14 avril 2019

Printanier


Le refleurissement pointe le bout de son nez,
la tiédeur enfle chichement,
les oiseaux gazouillent piane-piane,
tout semble bercé par une tendre anabiose vernale et voilà que soudain…
par la fenêtre entrebâillée de l'un de mes voisins,
horreur et damnation
monte et redescend le son d'un djembé frappé,
consciencieusement.

Maudit printemps !

20 mars 2019

Pouétique

Les sourires courts.
Des violons printaniers.
Ravivent mon palpitant. 
D'un élan.  
Capricant.

13 mars 2019

Tired

My shell of weariness is my new house.

11 mars 2019

Sensible

Stendhal était un si grand sensible qu'il lui poussait au débotté des pensées ayant tout du charmant, mais aussi beaucoup de la promptitude éphémère. Ses élans tonitruaient comme des éclairs et il lui fallait donc les consigner très rapidement, en somme retranscrire en plein vol ce qui lui passait par l'émotion. On concédera aisément que l’exercice soit périlleux. Allez saisir des éclairs ! Allez les réécrire sur le papier !

16 février 2019

Circulaire

L’observateur neutre et attentif constatera avec moi que le mouvement dit des « gilets jaunes » est devenu un tantinet problématique lorsqu'il a pris la drôle d'idée de vouloir quitter le circulaire des ronds-points pour se complaire dans la fausse fluidité des monômes supposément rectilignes. En somme, voilà encore des types, et des typesses, qui avançaient mieux lorsqu’ils, et elles, tournaient en rond.

14 février 2019

Apragmatique

Mon canapé est un rocher, je suis une moule.

28 janvier 2019

Distant

Plus qu’un quelconque point de friction avec le monde, il me faut rechercher la distance, cet écart sans lequel je ne saurais vivre, cet écart qui peut aussi être un blanc, une marge, un interstice. Voilà pour pouvoir vivre, il me faut des blancs, des marges, des interstices ! Donnez-moi des blancs, des marges, des interstices !

25 janvier 2019

Inoccupé

« … Je suis d'avis que sans oisiveté le vrai bonheur est impossible. Mon idéal : être oisif et aimer une fille plantureuse. La volupté suprême, pour moi : marcher ou rester assis, mais ne rien faire ; mon occupation préférée : collectionner ce qui ne se fait pas (des petites feuilles, des brins de paille et ainsi de suite)… » (Anton Tchekhov, lettre à Lydia Mizinova).

5 janvier 2019

Footballistique

George Perros aimait beaucoup le football. Il se rendait régulièrement au stade et il lui arrivait même d'entrer sur le terrain, comme ça au débotté, lorsqu’un joueur de L'Union sportive laïque Douarneniste venait à manquer. Sur la feuille de match, il signait alors «Tchekhov », c'était assez drôle.

24 décembre 2018

Festif

« La ville est vide, le ciel couvert, presque noir. On dirait l’attente d’une catastrophe. Réveillon selon mon cœur. »  (Emil Cioran - Cahiers, 24 décembre 1966)

11 décembre 2018

Magyar

Le hongrois est généralement un type robuste, mais assez nostalgique. Il faut dire que pour la robustesse il a de qui et de quoi tenir. Que voulez-vous il découle d'une peuplade qui des steppes d'Asie Centrale à l'Oural, de bords de la Mer Noire à la Pannonie ne cessa de gigoter pour mieux se fixer dans une plaine européenne, ou presque. Quant à la nostalgie, n'en parlons pas. Le hongrois primitif ayant eu bien du mal à tenir en place son descendant inconsciemment, ou pas, sera toujours nostalgique des territoires, qui l’on fait, mais qu'il n'a pas occupé ou traversé ( disons que le hongrois est nostalgique de sa steppe initiale).

10 décembre 2018

Asservi

Dans la Gaule romaine, le serf possédait une maison, une famille, un champ. La contrainte sociale glissait de ses épaules jusqu’ à la terre et il n'était donc plus vraiment esclave. Il le redeviendra un peu plus tard au temps des Carolingiens (qui était quoiqu'on en dise assez peu francs du collier). Évidemment, vous me direz que tout cela est très loin des « gilets jaunes » qui nous occupent et vous aurez raison.

2 décembre 2018

Peinturluré

Soutine avait la bonne habitude d'essuyer ses pinceaux sur ses vêtements : le résultat était inoubliable*. 

 *Merci Braudel

15 novembre 2018

Zoologique

Dans l'une de ses lettres Anton Tchekhov, parle d'une mangouste bien rigolote qu'il avait rapportée de Ceylan. Cette mangouste, qui fait peur à ses deux teckels Brome et Quinine et qui tire la barbe de son père finira un peu penaude dans un zoo moscovite. C’ est certainement l'un des « animaux d'écrivains » les plus singuliers que l'on pourra trouver sur le marché. Oh il y a bien ce homard que Gérard de Nerval promenait en laisse, mais nous sommes là dans des altitudes de croquignolerie animale quasi indépassable. Puisqu'il est question d'animaux et d'écrivains je me suis souvenu, allez savoir pourquoi, de quelques couples assez fameux : Maïakovski et son bulldog Boulka, Perec et et son chat Délo, Cocteau et son siamois Karoum, Céline et son gros matou Bébert, Céline et le perroquet Toto, Céline et la chienne Bessy, Houellebecq et Clément, Kurt Vonnegut et Pumpkin, Valery Larbaud et l'hippopotame du Jardin zoologique de Lisbonne. Ad lib.

1 novembre 2018

Saturnien

Sylvia Plath était indubitablement une très grande poète (je n’écrirai jamais poétesse). Cependant, elle n’était pas vraiment rigolote. Cette photographie où on peut la voir sourire tout en gambettes et chaussettes en laine trompe donc un peu l'ennemi.

14 octobre 2018

Raté

« Raté. Pour rater sa vie, il faut avoir souhaité une réussite. Qu'est-ce à dire ? Le raté est celui qui a renoncé à l’énergie de sa décision. Qui fait passer par les autres, par leur verdict, leur amour et leur haine, bref leur témoignage, ce qu'il eût dû garder secret. De la grande majorité des hommes nous ne disons pas qu'ils sont ratés. Mais de certains êtres qui donnent à leur situation anecdotique un je-ne-sais-quoi de regrettable. Il y a très peu de vrais ratés. De ratés réussis.» (Georges Perros, N.R.F. n°134, 1er février 1964)

2 octobre 2018

Primesautier

Ce mot de Kierkegaard chez l'ami Cioran (dans ses Cahiers) : « Je me suis lancé dans la vie avec une voie d’eau dans la cale dès le début. », croquignolet, n'est-ce pas ? Remarquez que les débuts de Rousseau étaient presque pires en mieux : « je naquis infirme et malade. Je coûtai la vie à ma mère, et ma naissance fut le premier de mes malheurs. »

27 septembre 2018

Autotuné

L'ondée passée, 
les fenêtres ouvertes à la fraîche, 
et derechef s'élève au loin,
le tohu-bohu autotuné des enceintes nomades,
que l'on aura connectées,
au débotté.

20 septembre 2018

Valétudinaire

Ayant « traversé la rue » je suis tombé sur ce graffiti un brin valétudinaire. Me voilà dubitatif.

16 septembre 2018

Voyageur

En avril 1890 Tchekhov entame un long périple qui le verra traverser Russie et Sibérie jusqu'à l'île de Sakhaline. Il commence par quelques verstes de navigation sur la Volga, visite Iaroslav et la trouve très sale – j'ai moi-même visité cette ville et je n'y ai vu que des jeunes gueux ivres de vodka et de bien nombreuses hordes de chiens errants – puis c'est Kostroma qui est plus jolie (je confirme). Après la Volga voilà la Kama, un fleuve d'un ennui extrême qui traverse des villes grises où les habitants semblent employés à la fabrication des nuages, de l'ennui et des palissades mouillées. Tchekhov poursuit sa route en train puis dans une voiture qui ressemble plutôt à une carriole brinquebalante, il passe par Perm, Iekaterinbourg, Tomsk (qui ne vaut pas un liard), Irkoutsk (la meilleure), traverse le Lac Baikal, voilà enfin l'Asie, le fleuve Amour, la Chine d'un côté, la Russie de l'autre, des canards, des rochers, des falaises, des paysages qu'il ne sera pas près d'oublier : « J'ai vu, à dire vrai, tant de splendeurs et éprouvé tant de délices que mourir maintenant ne me fait pas peur. »