13 janvier 2012

Laborieux

Pourquoi le labeur ? Dans le règne animal le labeur existe rarement comme « nécessité impérieuse », il y a bien quelques bestioles industrieuses, mais elles le sont, car contraintes par leur milieu (le castor est forcément industrieux) ou par leur essence (chez l’abeille, le labeur n’est qu’un organe de plus). On comprend moins le labeur chez l’homme. Peut-être veut-il se convaincre qu’il n’est pas une bestiole comme les autres ? Mais dans quel but ? Un homme qui ne vit pas au bord d’un torrent agité ou au cœur d’une ruche ne devrait JAMAIS besogner. Il devrait simplement se contenter de trouver un peu de nourriture à ingurgiter (ce qui me semble assez simple sans trop d’excédents de rouages sociétaux et en tous les cas sans cette fameuse « organisation » dont on nous repli les ormeaux à langueur de catéchèse économiste). Pourquoi besogner ? Prenons exemple sur le chat, ce petit félin lorsqu’il est laissé libre et à sa nature se contente de chasser, pour le reste il se loge là où il veut et passe l’essentiel de ses journées à roupiller les pattes allongées en direction du soleil. Le chat est très bien.
Vous remarquerez que je parle de Labeur et non de travail. Kant, lui, parle de travail, mais j’ai l’impression que son travail n’est pas loin de mon labeur. Il imagine que sans travail l’homme s’ennuierait. « L’homme est le seul animal qui doit travailler », blablabla… « si Adam et Ève étaient demeurés au paradis, ils n’auraient rien fait d’autre que d’être assis ensemble, chanter des chants pastoraux, et contempler la beauté de la nature. L’ennui les eût torturés tout aussi bien que d’autres hommes dans une situation semblable. » blablabla… Pour Marx le travail est une pensée, l’animal ne pense pas et c’est pourquoi il ne travaille pas. Chez les nazis le travail « libère » mais c’est certainement de l’ironie.

8 janvier 2012

Priapique

Chez les anciens, les pets diphtongue de Priape avaient le pouvoir de faire fuir les sorcières. Il faut bien avouer que cela ne manquait pas de sel.

3 janvier 2012

Insulaire

Pour oublier le monde : tenter d'être un autre monde. À défaut : tenter d’être une ile.

2 janvier 2012

Hypocondriaque

Il n’y a que la vraie maladie pour nous guérir de l’hypocondrie.

30 décembre 2011

Resalé

Il faut savoir que d’une manière générale les excréments d’oiseaux possèdent plus de sel que ceux des autres animaux. C’est d’ailleurs pourquoi lors de la fameuse famine en Samarie les hommes se servirent de fiente de pigeon en guise de sel. Que les plus délicats d’entre vous se rassurent, il n’y a rien de rebutant dans ce substitut-là, il suffit de le gouter pour l'apprécier.

17 décembre 2011

Pachydermique

Chez les anciens l’éléphant n’a pas de jointures. Il est incapable de se coucher alors il dort le corps appuyé contre un arbre. Les chasseurs l’apercevant dans cette position n’ont alors plus qu’à scier l’arbre sur lequel il se repose presque complètement, l’éléphant tombe et ne se relève plus. L’astuce est simple, il suffit de savoir ne pas réveiller la grosse bestiole qui dort.

16 décembre 2011

Taiseux

Trop à dire, mais trop de paresse pour le dire. C’est pourquoi je ne vous dis rien tout en vous disant que je ne vous dis rien.

15 décembre 2011

Malchanceux

« Mordu par son cheval, à Joinville, le cocher Colignon s’évanouit ; alors, sa voiture lui broya les jambes. »

(Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes)

6 décembre 2011

Veuf

Depuis que j’ai enterré ma femme dans le jardin, je dine de plus en plus souvent en ville.

3 décembre 2011

Appâli

« Les souvenirs glissent au bleuâtre lointain, si frêles, appâlis, mélancoliques.»

(Gustave Kahn, Les Palais nomades)

2 décembre 2011

Plagiaire

Quand je me regarde dans une glace, je suis toujours tenté de l’essuyer.

27 novembre 2011

Impératif

Il faut remettre Faulkner à sa place, celle d’un écrivain un peu bancal qui joue aux intéressants en se compliquant volontairement la prose. Il aurait tort de ne pas le faire. Cela fonctionne à merveille. La glose monte. Le niveau des flasques de whisky descend . C'est presque un cercle. Il peut bientôt tituber au millieu.

Voilà ce n’est pas très intéressant, mais je tenais à vous dire tout ça. À bientôt.

13 novembre 2011

Frontalier

« L’agent voyer avait toujours eu le respect des frontières, des bornes que l’on posa entre les heures du jour comme entre les départements de la France, et il aimait à ne se coucher qu’à minuit juste, de même qu’il s’amusait encore, à la limite du Bourbonnais et du Berry, à poser le pied droit dans le Cher, le pied gauche dans l’Allier, ou bien, le corps dans une province, à ne laisser dans l’autre que son ombre. »

(Jean Giraudoux, Provinciales)

10 novembre 2011

Salaud

Le problème des sentiments c’est qu’ils ne nous laissent jamais à l’abri du sentimentalisme. Voilà peut-être pourquoi je préfère rester ce salaud au coeur sec que vous connaissez tous. L'antipathie notoire me sied parfaitement.

7 novembre 2011

Funèbre

François Fillon annonçant son terrifiant « plan de rigueur » ressemble un peu trop à un croque-mort charbonneux qui se frotterait les mains devant la tâche à accomplir. C’est un problème.

6 novembre 2011

Délicat

« Voilà que pour pleurer, je dois penser à ce qui m’est indifférent, à ce qui ne souffrira pas : à des linges effilochés, au vernis des pieds de table, qui brûlent d’un feu sans lueur ; à un petit couteau que j’ai perdu dans un champ où il y avait une mare, des barrières, des ombres, des poiriers, et que je devine si rouillé, si désorienté entre le gravier et les herbes, que c’est mon Dieu, à désespérer. »

( Jean Giraudoux, Provinciales)

2 novembre 2011

Cacophonique

Les plus aventureux (et masochistes ?) d’entre vous pourront écouter la suite de mes malingres pérégrinations musicales à cette adresse : Wobbly music for nothing.

Veuilliez m'excuser par avance.

1 novembre 2011

Syntaxique

Les mots me viennent dans un désordre assez peu recommandable et ils fanent instantanément, comme ça, sur pied, dans ma tête. Voilà peut-être pourquoi mes phrases finissent par s’écrouler sur elles-mêmes.

27 octobre 2011

Vide

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18 octobre 2011

Chimique

Je pense que je suis presque parvenu à atteindre les divers « points limites » que je m’étais fixé : ne plus exister pour quiconque, ne plus « être au monde », évoluer vers l’invisibilité et finalement devenir une sorte d’entité vaguement chimique ; un corps pur avec une seule molécule et un seul type d’atome. Voilà en fait je me rapproche petit à petit de l’Azote. L’Azote est très bien, il est incolore, il n’a aucune conductivité électrique, il est un peu utile, mais on ne le voit pas, il est presque idéal.