30 juin 2013

Inconvenant

Lui et Elle sont assis sur un banc, dans l’allée de tilleuls.
 
ELLE : Désirez-vous m’embrasser ?
LUI : Oui, mademoiselle...
ELLE : Sur la main... ?
LUI : Non, mademoiselle.
ELLE : Sur la bouche... ?
LUI : Non, mademoiselle.
ELLE : Oh ! vous êtes inconvenant...
LUI : Je pensais : sur le bord de votre robe.

Elle pâlit...
 
(Peter Altenberg, Dialogue)

29 juin 2013

Psychiatrique

La psychose vous fait souvent regarder de biais en société. La névrose n’offre quant à elle rien de bien sautillant. Cela dit, il paraîtrait que l’une soigne de l’autre et réciproquement. Alors, allons-y gaiement ! Soyons tout à la fois psychotiques et névrosés !

22 juin 2013

Polonais

Conrad est un Kafka homérique sorti au grand air. Il navigue dans les flexuosités les plus boueuses de la modernité et se faisant il vous permet de mieux comprendre le « renfermé » de son petit collègue à chapeau rond.

20 juin 2013

Malin

Concernant l’existence, l’évitement me semble primordial.

17 juin 2013

Perspicace


On espère en espérant
Qu’arrivera le moment
Où tout sera terminé
Sans plus rien à espérer

(Chanson populaire vénitienne)

16 juin 2013

Libre

En un sens l'esclave est libre, il est dégagé de la moindre responsabilité, se contente d’être une chose et n’est jamais encombré par son MOI.

10 juin 2013

Ennuyé

Prévenez-moi si la vie commence
je ne voudrais pas rater ça
les heures deviennent longues
entre les apéritifs.
 
(Jean Pierre George - Je m’ennuie sur terre)

9 juin 2013

Perdu

Vivre c’est se perdre, l’accepter c’est déjà se retrouver.

8 juin 2013

Dénoué

Je vous recommande l’absence d’ « idées », le voyons voir et l’immobilité la plus statique qui soit envers le monde.

1 juin 2013

Nippon

Ici et là on s’étonne que le japonais sache mourir dignement et en silence. Évidemment, les autres font semblant de souffrir à sa place et c’est comme si le japonais n’existait plus.

29 mai 2013

Doutant

« Et si un homme ne pouvait pas se souvenir s'il a toujours eu cinq doigts ou deux mains ? Le Comprendrions-nous ? Pourrions-nous être sûrs de le comprendre ? » (Ludwig Wittgenstein - De la certitude)

23 mai 2013

Végétatif

Rester à l’état végétatif. Mieux, retrouver la belle plasticité impavide d’une méduse balancée au creux de la vague. S’échouer sur une plage, Retrouver le soleil, se laisser traverser par lui. Oublier le monde qui n’est rien, néant, bagatelle.

21 mai 2013

Piétonnier

Ne pas conduire est un plaisir d’esthète. Le piéton est certes contraint par une moindre vitesse de déplacement, mais il est totalement libre de ses mouvements. Il peut se faufiler in his own way, se perdre volontairement, s’arrêter, observer, ressentir, rêver. Vous le lâchez dans une mégalopole où personne ne marche jamais et le voilà encore plus libre, insouciant, rempli de félicité. Il regarde les choses de biais, il est le seul à pouvoir le faire.

19 mai 2013

Niché

Jadis la moralité était l’instinct du troupeau dans l’individu. Aujourd’hui il n’y a plus de troupeaux, mais une multitude d’individus nichés. Allez trouver de l’instinct et de la moralité dans une multitude d’individus nichés !

15 mai 2013

Glissant

La pente est glissante, mais le chemin bucolique.

6 mai 2013

Social démocrate

Le tutoiement est presque obligatoire en Suède. Il a même fait l’objet d’une « réforme » dans les années 60 et depuis cette époque formidablement dépeignée tous les Suédois tutoient leurs plombiers, les policiers dans la rue, leurs patrons, les jolies filles avec des jupes à carreaux qui attendent le bus pour Malmö, et même le premier ministre. Tous les Suédois sont donc égaux et seul le Roi conserve le privilège d’être vouvoyé. Vous conviendrez que tout cela relève de la barbarie pure et simple.

2 mai 2013

Existentiel

Évidemment, je sais que je ne suis rien, mais que ce rien est tout puisque j'existe.

30 avril 2013

Prêcheur

Que Dieu nous préserve des voisins bricoleurs. Que Dieu nous préserve du gel dans les cheveux, des chaussures à bouts carrées et de la vox populi. Que Dieu nous préserve des crétins convaincants. Que Dieu nous préserve des charmeurs de serpents sur la place Jemaa-el-Fna à Marrakech. Que Dieu nous préserve des films de Michael Haneke. Que Dieu nous préserve des païens à flambeaux.

27 avril 2013

Ennuyé

Pour qui veut atteindre les hautes extases, un solide ennui est bien utile.

25 avril 2013

Bricoleur

Le soleil enfin là je me réjouissais déjà devant la perspective de pouvoir lire en position semi-alanguie dans mon semi-jardin au presque grand air. Mal m’en pris puisqu’au bout de trois pages surhumaines du père Nietzsche j’ai dû constater bien malgré moi que mon voisin de gauche, profitant du « beau temps » avait décidé de réparer son toit. Quant à mon voisin de droite (un bourgeois bohème roulant en véhicule 4x4), il avait, lui, décidé de reprendre la construction de sa piscine idéale entreprise il y a pas moins de trois ans. À ma gauche (le toit), j’ai donc dû subir les assauts sonores et répétés d’une scieuse, d’un pistolet à clou et d’autres instruments indéfinissables tandis qu’à ma droite (la future piscine idéale) s’élevaient les vrombissements d’une pelleteuse tout autant dinosauresque qu’enrobée de vapeurs nauséabondes. Vous conviendrez qu’avec tous ces désagréments entremêlés il m’était quasiment impossible de me concentrer sur une lecture qui requiert un minimum de concentration (la lecture de ce bon vieux Nietzsche demande un minimum de concentration). Si l’on ajoute qu’outre le bruit et l’odeur, mon voisin de gauche (le toit) a laissé choir sans vergogne divers objets, copeaux, clous et tuiles, à même mon semi-jardin sans même vérifier s’il était occupé par le moindre quidam (je dois être transparent) il y a de quoi rester dubitatif devant la relative neutralité frontalière de nos voisins « bricoleurs ». Un peu las, un peu triste, resigné, je suis rentré dans mes intérieurs pour poursuivre, à l’abris, une lecture qui méritait d’être poursuivie, mais l’envie n’était plus là et j’ai assez vite oublié mon livre pour me complaire dans une sourde neurasthénie. Il faisait si beau dehors.