arrive, il ne pleut pas, la canicule est effroyable. Le 17 juin Nikolaï, ce frère artiste soûlographe et poitrinaire qui l'accompagnait dans le midi, meurt. La tristesse est grande, mais la lumière toujours là : « Les funérailles ont été splendides. Selon la coutume méridionale, on l'a porté à bras dans l'église et de l'église au cimetière, sans croque-morts et sans sinistre corbillard, avec des oriflammes, le cercueil ouvert. Des jeunes filles portaient le couvercle, et nous, le cercueil. À l'église tandis que nous le portions, les cloches sonnaient. On l'a enterré dans le cimetière du village, très douillet et paisible, où en permanence chantent les oiseaux et flotte une odeur de chanvre d'eau ».

16 août 2018

Digressif

Cingria est un drôle de cycliste. Il se perd dans d’exquis chemins bitumés et nous nous perdons dans sa prose, souvent exquise elle aussi. Saute mouton et digressions, trébuchements et évanouissements, on oublie une ligne et nous voilà déjà ailleurs, dans un colimaçon baroque, des teintes déjà un peu orientales, Raguse c'est déjà un peu l'orient.

13 août 2018

Démissionnaire

J'ai longtemps eu la certitude que le monde s'ouvrait à moi, que je pouvais en disposer à ma guise, comme d'un « domaine ouvert ». Pourtant, l'âge aidant, je constate que c'est lui qui dicte sa loi et son bon vouloir. Une courte lutte s'est instaurée, n'en sortant pas vainqueur, il ne faut pas lutter avec le monde, j'ai décidé de lui laisser tenir la bride et mes aspirations se sont aussitôt déplacées ailleurs, plus haut, dans les limbes.

8 août 2018

Antipoétique

Pour Gombrowicz il faut que la poésie soit mêlée à d'autres éléments plus prosaïques. Qu'elle ne soit pas cette mélopée monotone et sans cesse sublime que l'on s'inflige comme on pourrait s'infliger un extrait pharmaceutique. Bref, la poésie devrait savoir éviter la pureté comme la peste et n'être que composite, trouble, abâtardie et au grand jamais cette essence pédantesque qui ne résiste jamais à l'épreuve du réel.

2 août 2018

Climatique

Pour 2035 on annonce des cigales en Normandie, du vin de Bordeaux en Bretagne et des coups de soleil sur les plages de Knokke-Le-Zoute. Ces perspectives « nostradamusesques » me semblent bien inquiétantes.

8 juillet 2018

Alpestre

« La plaine incurve les arcades sourcilières, arrondit théoriquement ou aplatit les chairs, unifie et départicularise l'esprit, rend aimable, disert, facile, inventif, mais, dans le même temps que tout cela, rend idiot ; car il faut une philosophie de chacun qui ne soit pas codifiée et, de temps en temps, des soubresauts qui interrompent l'horizontalité d'une vie en masse autorisant à ne douter de rien. Il faut au contraire douter, s’arrêter, insondablement et brusquement se souvenir » ( Charles Albert Cingria, Pendeloques Alpestres).

6 juillet 2018

Motocycliste

Jadis je me déplaçais juché sur une motocyclette noire. Je me lançais sur les chemins bitumés avec la célérité d'un pégase puissamment ailé et tout défilait autour de moi à des vitesses proprement vertigineuses. Tout cela est de l'histoire ancienne ma motocyclette noire s'en est allée dans un saumâtre carambolage et à présent je me déplace sur mes deux jambes, en boitant un pas après l'autre. J'ai perdu en ivresse ce que j'ai gagné en qualité d'observation.

1 juillet 2018

Beyliste

Sur le chemin, qui le mène de Rome à Naples Stendhal remarque qu'à l'alternat il se souvient avec tendresse de cinq femmes. Il croit être vraiment amoureux de la première lui venant à l'esprit (la fameuse Angela Pietragrua) et se surprend même à penser à elle avec rêverie plus de sept ou huit fois par heure, mais un rendez-vous au débotté avec l'une des quatre autres lui ferait tout de même un plaisir tendre. Arrivé à Naples les battements de son cœur revenus dans des rythmes moins frémissants il oublie un peu ses douces amies. On le loge à l’Auberge Royale d'où il voit le Vésuve, mais pas la mer. Il visite Pompéi et Herculanum, mais bâille et s'endort au milieu du théâtre San Carlo. En haut du Vésuve il constate que l'enfer ne bout pas au fond du cratère, mais que la vue est la plus belle du monde.

28 juin 2018

Paresseux

La paresse est une sagesse, une guérison et une distraction. Je ne connais guère de paresseux moroses.

5 juin 2018

Inquiet

Je subsiste sans grandiose souffrance, 
mon petit monde est simplement attaché à l'une de mes chevilles, 
et je ne le sens pas peser, 
je suis seulement un peu inquiet.

4 juin 2018

Impavide

Les minutes fondent en heures, l'herbe pousse, je reste sur mon quant-à-moi, stoïque.

3 juin 2018

Étonnant

« Je suis allé chez Ostende, boutique à la mode, et me suis payé une paire de souliers jaunes qui se sont révélés trop étroits. Je suis revenu dans ce magasin pour échanger ma paire contre une paire se souliers exactement de la même taille et de la même façon, paire en tout point identique, qui s'est révélée aussi étroite que la précédente. Il m'arrive de m'étonner moi-même. » (Witold Gombrowicz, Journal)

19 mai 2018

Pendu

Gérard de Nerval est suspendu par le cou à sa petite grille, ses pieds à deux centimètres du sol, le voilà mort. On se bouscule pour voir le cadavre, son enterrement, l’enterrement de « ce pauvre Gérard », sera un petit événement. On oubliera bien vite sa tombe.

18 mai 2018

Vélocipédiste

« Si je vais aussi vite dans les cols, c'est parce que je veux abréger mon agonie ». (Marco Pantani)

12 mai 2018

Allégé

J'aimerais moi aussi être sur le faîte des arbres, dans ces zones indécises et extra sphériques, loin de toute pesanteur puisque la pesanteur n'est pas naturelle à l'homme que je suis. Comme mon envol est impossible, je le rêve, comme je ne voudrais que voler je ne fais que rêver.

10 mai 2018

Sensible

Tout ce qui compte vraiment en littérature, et ailleurs, c'est surtout et avant tout la sensation, la touche plus que l'analyse, l’inspiré, l’irraisonné, l'ingénu contre les idées ? Peut-être...

2 mai 2018

Actif

L'activiste n'est qu'un badaud du surmoi.

17 avril 2018

Las

J’utilise toutes mes forces au labeur, je n’en ai plus pour écrire. Pourtant, je persiste dans l’idée de vouloir écrire, aveuglément, un peu par bravade inconsciente envers ma fatigue, dans des phrases qui ne s’élèvent plus, des phrases qui perdent tout sens, toute musique, des phrases pour rien. Tiens ouvrant le Journal de Stendhal je tombe sur celle-ci de phrase : « Je n’en puis plus, je suis usé, épuisé jusqu’à la dernière goutte, au moral et au physique, mais il faut que j’emploie cette dernière goutte à décrire ce qui m’a mis dans cet état ». Il n’y a rien de plus en accord avec mon état actuel que cet épanchement las de l’ami Beyle, cette fameuse goutte je l’utilise, aussi et ici, quotidiennement, elle est là pour vous rappeler mes épuisements, que mes épuisements me font, que je ne suis plus qu’épuisement et que sans eux et la goutte qui les authentifient, je serai, sec et muet, comme une carpe en plein air.

10 avril 2018

Climatique

Dois je avouer mon amour immodéré pour les « stations climatiques » ?

6 avril 2018

Moustachu

 « Je suis ce jeune homme en habit que l’on voit, la nuit, boire des boissons américaines dans les bars élégants, entre des créatures aux épaules nues qui ont des chapeaux extravagants. » (Edmond Jaloux)

20 mars 2018

Heureux

Journée mondiale du bonheur et du bien être : « Je n’ai connu des états de bonheur débordant qu’à la suite de troubles nerveux, d’insomnies prolongées, de douleurs sans raison, et d’anxiétés intolérables. Compensation ou conclusion naturelle ? », « Le malheur est qu’un bonheur conscient n’est plus un bonheur et qu’un bonheur qui s’ignore n’en est pas un davantage. » (Cioran, Cahiers). « Si seulement le jour et le bonheur pouvaient ne jamais venir ! Si l’espoir pouvait ne jamais connaître la déception de se voir comblé ! » (Pessoa, Le livre de l’intranquillité)

16 mars 2018

Beyliste

Le journal de Stendhal n’est que le procès-verbal de sa manière d’être.

6 mars 2018

Épatant

« Le temps est beau, la campagne est verte, le soleil est chaud. J'ai une chaise longue épatante » (Raoul Dufy, 1907)

24 février 2018

Divin (et noué)

J'ai vécu l'une de mes plus belles épiphanies méditerranéennes à Antibes, marchant sur ce qui reste des remparts entourant la vieille ville, le ciel bleu saturé, la mer presque turquoise, les voiles blanches des navires de plaisance flottant avec une douce obsolescence dans un air raisonnablement tiède, tout cela me passa par les yeux, le nez, les oreilles, pour mieux redescendre vers ma poitrine où je ressentis un pincement que je dois bien caractériser comme d'essence divine. C'est pourtant à quelques encablures de ces lieux raisonnablement idylliques, qu’un jour de 1955 on retrouva le corps écrasé de Nicolas de Staël. Le peintre s'était défenestré dans un moment d’égarement et l'issue fut fatale, forcément fatale. À l'angle de La Promenade amiral de Grasse et de l'impasse Revely le petit immeuble moderne-désuet qui lui servit de « plongeoir homicide » est toujours là. On a collé une plaque commémorative dessus, les touristes égarés la photographient avec un contentement penaud, ceux qui savent vraiment la regardent avec un nœud dans la gorge.

19 février 2018

Péremptoire

Les grands critiques n'analysent pas, ne décryptent pas, ils choisissent.

15 février 2018

Bleu

Pour Hölderlin il n’y pas de ciel bleu. Il n’y a que de l’éther, un éther flottant dans un espace où plus rien n’est à imaginer. C’est l’âme du monde, la synthèse de l’air et de la lumière. Quand il est question de ciel bleu Kandinsky n’est pas si loin d’Hölderlin que ça : « À mesure qu’il s’éclaircit, ce qui lui convient le moins, le bleu prend un aspect plus indifférent et paraît très lointain et indifférent à l’homme, comme un haut ciel bleu clair. Plus il s’éclaircit, plus il perd de sa résonance, jusqu’à devenir un calme muet, devenir blanc. »

12 février 2018

Sybarite

On comprend aisément pourquoi Paulhan l'aimait beaucoup : Cingria a la prose toute bizarre ! Une sorte de franco-albanais-turc un peu sybarite et assez singulier. Des assemblages comme on en rencontre peu, des phrases secouées dans une grande boite avant d'être jetées sur le papier. Tout cela est bien curieux, le lecteur peut être décontenancé.

23 janvier 2018

Engagé

Dans l'inépuisable série « littérature et engagement » ces quelques lignes du camarade Aragon : « Ce prix porte le nom du plus grand philosophe de tous les temps ; de celui qui éduque les hommes et transforme la nature ; de celui qui a proclamé que l'homme est la plus grande valeur sur terre ; de celui dont le nom est le plus beau, le plus proche, le plus étonnant dans tous les pays pour tous ceux qui luttent pour leur dignité, le nom du camarade Staline. » Sinistre n'est-ce pas ? Les débuts du petit Louis n'avaient pourtant presque rien de sinistre. Le Traité du Style et le Paysan de Paris sont d'un tonneau assez léger, ils ne préoccupent pas de faire le bonheur du peuple et c'est très bien ainsi. Aurelien est un beau témoignage sur l'immédiate après première guerre mondiale (le Gilles de Drieu se voudrait d'un tonneau avoisinant). Les Voyageurs de l'impériale et la Semaine sainte sont presque séduisants, presque sans graisse, presque hypocalorique … Comment Aragon en est-il arrivé là ? Une somme de lourdeurs, croire qu'il y a du bien et du mal un peu partout, et puis vivre, vivre est un problème.

20 janvier 2018

Inhibé

J'ai guéri un peu de ma timidité en laissant affleurer ma bêtise. C'est un bon remède.

12 janvier 2018

Intimidé

« C'est le propre des timides que de rire ou de sourire niaisement au mauvais moment, et de ravaler leur salive pour tout à coup laisser échapper un flot de formulations hasardeuses qui passent pour de l'injure, du mépris, de l'arrogance. La parole nous devrait être interdite, à nous les timides ; elle devrait s'étrangler en nous. Nos vies et la vie des autres en sauraient adoucies. » (Frédéric Pajak, Manifeste incertain)

6 janvier 2018

Herbacé

Je n'éprouve plus rien en dehors des variations de température, je suis une plante, je bascule petit à petit dans l'inanimé.

5 janvier 2018

Attristé

Aharon Appelfeld n'était pas un « écrivain de la Shoah » c'était un Kafka sans tuberculose qui aurait vécu après avoir coudoyé la barbarie. Il est mort hier, il y a de quoi être triste.

29 décembre 2017

Placide

La pensée vole et les mots vont à pied. Ici, la pensée est le plus souvent dans une placidité orbitale et les mots sur eux-mêmes…

20 décembre 2017

Rassasié

Si tout ce qui est rare est précieux alors la musique que nous écoutions quand nous étions jeunes était précieuse, car rare. Nous n’étions pas saisis par l’abondance, les disques étaient difficilement trouvables. Quand ils étaient trouvables, il nous fallait parfois les acheter et souvent les voler. Que ce soit dans l’amour ou le rejet le rapport à la « chose écoutée » était donc forcément plus fort, plus crucial. Aujourd’hui tout est trouvable, nous pouvons voler sans risque, haïr faiblement et aimer mollement. Et puis de toutes les façons nous n’avons presque plus envie de rien, nous sommes assommés par l’abondance.

15 décembre 2017

Fatigué

J’ai constaté que si lorsque je suis fatigué, le romanesque, le voyageur, l’historique et l’intime me tombent des mains, le philosophique lui me sied parfaitement (et même le plus compliqué qui soit, même Wittgenstein). Mes états d’extrême fatigue ont peut-être la capacité de faire de moi une éponge ; une éponge qui s’ouvre devant le cogito d’autrui ; c’est déjà ça et ce n’est pas rien. 

P.-S. Bien évidemment lorsque je suis une éponge mon cerveau est incapable de la moindre compréhension. En l’occurrence, je ne suis qu’absorption, la lecture, le regard, la fausse petite étincelle du cogito ne sont que des étapes nécessaires, c’est ce qui reste de moi qui comprend, c’est mon corps qui comprend, et la fatigue l’aide à comprendre.

11 décembre 2017

Ennuyé

« Jadis la vie entrait en nous avec un beau tapage ; tout nous était chantant, lumineux, brillant ; il courait sur notre chair des frissons sensuels ; notre système nerveux sonnait des carillons étourdissants. Aujourd’hui tout s’éteint, le gris gagne ; quel vide, au-dehors, et en nous, quel silence ! L’étincelle, la dorure des objets s’en sont allées; nos pensées qui étaient une prairie vivante se fanent, les fleurs d’autrefois se rangent dans l’herbier ; nous ne savons plus respirer les roses ; nous demandons grâce à l’amour… L’intelligence s’alourdit, ne fait plus de conquêtes ; il en va ainsi chez ceux qui ne l’entretiennent pas ; chez les privilégiés même l’invention se retire ; les résultats de nos opérations mentales ne sont plus neufs ; c’est le temps des rengaines, des rabâchages ; on se répète, on se copie ; nos actes ont perdu leur intensité savoureuse, leur alacrité crépitante, et s’achèvent en réflexions amères, en déceptions navrées. Dans le champ dévasté de notre âme, il n’y a plus que ballons dégonflés ; l’amour, l’honneur, le devoir, la vertu, qu’est-ce c’est que ça ? » (Émile Tardieu - L'ennui, étude psychologique)

25 novembre 2017

Sucré

J'ai mis trop de sucre dans mon Earl Grey, le monde tangue.

23 novembre 2017

Hippophile

Les yeux enlevés des orbites
et remplacés par des pierres précieuses
courent aveugles les chevaux du radjab.

(Jean Follain, L'usage du du temps )

22 novembre 2017

Beyliste

A Brunswick Stendhal est assez étanche aux « valeurs du travail ». Son barbier le réveille aux alentours de 8 heures. Ensuite, rasé de près, il lit tranquillement. Puis c’est sa leçon d’allemand, cette langue parlée par des ennuyeux mais qui a deux trois mots expressifs pour elle. La leçon d’anglais suit la leçon d’allemand… Rentré chez lui, lecture à nouveau, pendant trois heures. Puis diner, mouton grillé, pommes frites et salade. Drôle de digestion après diner, cheval pendant une heure. Stendhal passe devant la fille du cordonnier, elle lui sourit, c’est le meilleur moment de la journée. Le soir venu, rendez-vous avec Charlotte une beauté de 25 ans qui en parait 32. Voilà : les journées allemandes de Stendhal frôlent la barbarie, elles ne sont jamais civilisées par les « valeurs du travail », il faut bien avouer que tout cela est terrifiant.

18 novembre 2017

Divin

Le monde et l’homme n’existant pas il convient de noter que seul Bach reste susceptible de nous remplir de gratitude.

9 novembre 2017

Attiédi

La nuit vient de tomber, je souffle astucieusement sur mon Thé chinois en espérant que cet adroit subterfuge géostrophique l'attiédira plus rapidement que ne le prévoient les trop fameux principes de la thermodynamique. En même temps je lis un poème de Jean Follain où il est question d'un moellon violâtre qui mal pris dans son ciment se fendra sous le gel. Tout cela est bien périlleux, j'aime vivre dangereusement.

6 novembre 2017

Profitable

J'écris ces mots sans la moindre intervention mentale, c'est ma main qui fait tout le travail et comme elle n'a pas grand-chose à dire ce n'en est que plus profitable.

26 octobre 2017

Décevant

« Au bout d’un certain temps, presque tous ceux qui m’ont trouvé quelque mérite ont fini par se détourner de moi. J’ai perdu tous mes "admirateurs", si tant est que j’en aie jamais eu un seul. J’inspire de la déception. » (Cioran, Cahiers).

23 octobre 2017

Intrépide

Une mouche tourne ostensiblement dans mon petit intérieur, c'est bien pénible, il faudrait que je la fasse fuir en effectuant de grands gestes de sémaphores. Voilà une perceptive un peu périlleuse, mais il faut de temps à autre savoir être intrépide, c'est l'un des sels de l'existence.

22 octobre 2017

Dominical

L'amateur averti doit savoir que les « vitrines lubriques » du port de Hambourg sont fermées le dimanche.

20 octobre 2017

Crayeux

Exister, Jean Follain (poésie Gallimard). Dans une belle préface qu'il faudrait encadrer, Henri Thomas pointe comment chez Follain la « poésie » est toujours éloignée d'une quelconque formule abstraite qui séparerait âme et corps tout en perdant les mots, leur pure valeur d’allusion leur légèreté et leur inflexion unique. Pas de métaphores, rien de « poétique », non plutôt l'expression d'une forme d'imagination et de sensibilité très personnelle, rigoriste et simple à la fois, une formule de simplicité ?

L'écolier qui balayait la classe
à tour de rôle était choisi
alors il restait seul dans la crayeuse poussière
près d'une carte du monde
que la nuit refroidissait
quelquefois il s'arrêtait, s'asseyait
posant son coude sur la table aux entailles
inscrit dans l’ordre universel.


12 octobre 2017

Pluvieux

« Il y a des heures, il y a des jours, il y a peut-être un âge, où les gouttes de pluie glissant sur les vitres, et leur petit bruit, sont plus intéressants pour l'homme couché que les lignes du livre gisant là. Elles le mènent plus loin – il ne sait où – elles l'arrêtent, il ne sait, et voudrait vainement savoir – en quel domaine universel. » (Henri Thomas, La joie de cette vie).

10 octobre 2017

Fixé

La photographie argentique oui, du fixateur, du révélateur… Un soupçon de révélateur sur la main et c'était une brûlure… et une cicatrice plus tard… nous étions fixés. Cette belle chimie un poil risquée épinglait joliment la vie et seules les photographies collées les unes aux autres – le trop fameux cinématographe - avaient quelque chose d'un peu saumâtre, car on y voyait le temps passer – et donc la mort travailler - plus que de raison.

8 octobre 2017

Olfactif

La littérature est tout autant une histoire de nez que de cogito. Mauriac sent la résine, la table de nuit mal aérée et les vieux papiers de notaires, Giraudoux sent l'aveline et l'humus, Vialatte sent l'encaustique et la mercerie auvergnate brumeuse, Walser sent le flocon de neige et la plume d’oreiller....

7 octobre 2017

Bibliophile

Liste non exhaustive des objets divers et variés cachés entre les pages du second tome des Chroniques de la Montagne se trouvant être en ma possession :

 Une étiquette de bière autrichienne, une étiquette de bière irlandaise, une étiquette de bière mormone (sans alcool), une étiquette de bière corse, l'adresse d'un ami suisse rencontré au bord du Grand Canyon, un ticket de loterie - perdant – acheté dans un casino borgne de Las Vegas, deux billets d'entrée pour le Monte Palace de Funchal, un ticket pour le téléphérique qui grimpe au même Monte Palace, un billet pour le Parc national des lacs de Plitvice (Croatie), un billet d'entrée pour les remparts de la vieille ville de Dubrovnik, un ticket pour les Heritage Islands (Irlande), un billet d'entrée pour les monuments de la Piazza dei Miracoli de Pise, un ticket pour un musée archéologique grec indéterminé (Cyclades, Crète ? Je ne sais plus), un ticket de métro pragois, un prospectus pour une exposition Keith Haring à Vienne (du 28 mai au 19 septembre 2010), des tickets de bus bulgares, polonais, lituaniens et hongrois, une carte d'embarquement pour un vol Lyon-Saint Exupery- Rome Fiumicino (siège 05F).

30 septembre 2017

Velléitaire

Je voudrais me secouer de ce grand sommeil que ne connaît pas le quidam ordinaire ; oh ! non pas pour atteindre une existence heureuse et lucide, non, mais plutôt pour faire un effort croissant et jamais confirmé par aucun résultat évident. Ce sera mon but, ce manque de résultat évident.

23 septembre 2017

Atomisé

Je tombe en poussière, je vire au morne agrégat, au tas de molécules, au couple d'atomes divisé, bientôt je ne serais plus rien, même pas un souvenir.

Glissant

Une certaine lassitude me gagnant je me cache dans un fourreau de narcolepsie. Face au brouhaha, au poids des hommes et aux enquiquinements, la somnolence est un contrepoison plus que satisfaisant.

12 septembre 2017

Automnal

Le soleil est trop bas, on sent pousser les feuilles mortes.

11 septembre 2017

Catastrophique

Ces quelques mots d'Alexandre Blok (repérés dans les Cahiers de Cioran) : « Le naufrage du Titanic m'a réjoui hier indiciblement : il y a donc encore l'océan » (Journal, 15 avril 1912).

10 septembre 2017

Touristique

Goethe était un peu compliqué, ainsi à Assise il ne visita que le vieux temple romain de Minerve, refusant de voir les autres monuments par crainte d'être déçu par ceux-ci (une fugace déception gâche parfois un plaisir plus global).

8 septembre 2017

Ultravide

Je rêvasse dans le vide puis je déambule autour d'un rien massif ; le temps passe, ma vie aussi.

31 août 2017

Prénominal

On ne remerciera jamais trop P.G Woodhouse d’avoir réhabilité le doux prénom de Marmaduke. D’ailleurs à ce sujet il faut que vous sachiez que si un jour j’ai l’hypothétique chance d’engendrer une progéniture mâle il est fort possible que je le prénomme Marmaduke.

18 août 2017

Cannibale

Dans sa Cuisine cannibale, l'ami Topor, qui s'y connaissait en désarroi, mais qui riait toujours très fort, ne nous explique malheureusement pas comment cuisiner cette bestiole nuisible qu'est le voisin ; je vais tenter de le faire pour lui. Prenez un voisin (ou une voisine, je ne suis pas misogyne), de bonne constitution, pas trop gras, mais tout de même un peu. Écorchez-le tranquillement en commençant par le bas des gambettes, séparez la tête de la colonne vertébrale, brisez méthodiquement les os et articulations, puis découpez votre voisin en petits morceaux. Salez, poivrez et badigeonnez vos morceaux avec de la moutarde forte puis faites revenir le tout dans un un peu d'huile à feu moyen. Rajoutez quelques garnitures aromatiques (échalote, oignon, persil) et le tour est joué ! Bon appétit ! 

P.-S. Les plus épicuriens d'entre vous pourront déguster leur voisin en l’accompagnant d'un petit Givry de dessous les fagots, l'« accord » est parfait.

14 juillet 2017

Disséminé

J'écris ces lignes rabougries dans une quiétude toute relative tant le voisinage est bruyant et semble évoluer en faisant fi de tout ce qui l'entoure (en l’occurrence moi-même, entité silencieuse discrète et fluctuante). C'est certainement l'un des grands progrès du « vivre ensemble », aujourd'hui on existe en plein air en ne gardant plus rien pour soi, on dissémine ses opinions, son essence la plus intime à tous les vents, le champ du privé s'est tellement rétréci que le voilà rendu à ce qu'il était au moyen-âge : un point focal infinitésimal.

12 juillet 2017

Alcoolisé



Mes débuts dans l'alcoolisme (mars 1977)

3 juillet 2017

Anti Startupper

« Je ne suis rien. Je ne serai jamais rien. Je ne peux vouloir être rien. À part ça, je porte en moi tous les rêves du monde.» (Fernando Pessoa, Bureau de tabac)

26 juin 2017

Stylé

« … les laquais ont l’habitude de se tenir dans une posture modeste, mais assurée, debout juste derrière la chaise des maîtres occupés à manger. Tel est l’usage. On peut y voir une forme de bon ton, ou de style. » (Robert Walser, Vie de poète)

19 juin 2017

Réactionnaire

Tous mes vieux voisins sont morts, ils ont été remplacés par des types tatoués qui se déplacent dans des véhicules 4x4 tout en laissant s'échapper moult tintamarres autotunés. Les temps sont ainsi, il faut faire avec.

17 juin 2017

Monarchique

L'Iran de Mohammad Reza Pahlavi n'était pas de tout repos. Pour oui pour un non on vous enlevait , on vous emmenait dans une salle des supplices, on vous brisait les os, arrachait les ongles, sciait le crâne. On comprend mieux l'air circonspect des Mollahs.

10 juin 2017

Opératique

Rossini est un gros sybarite gourmand qui en dehors de ses opéras cuisine des tournedos et des macaronis.

25 mai 2017

Voyageur

Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ;
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

(Charles Baudelaire, Le voyage)