29 décembre 2013

Décevant

Les écrivains sont assez souvent décevants. Peut-on imaginer pire salaud que l’Hemingway massacrant des prisonniers allemands sans défense ? Peut-on imaginer pire sadique que le Proust privé ? Que penser des « fautes politiques » de Céline, d’Aragon, de Pound, de tant d’autres ? Bref, les écrivains sont comme le quidam ordinaire, acrimonieux en pire, salauds pour rien, à la seule différence qu’eux laissent des traces, des écrits.

27 décembre 2013

Délicat

La délicatesse se révèle parfois doucement épidémique. Pour preuve il y ce petit halo qui nous monte au-dessus de la tête lorsque nous croisons un être délicat. Nous voilà le coeur léger, sautillant dans un ailleurs sans pesanteur, faisant sautiller dans le même ailleurs ceux que nous croisons à notre tour. Bref, il faut encourager la pandémie.

26 décembre 2013

Dansant

Les danseurs un brin conséquents sont souvent d’une légèreté et d’une souplesse qui semble oublier le corps et ses équilibres ordinaires. On pourrait presque aussi dire de ces petits gars-là qu’ils n’ont pas de dehors et que le monde dans lequel ils sautillent est un autre monde tissé par leurs propres pas, leurs propres gestes, un monde détaché de tout MILIEU.

19 décembre 2013

Musical

Les premiers hommes chantonnaient tant bien que mal sur une échelle musicale de cinq sons. Ce faisant ils utilisaient ingénument la gamme pentatonique mineure qui comme chacun le sait comprend les intervalles suivants : tonique - tierce mineure - quarte - quinte - septième mineure. À leur retour de la chasse on pouvait donc les entendre psalmodier dans cette gamme là, ce n’était certes pas très harmonieux, presque du Stravinski en pire, mais ils y mettaient du cœur. Un peu plus tard  les Grecs qui étaient bien plus raffinés chantaient en utilisant une gamme descendante de sept notes. Les Romains, qui suivirent les Grecs, étaient de piètres chanteurs, ils préféraient, les jeux du cirque, le sang et le son du buccin, une drôle de proto trompette soldatesque de forme semi-circulaire. Les premiers vrais chants agréables furent les chants chrétiens, ils se souvenaient des rites hébraïques, il y avait de l’âme dans les gosiers, quelque chose d’harmonieux un début d’enchantement. Ne me parlez pas des chants chinois anciens ; tout bruit modulé n’est pas un chant.

18 décembre 2013

Compliqué

« Un enfant ramasse une pâquerette. Il la met dans de l’eau, elle ne demande pas plus. Elle vit, elle meurt. Elle ne pose pas de problème. À partir du moment où il tire les pétales, coupe la tige et gratte le cœur, il s’émerveille d’une vie si compliquée » (Alexandre Vialatte, Le fidèle Berger)

11 décembre 2013

Gracquien

Julien Gracq écrivait devant une fenêtre ouverte, à la campagne, avec une vue largement étendue devant lui, un lointain. Il commençait ses livres par le début, les finissait par la fin. Ses phrases se chargeaient de rejets et d’incidentes qu’il « élaguait » par la suite. Il raturait mal, jetais dans la marge amorces et fragments autant d’appâts bien utiles par la suite. Son travail était lent et laborieux, « un peu en boule de neige ». Drôle de boule de neige à vrai dire.

8 décembre 2013

Batailleur

Les morts nous faisant de l’ombre, nous voilà jaloux, prêts à en découdre.

5 décembre 2013

Botaniste

Le séquoia géant d’Amérique est un végétal d’un autre temps ; un genre de fossile animé, un peu comme si l'on voyait sautiller un diplodocus vivant.

24 novembre 2013

Américain

L'Amérique est une terre neuve où il y a davantage d’espace autour des choses. Des dimensions autres, des maisons plus hautes, des arbres plus vigoureux. Les oiseaux crient avec une « vigueur extraordinaire », ils lancent comme des coups de trompette et les croisant nous voilà tout étonnés.

20 novembre 2013

Chatouilleux

Malone Meurt de Samuel Beckett est posé sur ma table de cuisine. Je bois un thé russe. Dehors il fait déjà noir, trop noir. J’ouvre le livre au hasard. Je mets le nez dedans. Je le hume. Me voilà plein d’une sourde satisfaction. Il faudrait que je relise ce livre. Je le referme. Je regarde sa belle couverture lactescente. Ce titre en beaux caractères bleus Klein. Cette petite étoile de chez Minuit. Une gorgée de thé. Derrière mes rideaux il fait encore plus sombre. Le froid est là, il me chatouille presque.

17 novembre 2013

Humain

« … Car l’adjectif humain m’est aussi suspect que le substantif abstrait humanité. Ni l’humain, ni l’humanité, ni l’adjectif simple, ni le substantif abstrait, mais le substantif concret : l’homme. L’homme en chair et en os, celui qui naît, souffre et meurt — surtout meurt — celui qui mange, boit, joue, dort, pense, aime ; l’homme qu’on voit et qu’on entend, le frère, le vrai frère ». (Miguel De Unamuno - Du Sentiment tragique de la vie)

11 novembre 2013

Espacé

Je vis dans un interstice où passe l’univers et jamais le monde.

10 novembre 2013

Banal

Il faut respecter la banalité, elle est éternelle.

6 novembre 2013

Pragmatique

J’enterrerai mon âme puis j’irai dîner en ville.

2 novembre 2013

Salvateur

Il y a deux choses qui peuvent sauver un homme : l’estime qu’il se porte lui-même, l’autodérision.

1 novembre 2013

Primesautier

Jour des saints. Morne plaine. Nuit précoce.

26 octobre 2013

Cochinchinois

« En Cochinchine, lorsque quelqu’un dit Doji (j’ai faim), les gens courent comme s’il y avait le feu pour lui apporter à manger. Dans bien des régions d’Allemagne, un besogneux pourrait dire: j’ai faim, cela lui serait à peu près aussi utile que s’il disait Doji. » (Georg Christoph Lichtenberg, Aphorismes)

24 octobre 2013

Introversif



L'auteur en son intérieur - Près de Lyon (France)

20 octobre 2013

Intériorisé

« À l’exclusion du sexuel, la nudité est naturelle dans la salle de bains et la chambre ; possible aux toilettes ; furtive dans le salon et l’entrée, qu’il faut traverser pour rejoindre la salle de bains ; incongrue dans la cuisine ou le bureau ; désagréable dans la cave. Le plaisir d’être nu chez soi est 1 performance douce. Le cauchemar : le camp de nudistes, attentat contre l’érotisme, qui culmine dans la supérette où l’on fait ses courses à poil. » (Thomas Clerc, Intérieur)

19 octobre 2013

Dénoué

Notre âme prisonnière des liens du corps il faudrait que nous sachions nous en libérer pour devenir libres, détachés comme hors de nous même, à des altitudes scrutatrices.