29 mai 2013

Doutant

« Et si un homme ne pouvait pas se souvenir s'il a toujours eu cinq doigts ou deux mains ? Le Comprendrions-nous ? Pourrions-nous être sûrs de le comprendre ? » (Ludwig Wittgenstein - De la certitude)

23 mai 2013

Végétatif

Rester à l’état végétatif. Mieux, retrouver la belle plasticité impavide d’une méduse balancée au creux de la vague. S’échouer sur une plage, Retrouver le soleil, se laisser traverser par lui. Oublier le monde qui n’est rien, néant, bagatelle.

21 mai 2013

Piétonnier

Ne pas conduire est un plaisir d’esthète. Le piéton est certes contraint par une moindre vitesse de déplacement, mais il est totalement libre de ses mouvements. Il peut se faufiler in his own way, se perdre volontairement, s’arrêter, observer, ressentir, rêver. Vous le lâchez dans une mégalopole où personne ne marche jamais et le voilà encore plus libre, insouciant, rempli de félicité. Il regarde les choses de biais, il est le seul à pouvoir le faire.

19 mai 2013

Niché

Jadis la moralité était l’instinct du troupeau dans l’individu. Aujourd’hui il n’y a plus de troupeaux, mais une multitude d’individus nichés. Allez trouver de l’instinct et de la moralité dans une multitude d’individus nichés !

15 mai 2013

Glissant

La pente est glissante, mais le chemin bucolique.

6 mai 2013

Social démocrate

Le tutoiement est presque obligatoire en Suède. Il a même fait l’objet d’une « réforme » dans les années 60 et depuis cette époque formidablement dépeignée tous les Suédois tutoient leurs plombiers, les policiers dans la rue, leurs patrons, les jolies filles avec des jupes à carreaux qui attendent le bus pour Malmö, et même le premier ministre. Tous les Suédois sont donc égaux et seul le Roi conserve le privilège d’être vouvoyé. Vous conviendrez que tout cela relève de la barbarie pure et simple.

2 mai 2013

Existentiel

Évidemment, je sais que je ne suis rien, mais que ce rien est tout puisque j'existe.

30 avril 2013

Prêcheur

Que Dieu nous préserve des voisins bricoleurs. Que Dieu nous préserve du gel dans les cheveux, des chaussures à bouts carrées et de la vox populi. Que Dieu nous préserve des crétins convaincants. Que Dieu nous préserve des charmeurs de serpents sur la place Jemaa-el-Fna à Marrakech. Que Dieu nous préserve des films de Michael Haneke. Que Dieu nous préserve des païens à flambeaux.

27 avril 2013

Ennuyé

Pour qui veut atteindre les hautes extases, un solide ennui est bien utile.

25 avril 2013

Bricoleur

Le soleil enfin là je me réjouissais déjà devant la perspective de pouvoir lire en position semi-alanguie dans mon semi-jardin au presque grand air. Mal m’en pris puisqu’au bout de trois pages surhumaines du père Nietzsche j’ai dû constater bien malgré moi que mon voisin de gauche, profitant du « beau temps » avait décidé de réparer son toit. Quant à mon voisin de droite (un bourgeois bohème roulant en véhicule 4x4), il avait, lui, décidé de reprendre la construction de sa piscine idéale entreprise il y a pas moins de trois ans. À ma gauche (le toit), j’ai donc dû subir les assauts sonores et répétés d’une scieuse, d’un pistolet à clou et d’autres instruments indéfinissables tandis qu’à ma droite (la future piscine idéale) s’élevaient les vrombissements d’une pelleteuse tout autant dinosauresque qu’enrobée de vapeurs nauséabondes. Vous conviendrez qu’avec tous ces désagréments entremêlés il m’était quasiment impossible de me concentrer sur une lecture qui requiert un minimum de concentration (la lecture de ce bon vieux Nietzsche demande un minimum de concentration). Si l’on ajoute qu’outre le bruit et l’odeur, mon voisin de gauche (le toit) a laissé choir sans vergogne divers objets, copeaux, clous et tuiles, à même mon semi-jardin sans même vérifier s’il était occupé par le moindre quidam (je dois être transparent) il y a de quoi rester dubitatif devant la relative neutralité frontalière de nos voisins « bricoleurs ». Un peu las, un peu triste, resigné, je suis rentré dans mes intérieurs pour poursuivre, à l’abris, une lecture qui méritait d’être poursuivie, mais l’envie n’était plus là et j’ai assez vite oublié mon livre pour me complaire dans une sourde neurasthénie. Il faisait si beau dehors.

22 avril 2013

Masochiste

Notre désir de souffrance est tel que nous nous créons des monstres à combattre.

21 avril 2013

Dominical

« J’ai beaucoup aimé les dimanches. Si, à présent je les aime moins c’est peut-être parce que j’en ai trop vu ou bien que, d’une manière générale, je ne sache plus rien aimer autant qu’auparavant. » (Henri Calet, Poussières de la route)

15 avril 2013

Sibyllin

Celui qui voit la vraie lumière ne tient jamais à lui-même.
 
Ainsi, le chien reste-t-il entre deux daims.

12 avril 2013

Humain

« Pauvre vie. Pauvres vies. Calet ne parla jamais que des humbles, comme Dabit, comme Guilloux, comme Bernanos. Il aura aimé ceux qui passent, et qui vont mourir, et qui le savent, et font semblant de ne pas le savoir, et enfilent des chandails, des culottes, se lavent les dents, chient, vont au boulot, reviennent, baisent, se couchent, par n'importe quel temps, chient, rebaisent, dorment, ne dorment pas, et à la fin se mettent à pleurer silencieusement, car enfin, enfants, ils rêvaient tout de même d'une autre vie, car enfin, oui, cela il faut bien le dire, rêvaient d'une autre vie. Calet l'a dit. Saloperie d'existence. Car ce n'est pas ainsi qu'il aurait fallu vivre. Malgré tout, comme le séjour fut beau. On s'en souvient encore. A Suresnes, nous avions parfois mangé des moules et des frites et bu du vin rosé. En bras de chemise, sous les tonnelles. Comme les années furent belles. Et tous ces corps désespérants de femmes que l'on a serrés contre soi. C'est ma jeunesse et je n'en ai pas d'autre. On a eu que cette pauvre vie là. C'est mieux que rien. Quand on est le fils de Madame Caca, on ne peut pas être très exigeant. (…) Il savait où il allait, oui, Henri Calet. Longtemps communiste, il avait fini par s'habituer à vivre sans espoir. Rien que la mort. » (JP Martinet)

11 avril 2013

Félin

Un tigre lucide et normalement constitué ne s’attaquerait jamais à une bestiole aussi peu intéressante que l’homme. Il y a certes ce tigre du Bengale qui dévora plus de quatre cent personnes, mais il le fit après s’être abimé la mâchoire et les pattes antérieures en tentant d’avaler un porc-épic.

9 avril 2013

Gastronome

Le vautour commence toujours son festin en dévorant l’anus de sa proie, c’est la partie la plus tendre.

27 mars 2013

Pluvieux

« Il y a, pendant la pluie, une certaine obscurité qui allonge tous les objets. Elle cause, d’ailleurs, par la disposition où elle oblige notre corps à se placer, une sorte de recueillement qui rend l’âme plus sensible. Le bruit qu’elle produit, en occupant continuellement l’oreille, éveille l’attention et la tient en haleine. L’espèce de teinte brune qu’elle donne aux murailles, aux arbres, aux rochers, ajoute encore à l’impression causée par ces objets. Enfin, la solitude et le silence qu’elle étale autour du voyageur, en obligeant les animaux et les hommes à se taire et à se tenir à l’abri, achèvent de rendre pour lui les sensations plus distinctes. Enveloppé dans son manteau, la tête recouverte, et cheminant dans des sentiers déserts, il est frappé de tout, et tout est agrandi devant son imagination ou ses yeux. Les ruisseaux sont enflés, les herbes plus épaisses, les minéraux plus apparents ; le ciel est plus près de la terre, et tous les objets, renfermés dans un horizon plus étroit, semblent avoir plus de place et plus d’importance. » (Joseph Joubert, Pensées).

24 mars 2013

Philosophe

La philosophie demande un investissement qui excède de beaucoup la simple raison. On philosophe tout autant avec sa chair, ses os, son corps tout entier qu’avec son intellect. Quant à l’âme, elle joue un rôle que je ne suis pas le seul à voir.

23 mars 2013

Charmant

Les cuisiniers volubiles trouveront beaucoup de distraction à vouloir faire rôtir un singe. Le poil grésille, la peau éclate, les yeux fondent. Tout cela est charmant.

22 mars 2013

Voilé

Tout ce qui brille trop brille d’un éclat glacé alors que le reflet profond, un peu voilé des pierres naturelles enchante l’âme.